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Sucre, poulet, jouets… : vingt jours de contrôles révèlent détournements, dépassements et pratiques illégales

Par Imen Nouira

Manipulation du sucre subventionné, dépassements des prix du poulet, détournement de produits subventionnés ou encore pratiques illégales dans certains centres esthétiques : autant de sujets sur lesquels le directeur des recherches économiques au ministère du Commerce et du Développement des exportations, Samir Khalfaoui, est revenu, jeudi 12 mars 2026, au micro de Hatem Ben Amara dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM. Il a détaillé l’approvisionnement du marché, les pratiques de spéculation ainsi que les opérations de contrôle menées durant le mois de ramadan. Le responsable a notamment détaillé les quantités de produits disponibles, les mécanismes de fixation des prix ainsi que les résultats des campagnes de contrôle économique.

Le responsable a expliqué, lors de son passage radiophonique, point par point, comment ces dérives se manifestent sur le terrain et quelles mesures ont été mises en place pour protéger le consommateur, réguler les prix et encadrer les circuits de distribution.

Sucre : des quantités jugées suffisantes, mais des détournements signalés

M. Khalfaoui a affirmé que les besoins de consommation en sucre sont estimés à environ mille tonnes par jour, une quantité qui est, selon lui, régulièrement assurée sur le marché.

Au-delà de ce volume, des quantités supplémentaires ont été programmées et injectées dans les circuits de distribution. Toutefois, il a reconnu que la perception d’une pénurie persiste chez certains consommateurs.

Selon lui, cette situation s’explique en grande partie par des pratiques de détournement liées à la différence de prix entre deux types de sucre : celui destiné à la consommation familiale et celui réservé aux usages professionnels.

Il a expliqué que certains professionnels achètent le sucre destiné aux ménages afin de l’utiliser dans leurs activités de transformation, profitant ainsi de l’écart de prix. D’après ses explications, le sucre destiné aux consommateurs est vendu à environ 1,4 dinar, alors que le sucre destiné aux usages professionnels atteint environ 2,9 dinars.

Cette pratique crée, selon lui, une pression artificielle sur les quantités destinées aux ménages et peut donner l’impression d’un manque sur le marché, alors que les volumes injectés restent suffisants pour couvrir les besoins.

Afin de limiter ces dérives, le ministère tente d’orienter les quantités vers les espaces de distribution les plus transparents, notamment les grandes surfaces, afin de garantir une disponibilité directe pour les consommateurs.

Pression sur les viandes blanches et encadrement des prix

Samir Khalfaoui a également évoqué la situation du marché des viandes blanches durant le mois de ramadan. Selon lui, les niveaux d’approvisionnement ont été globalement stables et le prix plafonné pour la vente au détail a été fixé à 8,5 dinars.

Il a toutefois indiqué que certaines tensions ont été observées sur le marché en raison d’une hausse de la demande. Cette pression s’explique notamment par la rareté relative du poisson et l’augmentation de ses prix, ainsi que par les difficultés structurelles qui affectent le secteur des viandes rouges.

Cette situation a entraîné un report d’une partie de la consommation vers les viandes blanches.

Dans les circuits organisés et structurés respectant le cadre légal, les prix sont restés proches du plafond fixé. Cependant, des dépassements ont été observés dans certains circuits anarchiques, notamment dans les circuits d’abattage et de distribution non réglementés. Dans ces cas, les prix ont pu atteindre onze dinars ou douze dinars.

Face à ces dérives, le ministère du Commerce est intervenu pour encadrer les prix au niveau de la filière. Samir Khalfaoui a détaillé la structure des prix mise en place :

  • 5,3 dinars : prix de vente du poulet vivant du producteur vers l’abattoir
  • 7,5 dinars : prix de vente de l’abattoir au détaillant
  • 8,5 dinars : prix de vente au consommateur final

Selon lui, après une certaine réticence au départ, la situation s’est progressivement stabilisée et la majorité des détaillants respectent aujourd’hui le prix de 8,5 dinars.

Jouets pour enfants : contrôle et lutte contre les produits dangereux

Interrogé sur les jouets vendus à l’approche de l’Aïd, Samir Khalfaoui a indiqué que la direction du contrôle de la qualité du ministère supervise les produits industriels, dont les jouets pour enfants.

Il a précisé que les jouets importés sont soumis à un contrôle technique au moment de l’importation. Lorsqu’un produit est jugé dangereux pour la santé ou non conforme, il est soit détruit, soit réexporté, et ne peut être commercialisé sur le marché national.

Cependant, certains jouets entrent sur le marché par des circuits parallèles ou par la contrebande, ce qui complique les opérations de contrôle. Ces produits sont généralement vendus dans des marchés non structurés.

Les opérations de contrôle sont alors menées conjointement par plusieurs structures, notamment les services du ministère du Commerce, les forces de sécurité et les services douaniers.

Alerte contre le blanchiment dentaire illégal

Samir Khalfaoui est également revenu sur le communiqué d’alerte publié par le ministère du Commerce concernant la pratique illégale du blanchiment dentaire.

Il a expliqué que cette alerte fait suite à un programme de contrôle mené en 2025 en coordination avec le ministère de la Santé et l’inspection sanitaire.

