Alors que l’État tunisien peine déjà à gérer ses entreprises publiques, une proposition de loi déposée par 24 députés propose de créer une nouvelle catégorie d’établissements publics dédiée à l’entrepreneuriat. Déposée en avril 2024 mais examinée seulement en mars 2026, l’initiative suscite incompréhension et sarcasmes, y compris sur les réseaux sociaux.
Avril 2024, 24 députés ont déposé au bureau d’ordre de l’Assemblée des représentants du peuple une proposition de loi visant à créer un nouveau type d’établissements publics dédiés à l’entrepreneuriat et au développement des affaires.
Le texte est porté par des députés du bloc de la Voix de la République et ceux du bloc des Libres. L’objectif affiché par ses promoteurs est de renforcer l’accompagnement des investisseurs et des porteurs de projets à travers une nouvelle catégorie d’institutions publiques spécialisées dans l’encadrement de l’initiative entrepreneuriale.
Concrètement, la proposition de loi prévoit la création de structures publiques chargées d’orienter les entrepreneurs, d’accompagner les porteurs de projets et de faciliter l’accès à l’information économique. Ces institutions auraient notamment pour mission de soutenir la création d’entreprises, d’aider à l’élaboration des projets d’investissement, d’organiser des programmes de formation et de favoriser les échanges entre entrepreneurs et partenaires économiques.
Le texte prévoit également la mise en place d’un cadre institutionnel permettant à ces structures de coordonner leurs activités avec les organismes publics déjà impliqués dans l’accompagnement des investisseurs et des petites et moyennes entreprises.
Ces institutions seraient financées à travers différentes sources, notamment les subventions de l’État, les revenus issus de leurs activités ainsi que divers dons ou financements.
Autrement dit, l’idée centrale du projet consiste à institutionnaliser davantage l’accompagnement public de l’initiative privée à travers la création d’un nouveau dispositif administratif.
Des structures déjà nombreuses
Les auteurs du texte justifient leur initiative par l’existence de plusieurs organismes publics chargés d’accompagner les investisseurs.
Lors de l’examen du projet en commission parlementaire, hier mercredi 11 mars 2026, le président de la commission du planning stratégique, du développement durable, du transport, de l’infrastructure et de l’aménagement urbain, Saber Jelassi, a expliqué que la Tunisie compte actuellement 19 institutions publiques qui œuvrent à orienter les investisseurs et à accompagner les porteurs de projets.
Dans une déclaration à Mosaïque FM, il a indiqué que ces structures « fournissent un effort respectable pour guider les investisseurs et les entrepreneurs », tout en reconnaissant qu’elles rencontrent plusieurs difficultés organisationnelles.
Pour les promoteurs de la proposition de loi, la création d’un nouveau cadre juridique permettrait donc d’améliorer la classification et le fonctionnement de ces institutions afin d’élever la qualité des services qu’elles offrent aux investisseurs.
La députée Amal Meddeb, qui figure parmi les initiateurs du projet de loi, estime pour sa part que la plupart des secteurs économiques disposent déjà d’institutions publiques chargées de les encadrer. Selon elle, il serait donc logique de renforcer également les structures chargées d’informer et d’accompagner les entrepreneurs et les investisseurs.
Un texte resté deux ans dans les tiroirs
Mais au-delà de son contenu, c’est aussi la trajectoire parlementaire du texte qui interpelle.
La proposition de loi a été déposée le 23 avril 2024, mais ce n’est que le 11 mars 2026 que la commission compétente de l’Assemblée a auditionné les auteurs du projet.
Près de deux ans se sont donc écoulés entre le dépôt du texte et son examen en commission.
Dans la pratique parlementaire, certains projets ou propositions de loi peuvent être examinés quelques jours seulement après leur dépôt, lorsque le législateur estime qu’ils présentent un caractère sérieux, urgent ou stratégique.
Le long délai qui a entouré cette proposition donne ainsi l’impression que même au sein du Parlement, l’enthousiasme pour cette initiative n’était pas particulièrement pressant et on ne prenait pas vraiment au sérieux la proposition des 24 députés.
Le paradoxe de l’entrepreneuriat public
C’est toutefois la logique même du texte qui suscite les critiques.
L’entrepreneuriat repose par définition sur l’initiative privée, l’innovation et la prise de risque individuelle.
Or la réponse proposée par les auteurs du texte consiste à créer une nouvelle institution publique pour promouvoir l’entreprise privée.
Dans un pays où l’État possède déjà un nombre important d’entreprises publiques — dont plusieurs connaissent de graves difficultés financières — cette approche apparaît pour beaucoup comme une contradiction.
De nombreuses entreprises publiques tunisiennes accumulent en effet des pertes chroniques et dépendent régulièrement du soutien financier de l’État.
Dans ce contexte, certains observateurs s’interrogent sur la pertinence d’ajouter une nouvelle couche administrative censée encourager l’initiative privée.
La risée des réseaux sociaux
Sur les réseaux sociaux, la proposition de loi a rapidement suscité ironie et sarcasmes.
L’influenceur Mehrez Belhassen a résumé ce sentiment avec une comparaison particulièrement mordante. Selon lui, vouloir soutenir l’entrepreneuriat en créant une nouvelle institution publique revient à combattre le diabète… en distribuant de la baklawa aux malades.
Dans un commentaire largement partagé, il ironise sur le fait que dans un pays déjà étouffé par la bureaucratie, certains députés ont trouvé comme solution pour encourager l’entreprise privée « la création d’un nouveau type d’institutions publiques ».
Une fuite en avant bureaucratique ?
Ce texte révèle surtout une vision persistante de l’économie : lorsque quelque chose ne fonctionne pas, il suffit de créer une nouvelle structure publique.
Peu importe que les entreprises publiques existantes accumulent les déficits. Peu importe que la bureaucratie soit déjà l’un des principaux freins à l’investissement.
Pour encourager l’initiative privée, certains députés ont donc trouvé une solution simple : créer une nouvelle institution publique.
Une idée qui, à elle seule, résume peut-être l’une des contradictions les plus profondes de l’économie tunisienne.
L’approche ressemble moins à une réforme qu’à une fuite en avant bureaucratique.Dans un pays où la bureaucratie étouffe déjà l’initiative, certains pensent encore que la solution passe par… davantage de bureaucratie.
Maya Bouallégui











2 commentaires
Larry
C’est mort d’avance…
Sur le tableau, regardez les lignes 2 & 3
Vous aurez tout compris
Hannibal
Le meddeb a créé les entreprises communautaires et certains de ses disciples veulent une surcouche administrative qui ajoute de la perte de temps aux créateurs et des dépenses inutiles de l’argent du contribuable.
Quel est le business plan de cette entreprise et comment va-t-elle gagner de l’argent ? Je rappelle à ces disciples que l’ADN d’une entreprise est de gagner de l’argent.
La surcouche peut être être une agence mais encore faut-il que les couches inférieures soient efficaces, ce qui est loin d’être le cas.
Il peut y avoir des associations d’aide à la création en lien avec les bureaux de l’emploi et avec les banques.
Ce que cette gesticulation cache c’est qu’il faut les trouver les idées de création et ce, dans un contexte où le meddeb détestent les entreprises privées et fait tout pour leur mettre les bâtons dans les roues.
Voilà une idée de création : énergie éolienne basée sur le vent que brassent le meddeb et ses disciples 🙂