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Le droit international : une universalité à géométrie variable ?

Par Mohamed Salah Ben Ammar

Par Mohamed Salah Ben Ammar

Le Conseil de sécurité des Nations unies a récemment adopté une résolution exhortant l’Iran à cesser ses attaques dans le Golfe. Treize voix pour, deux abstentions (Chine et Russie). En apparence, un acte classique de diplomatie multilatérale ; en réalité, un miroir tendu aux contradictions d’un système en crise.

Le poids du « deux poids, deux mesures »

Cette célérité à condamner Téhéran contraste cruellement avec l’impuissance du même Conseil face au dossier de Gaza. Alors que les autorités sanitaires locales décomptent des milliers de victimes civiles sous les frappes israéliennes, le système s’enraye. D’un côté, le veto systématique des États-Unis ; de l’autre, les hésitations européennes au nom du « droit de se défendre ».

La résolution contre l’Iran, qui a été attaqué faut-il le rappeler, exige la protection des alliés régionaux des États-Unis (Bahreïn, Koweït, Arabie saoudite, etc.) et la libre circulation dans le détroit d’Ormuz. En observant ces deux théâtres d’opérations côte à côte, une réalité s’impose : le droit international est appliqué de manière sélective. Derrière les principes universels, ce sont les rapports de force qui dictent la norme.

La dérive intellectuelle : un droit réservé aux « respectables »

Fin février 2026, alors que des juristes qualifiaient les frappes israélo-américaines de violations de la Charte des Nations unies, une partie de l’intelligentsia occidentale a choisi de nier la pertinence même du cadre juridique.

Sur LCI, le philosophe Luc Ferry a même qualifié l’invocation du droit international face à ces frappes d’« absurdité » ou de « plaisanterie ».

Cette sortie médiatique révèle une dérive profonde : l’idée que le droit ne s’appliquerait qu’entre nations jugées « respectables ». Le droit international deviendrait ainsi un privilège de club, un outil réservé aux puissants.

L’invention de l’« État voyou » : l’exception comme règle

Popularisé dans les années 90, le concept d’« État voyou » (Iran, Irak, Corée du Nord) n’a aucune existence juridique. C’est une catégorie purement politique. Selon Noam Chomsky, cette notion sert à créer une exception permanente au droit commun. Une fois un État marqué de ce sceau, tout devient permis : guerres préventives, sanctions extraterritoriales ou frappes ciblées.

Le problème est structurel : si un État peut être placé hors-champ par simple décision politique, le droit cesse d’être universel pour devenir un instrument de pouvoir. Dès lors, qui est légitime pour décréter qu’un État est criminel ?

La mémoire courte des alliances

L’histoire nous rappelle que ces étiquettes sont précaires. La Libye de Kadhafi fut tour à tour paria, partenaire fréquentable, client d’armement, puis cible militaire. La Syrie d’Assad a suivi une trajectoire similaire. Ces revirements illustrent la maxime de Lord Palmerston :

« Les nations n’ont pas d’amis permanents, seulement des intérêts permanents. »

Dans ce jeu de dupes, trois logiques de traitement émergent :

  • L’indulgence diplomatique : envers les régimes autoritaires riches en matières première et alignés sur les intérêts des grandes puissances
  • L’ennemi juré : pour ceux qui tentent une rébellion souverainiste (comme Mossadegh en 1952 ou Nasser en 1956).
  • L’indifférence : pour les pays pauvres en matières premières dont le sort des populations n’impacte aucun enjeu économique ou stratégique.

Le cas d’Israël reste, à cet égard, une exception notable : malgré la violation de nombreuses résolutions onusiennes, la déclaration de plusieurs guerres et la possession illégale de l’arme nucléaire, le pays bénéficie d’une impunité quasi totale.

L’ouverture de la boîte de Pandore

Le droit international n’a jamais été parfait, mais il constitue l’unique rempart contre la loi du plus fort. Le mépriser ou l’appliquer de manière sélective revient à vider le multilatéralisme de sa substance.

Comme le souligne le juriste Fouad Zarbiyev, sans applicabilité universelle, le droit n’est qu’un langage diplomatique vide. En affaiblissant la crédibilité des règles communes, les puissances actuelles ouvrent une boîte de Pandore : dans un monde où la force redevient la seule loi, aucun État ne peut être certain d’être protégé demain.

BIO EXPRESS

Mohamed Salah Ben Ammar est un médecin et universitaire tunisien, ancien ministre de la Santé en 2014

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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Commentaire

  1. Gg

    Répondre
    12 mars 2026 | 16h00

    Vous avez raison, le Conseil de Sécurité aurait dû exiger en même temps le démantèlement des proxys du régime iranien, la cessation des activités nucléaires à but militaire, l’abandon de la repression sanglante des opposants au dit régime et la cessation des attaques envers les pays voisins de l’Iran.
    Je pense par ailleurs que vous n’avez pas écouté entièrement ce qu’a dit Luc Ferry.
    D’autant que tout cela avait été « négocié  » après le premier épisode de guerre de juin 2025.

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