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Migrants : le silence derrière les cris

Par Synda Tajine


Une nouvelle initiative législative pour tenter de régler le dossier des migrants subsahariens. Encore une. L’idée vient du député du Conseil national des régions et des districts, Marouen Zayen. Elle vise à « instaurer un nouveau mécanisme administratif pour organiser la gestion des migrants en situation irrégulière en Tunisie ». Concrètement, il s’agirait de créer une carte d’enregistrement temporaire destinée à faciliter le retour volontaire des migrants irréguliers. Une réponse que le député présente comme « pratique et équilibrée ».

« Un danger immédiat »

Dans le climat actuel, cette proposition tranche avec la déferlante de solutions extrêmes brandies dans une hystérie collective qui présente la migration comme un « danger immédiat ». Car au-delà des discours racistes de plus en plus décomplexés, des intox qui pullulent sur les réseaux sociaux et des surenchères politiques, le dossier des migrants irréguliers venus d’Afrique subsaharienne, et plus particulièrement d’Afrique de l’Ouest, semble devenu insoluble dans une Tunisie déjà engluée dans de multiples crises.

Le sujet est devenu un véritable concours de slogans. Chacun y va de sa petite phrase, de sa posture martiale ou de son indignation morale à géométrie variable, pendant que la réalité, elle, continue d’avancer. Les flux migratoires existent et ne disparaîtront pas parce qu’on crie plus fort sur un plateau télé ou sur Facebook. Mais dans le débat public, la complexité du phénomène s’efface derrière les postures politiques, la peur et les fantasmes.

Pas plus tard qu’hier, la députée Syrine Mrabet adressait une correspondance au président de l’Assemblée, Brahim Bouderbala, pour demander des explications sur les mesures prises afin de lutter contre la migration irrégulière des Subsahariens en Tunisie. Dans ce courrier, elle reprenait un slogan qui aurait parfaitement sa place sur certaines pages Facebook populistes : « Le peuple l’a dit d’une seule voix : non à l’implantation, oui à la déportation ! ». Elle appelait également le ministère de l’Intérieur à lui fournir le détail des naissances enregistrées parmi les migrants irréguliers. Des chiffres inexistants dans les données officielles.

Dans le même registre, la députée de Sfax, Fatma Mseddi, farouche défenseure de la solution de déportation, présentait elle aussi dans la presse son plan ponctué de « constats » alarmistes, dénonçant au passage un supposé « sabotage législatif » face à un dossier qui n’avance pas.

Brouhaha et postures face à l’absence de solutions

Depuis des mois, le migrant « noir » est devenu l’ennemi public numéro un dans une partie du débat public. Les intox circulent librement sur les réseaux sociaux : crimes attribués sans confirmation, montages grossiers réalisés par intelligence artificielle montrant des migrantes vêtues de robes de mariée affirmant qu’elles n’épouseront que des hommes tunisiens « parce qu’ils sont gentils et beaux ». Des manipulations grossières qui prospèrent dans un climat déjà saturé de discours racistes, parfois relayés sur les plateaux télévisés ou par certains élus.

Il y a quelques mois, le député Tarek Mehdi avançait ainsi, sans aucune base officielle, que « des milliers de naissances » auraient été enregistrées récemment parmi les migrants subsahariens en Tunisie, ajoutant que ces enfants seraient « élevés avec l’éducation de gangs ». Des déclarations choquantes, mais qui n’ont jamais été confirmées par la moindre donnée officielle.

Pendant que les slogans circulent et que les fantasmes prospèrent, la réalité, elle, est autrement plus complexe. Dans certaines régions, la situation devient de plus en plus tendue. À Sfax notamment, où la présence de migrants est la plus importante du pays, les tensions s’accumulent. Durant ce mois de ramadan, la mendicité a atteint des sommets, les migrants rivalisant avec les locaux en investissant les carrefours, intersections et lieux d’arrêt pour demander, des bébés en mains, des dinars de fortune. Pour répondre à la situation, les autorités ne proposent rien d’autre que la matraque sécuritaire. 

Un pouvoir dos au mur face à la réalité

Mais malgré l’ampleur du phénomène et l’intensité du débat, une question centrale reste sans réponse : quelle est, concrètement, la stratégie de l’État ? Dans les bureaux du parlement, les initiatives se multiplient : cartographie administrative, naturalisation d’intérêt exceptionnel, propositions de création d’entreprises « africaines »… Les députés essaient de mettre en application des menaces exécutives qui n’ont été suivies d’aucun plan clair. Après le discours sur « le danger démographique » que représentent les migrants, le pouvoir n’a pas réellement annoncé ce qu’il comptait faire pour affronter cet épouvantail.

Depuis deux ans, le pouvoir multiplie les déclarations tonitruantes sur la défense de la souveraineté nationale et le refus de transformer la Tunisie en terre d’installation pour les migrants. Le président Saïed n’a pas cessé d’accuser les organisations portant secours aux migrants de « faciliter leur installation dans le pays ». Un autre prétexte pour faire taire les voix critiques et enterrer les organisations de la société civile, tout comme il a enterré partis politiques et activistes de l’opposition. Plusieurs acteurs de la société civile sont en prison aujourd’hui, toujours, dans le cadre d’un large complot destiné à « porter atteinte à l’État ».

Dans le même temps, tout en diabolisant les migrants et ceux qui leur viennent en aide, il continue d’empêcher leur départ vers l’Europe dans le cadre de sa coopération avec l’Union européenne et l’Italie, moyennant un soutien financier et logistique. Selon les chiffres officiels, le nombre de migrants interceptés chaque année en mer par la Garde nationale, a presque doublé au cours des deux dernières années.

Résultat, la Tunisie refuse officiellement d’accueillir ces migrants, mais elle les empêche aussi de partir. Entre ces deux positions, aucune véritable politique publique n’a émergé. Au-delà des slogans et des postures, des intox et des diabolisations, cette réalité durable n’a pas besoin de sensationnalisme, elle exige une politique.

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Commentaire

  1. zaghouan2040

    Répondre
    10 mars 2026 | 17h00

    Les flux incessants de migrants sont générés principalement par la mafia algérienne en complicité avec des fonctionnaires des deux pays
    Les migrants circulent au vu et au su de tout le monde de la frontière algero-tunisienne jusqu’aux centres urbains
    Les autorités tunisiennes savent parfaitement qui organise ce trafic immonde et comment est il structuré
    C’est une atteinte directe a notre souveraineté nationale et a la cohésion sociale du pays
    Une anecdote : allez jeter un coup d’œil tard la nuit ou a l’aube a la maison des jeunes de Hammam Chat sise en bordure de la plage
    N’y allez pas seul
    Et scrutez les visages des « apprentis pêcheurs et pêcheuses » dissimulés sous les capuches

    Donc faut arrêter le foutage de gueule

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