Alors que la Tunisie traverse une période marquée par des défis économiques, sociaux et politiques, le mois de février 2026 illustre la persistance d’une dynamique de contestation citoyenne, reflet des aspirations et frustrations d’une société en quête de justice et d’équité. Entre revendications pour le droit à l’emploi, mobilisation civile et protestations face aux carences institutionnelles, le paysage social tunisien témoigne d’un engagement quotidien, parfois dramatique, des citoyens pour leurs droits et leur dignité.
Selon le rapport du Forum tunisien des droits sociaux et économiques (FTDES), le mois de février 2026 a offert un panorama contrasté de la mobilisation sociale en Tunisie. Si le rythme des protestations a connu un recul relatif par rapport à janvier — 335 mouvements recensés contre 501 le mois précédent —, cette baisse s’explique principalement par l’avènement du mois de Ramadan, durant lequel les manifestations se sont estompées après le 19 février. Jusqu’à cette date, le nombre quotidien de mobilisations oscillait entre un et cent, culminant le 16 février, avant de connaître un net ralentissement, avec un maximum de onze mouvements le 23 février.
Malgré ce repli quantitatif, la densité et la diversité des revendications traduisent un climat social toujours tendu. Les questions liées au droit à l’emploi restent au premier rang des préoccupations : 138 actions, soit 41,2% des mouvements, ont été motivées par la revendication de l’emploi et la régularisation de situations professionnelles, le paiement des salaires et la dénonciation des licenciements abusifs. Les diplômés au chômage sont descendus dans la rue pour rappeler leur droit à l’insertion et à la dignité professionnelle.
Les mouvements de nature civile et politique occupent une place presque équivalente, avec 135 actions (40,3%), souvent liées à des décisions judiciaires contestées. La poursuite de la mobilisation autour de l’affaire dite de « complot » témoigne d’une tension persistante entre l’État et des citoyens estimant subir des procès à caractère politique. Les actions incluent grèves de la faim depuis l’intérieur des prisons, sit-in et protestations publiques, soulignant l’interconnexion entre droits civils et revendications politiques.
Par ailleurs, des mouvements ont été enregistrés autour de la hausse des prix des denrées alimentaires — poissons et viandes rouges en particulier — et du manque de disponibilité de certaines ressources de première nécessité. Les questions environnementales ont également animé les rues, avec des protestations liées à la pollution industrielle et à la dégradation de l’infrastructure publique, notamment les routes et la voirie urbaine.
Le profil des acteurs de ces mobilisations est diversifié : enseignants et professeurs, travailleurs, militants de la société civile, diplômés sans emploi, syndicats, habitants, employés et même familles se mobilisent régulièrement, reflétant la variété des voix et des enjeux. La capitale, Tunis, reste l’épicentre des contestations, concentrant près d’un tiers des mobilisations, suivie des régions minières et industrielles comme Gafsa, Nabeul et Gabès.
Au-delà des mobilisations traditionnelles, la Tunisie observe un recours croissant aux espaces numériques et aux médias pour exprimer contestations et mécontentements, avec plus de cent communiqués et appels à l’action diffusés sur les réseaux sociaux et dans la presse.
Mais la tension sociale ne se limite pas aux revendications. Le mois de février a également été marqué par une recrudescence des tentatives de suicide et des actes de violence, traduisant une détresse profonde dans certaines franges de la population. Neuf tentatives de suicide ont été recensées, principalement parmi des jeunes adultes, soulignant l’ampleur des difficultés économiques et sociales et l’impact de ces crises sur le psychisme individuel et collectif.
Par ailleurs, selon le même rapport, le phénomène de violence, qu’il soit physique, économique, institutionnel ou basé sur le genre, reste préoccupant, particulièrement dans les établissements éducatifs où l’intimidation et les agressions compromettent le climat scolaire et, plus largement, la stabilité sociale.
La majorité des actes de violence recensés (97,1%) a été commise par des hommes, les femmes représentant seulement 2,9 % des auteurs.
Le rapport précise que cette violence se manifeste principalement sous forme d’agressions scénarisées, visant à intimider, punir ou imposer un contrôle sur autrui, les principales victimes étant des femmes et des enfants.
La violence physique criminelle représente 55,9% des cas, tandis que la violence économique et financière, essentiellement liée à des vols et braquages, atteint 23,5%. Les autres formes observées incluent la violence institutionnelle (5,9%), la violence basée sur le genre (2,9%), ainsi que la violence organisée, sexuelle, psychologique et domestique.
Le lieu principal des violences reste l’espace public, avec plus de 44% des incidents recensés, suivi des établissements scolaires (20,6%) et des lieux de production ou de travail (14,7%). Les espaces de loisirs, les logements, les transports, les mosquées et les résidences universitaires concentrent le reste des cas.
N.J










