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Dettes agricoles et failles structurelles : le diagnostic alarmant de Hassen Jarboui

Par Nadya Jennene

Invité de la matinale de Jawhara FM mardi 10 mars 2026, le député Hassen Jarboui, président de la Commission de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de l’eau et de la pêche au Parlement, a dressé un tableau préoccupant de la situation du secteur agricole en Tunisie. Entre l’endettement massif des agriculteurs, les failles structurelles du système agricole et les défis du marché international, l’élu a défendu un projet de loi qu’il présente comme une tentative de sauvetage d’un pan essentiel de l’économie nationale.

Le fardeau de la dette agricole

Selon Jarboui, ce texte vise à répondre à une réalité alarmante : plus de 50.000 agriculteurs tunisiens sont aujourd’hui écrasés par les dettes contractées auprès des banques publiques et privées.

Le député explique que le problème réside moins dans la taille initiale des prêts que dans l’accumulation des pénalités. Lorsqu’un agriculteur cesse de rembourser pendant plus d’un an, il est classé par la Banque centrale dans une catégorie de défaut élevée. Cette classification entraîne une conséquence directe : l’impossibilité d’accéder à de nouveaux financements et le gel de tout projet agricole.

Dans ces conditions, souligne-t-il, l’agriculteur se retrouve paralysé. L’endettement initial se transforme alors en spirale incontrôlable.

Le projet de loi propose donc la suppression des intérêts de retard et un réaménagement des intérêts conventionnels. Le capital restant dû, lui, demeurerait exigible. L’objectif affiché est d’encourager les agriculteurs à régulariser leur situation et à reprendre leur activité.

Pour démontrer leur bonne foi, les bénéficiaires devraient verser 5% du capital de la dette au moment du dépôt de leur demande de régularisation. Ceux qui choisiraient de rembourser la totalité de leur dette immédiatement pourraient, quant à eux, bénéficier d’une réduction de 50% des intérêts contractuels.

Selon l’élu, cette formule vise à éviter l’échec des précédentes initiatives similaires. Il rappelle qu’en 2012, sur 33.000 agriculteurs concernés par un programme de régularisation, seuls 88 avaient finalement régularisé leur situation, preuve selon lui que les dispositifs précédents n’étaient pas suffisamment incitatifs.

Une agriculture structurellement fragile

Au-delà de la question des dettes, le président de la Commission de l’agriculture dresse un constat plus large : le secteur agricole tunisien est fragilisé par de multiples facteurs.

Il évoque notamment les dégâts causés récemment par les intempéries, en particulier dans les serres agricoles et les cultures d’agrumes. Les investissements nécessaires pour ces installations sont lourds : une seule serre peut coûter entre 60.000 et 100.000 dinars, explique-t-il.

La hausse du coût des intrants constitue également un problème majeur. Les agriculteurs dépendent largement de produits importés – engrais, pesticides ou équipements – dont les prix ont fortement augmenté, aggravant la pression financière sur les exploitations.

À cela s’ajoute une concurrence accrue sur les marchés extérieurs. M. Jarboui cite l’exemple du marché libyen, longtemps dominé par les exportations agricoles tunisiennes, mais désormais investi par la Turquie, dont les produits seraient parfois moins chers que les productions tunisiennes.

Malgré ces difficultés, le député reconnaît que certains secteurs agricoles continuent d’enregistrer des performances remarquables. La Tunisie demeure notamment l’un des principaux exportateurs mondiaux d’huile d’olive, avec des recettes importantes.

Mais pour M. Jarboui, ces succès ne doivent pas masquer les déséquilibres du secteur. Il cite par exemple le marché des olives de table : la consommation nationale est estimée à 80.000 tonnes, alors que la production locale ne dépasse pas les 40.000 tonnes, obligeant le pays à importer massivement.

Cette situation, selon lui, illustre l’absence d’une véritable stratégie d’orientation agricole et la faiblesse du système de conseil agricole, autrefois présent dans chaque délégation.

L’élu a, dans ce sens, pointé les dysfonctionnements administratifs et réglementaires qui entravent le développement du secteur.

Il rappelle l’existence d’une loi adoptée en 2005, comportant plus de 80 articles et censée moderniser l’élevage, notamment grâce à l’identification et au suivi du cheptel. Pourtant, cette législation n’aurait été appliquée que partiellement, notamment dans certaines régions comme Mahdia ou Sfax.

Pour l’élu, l’absence d’un système généralisé de traçabilité empêche l’État de connaître avec précision la taille réelle du cheptel national. Cette lacune devient particulièrement problématique à l’approche de l’Aïd al-Adha, alors que la demande en moutons dépasse 900.000 têtes.

Les pistes de réforme

Le député s’est également attardé sur la crise du secteur laitier. Le prix d’achat du lait aux producteurs resterait insuffisant face à l’augmentation du coût de l’alimentation animale et des équipements.

Selon lui, si la politique de prix n’est pas révisée, la Tunisie pourrait être contrainte d’importer massivement du lait dans les prochaines années, comme cela s’est déjà produit par le passé.

Il plaide notamment pour une tarification du lait basée sur la qualité, une mesure prévue par la législation mais jamais pleinement appliquée.

Pour illustrer les pistes de réforme, M. Jarboui cite plusieurs expériences étrangères, notamment le modèle espagnol des coopératives agricoles, qui permettrait selon lui de mieux structurer les relations entre producteurs, transformateurs et exportateurs.

Il évoque également les politiques agricoles adoptées en Algérie, axées sur la sécurité alimentaire et la production de base – céréales, lait, viande – plutôt que sur les cultures jugées secondaires.

Pour le président de la Commission de l’agriculture, la réussite de ces réformes conditionnera non seulement la sécurité alimentaire du pays, mais aussi la création d’emplois, la stabilité des régions rurales et l’équilibre global de l’économie nationale.

N.J

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