Lors d’une intervention mardi 10 mars 2026 sur les ondes de la Radio nationale, l’ancien ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi, Hafedh Laamouri, est revenu sur la question du cumul entre pension de retraite et activité salariée, rappelant que la législation tunisienne est explicite à ce sujet.
L’expert réagissait à la récente information livrée par le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, selon laquelle son département avait constaté que 123 retraités percevaient simultanément une pension de retraite et une rémunération issue d’une activité professionnelle, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé.
Dans le détail, 34 cas concernent des retraités employés dans le secteur public, ce qui représente une charge mensuelle estimée à 51.000 dinars, tandis que 89 autres situations ont été enregistrées dans le secteur privé, pour un coût mensuel avoisinant 71.000 dinars.
Selon Hafedh Laamouri, la loi tunisienne interdit formellement à un retraité de percevoir simultanément une pension de retraite et un salaire en tant que salarié. « Le principe est clair : lorsqu’un travailleur part à la retraite, il quitte le marché du travail afin de libérer un poste pour d’autres actifs », a-t-il expliqué. Cette règle répond notamment à un objectif économique et social, celui de favoriser le renouvellement des emplois et de contribuer à la réduction du chômage.
Il a précisé que tout retraité qui reprend une activité salariée tout en continuant à percevoir sa pension s’expose à des sanctions. Dans un tel cas, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) peut suspendre le versement de la pension et exiger le remboursement intégral des montants perçus durant la période où l’intéressé a exercé une activité rémunérée.
L’expert a également indiqué que plusieurs cas de ce type avaient déjà été détectés lors de contrôles. Les autorités peuvent notamment découvrir ces situations lorsqu’un retraité du secteur public est employé dans le secteur privé ou lorsqu’un contrôle administratif révèle une situation de cumul. Une fois l’infraction constatée, le retraité doit restituer toutes les pensions perçues pendant la période concernée. Toutefois, la pension n’est pas définitivement supprimée : elle est rétablie dès que l’intéressé cesse son activité salariée.
Concernant l’employeur, celui-ci demeure tenu de déclarer le travailleur à la sécurité sociale et de payer les cotisations correspondantes. L’entreprise s’expose en outre à une amende pouvant atteindre 1500 dinars.
Hafedh Laamouri a également souligné que la loi ne prévoit aucune exception au principe d’interdiction du cumul, y compris dans le cas d’un départ à la retraite anticipée pour raisons économiques ou suite à la fermeture d’une entreprise. Dans certaines situations, des travailleurs quittent leur emploi avant l’âge légal et attendent d’atteindre 50 ans pour percevoir leur pension. Durant cette période, ils n’ont pas le droit d’exercer une activité salariée. S’ils le font, ils risquent de perdre le bénéfice du dispositif de retraite anticipée et d’être contraints d’attendre l’âge légal de départ à la retraite.
Le spécialiste a toutefois précisé qu’un retraité pourrait exercer une activité indépendante, à condition de ne pas être lié par un contrat de travail salarié. Certains retraités choisissent ainsi de travailler en tant que prestataires de services ou titulaires d’une patente. Mais il a mis en garde contre les pratiques de contournement consistant à transformer artificiellement un contrat de travail en contrat de prestation de services. Dans ce cas, les inspecteurs de la CNSS peuvent requalifier la relation en contrat de travail s’ils estiment que les conditions réelles correspondent à celles d’un emploi salarié.
L’ancien ministre a, par ailleurs, alerté sur la multiplication des situations de travail non déclaré chez certains retraités, qui acceptent d’être rémunérés « au noir ». Une pratique risquée, a-t-il averti, car en cas d’accident du travail ou de litige, le travailleur ne bénéficie d’aucune protection légale ni couverture sociale.
Selon lui, ces pratiques portent également préjudice au système de sécurité sociale, d’où l’importance de renforcer la sensibilisation et le respect des règles en vigueur.
N.J