Ce programme a donné lieu à plusieurs constats d’infractions, notamment :

  • l’absence d’affichage des prix
  • le non-respect de la réglementation tarifaire
  • la présence de produits ne relevant pas du champ d’activité autorisé

Les équipes de contrôle ont également découvert des cas d’exercice illégal de l’activité de dentiste, notamment dans des centres esthétiques où des personnes non habilitées pratiquaient des soins dentaires.

Deux centres ont été identifiés dans le cadre de ces opérations. Les contrevenants font l’objet de procédures judiciaires pour usurpation de fonction et mise en danger de la santé des citoyens.

Samir Khalfaoui a précisé que ces centres font souvent leur promotion sur les réseaux sociaux, ce qui explique l’alerte lancée afin de sensibiliser les consommateurs.

Commerce électronique : des activités difficiles à contrôler

Concernant les activités commerciales sur internet, le responsable a expliqué que les opérations de contrôle sont déclenchées lorsqu’un signalement précis est reçu.

Dans la majorité des cas, les personnes impliquées dans la vente de produits potentiellement dangereux ne disposent pas de boutiques ouvertes au public. Les activités sont souvent menées à partir de domiciles ou de lieux discrets.

Pour cette raison, les opérations de contrôle sont généralement menées en coordination avec les services de sécurité et sous la supervision du ministère public, afin de permettre les interventions nécessaires.

Plus de 71.000 visites de contrôle en vingt jours

Samir Khalfaoui a également détaillé les chiffres des opérations de contrôle menées durant les vingt premiers jours du mois de ramadan.

Au total, 71.424 visites de contrôle ont été réalisées sur le terrain.

Ces opérations ont été menées par 3.082 équipes de contrôle économique. Sur le plan national, les interventions ont couvert 3.140 zones d’intervention dans l’ensemble des gouvernorats.

Selon lui, le corps de contrôle économique compte environ 600 agents au maximum à l’échelle nationale.

Malgré ce nombre limité, les équipes travaillent tous les jours de la semaine, parfois de nuit et même après l’heure de l’iftar, afin d’assurer le suivi du marché.

Plus de 14.000 infractions économiques relevées

Les opérations de contrôle ont permis de constater 14.091 infractions économiques, soit une hausse de 8% par rapport au mois de ramadan 2025, alors même que le mois n’est pas encore terminé.

La répartition sectorielle des infractions est la suivante :

  • 7.059 infractions dans le secteur des produits agricoles et de la pêche
  • 4.397 infractions dans les denrées alimentaires générales
  • 1.412 infractions dans les boulangeries, restaurants et cafés
  • 1.223 infractions dans les produits industriels divers

Selon Samir Khalfaoui, les secteurs agricoles et halieutiques concentrent une grande partie des infractions, notamment en raison de l’entrée sur le marché de vendeurs occasionnels pendant le mois de ramadan.

Nature des infractions constatées

Parmi les 14.091 infractions enregistrées :

  • 5.027 infractions concernent des dépassements de prix ou des pratiques monopolistiques
  • 5.767 infractions portent sur la transparence des transactions commerciales
  • 185 infractions concernent des manipulations liées aux produits compensés
  • 1.212 infractions concernent la qualité des produits ou l’utilisation d’instruments de pesage non conformes
Saisie de farine subventionnée et sanctions

Lors de l’émission, les animateurs ont évoqué une opération menée à La Manouba, où les équipes de contrôle économique, en coordination avec la Garde municipale, ont saisi 111 quintaux de farine subventionnée, soit 222 sacs de cinquante kilogrammes chacun.

Cette farine aurait été utilisée pour produire du pain de qualité supérieur, au lieu d’être destinée à la fabrication du pain compensé.

Selon Samir Khalfaoui, ce type d’infraction entraîne plusieurs sanctions :

  • interdiction d’approvisionnement en farine subventionnée
  • saisie de la marchandise
  • amende pouvant atteindre 10.000 dinars pour utilisation de produits subventionnés en dehors de leur destination

Dans certains cas, la suspension d’approvisionnement peut atteindre six mois.

Une plateforme numérique pour suivre la distribution de farine

Afin de renforcer la traçabilité des produits subventionnés, le ministère du Commerce a développé une plateforme électronique interne permettant de suivre les transactions dans la filière de la farine.

Ce système permet de connecter les minoteries, l’administration et les boulangeries, et d’enregistrer l’ensemble des opérations liées à l’approvisionnement.

Chaque livraison peut être suivie à travers des données précises : origine, destination et moment de la transaction.

Un projet d’extension du système est également en cours, afin d’introduire une validation électronique de la réception des livraisons par les boulangeries, ce qui permettra de limiter davantage les détournements.

Intensification des contrôles nocturnes

Avec l’approche de l’Aïd, Samir Khalfaoui a annoncé le lancement d’un programme spécifique de contrôle nocturne durant la deuxième moitié du mois de ramadan.

Ces opérations ciblent notamment :

  • les ateliers de fabrication et de vente de pâtisseries
  • les cafés
  • les espaces de loisirs
  • les magasins de vêtements et de chaussures
  • les points de vente de jouets pour enfants

Une attention particulière est accordée aux jouets dangereux comme les pétards et feux d’artifice, dont la vente peut provoquer des blessures graves.

Dans ce domaine, la détention ou la vente de produits de provenance inconnue peut entraîner une amende d’au moins 5.000 dinars, sans exclure des peines de prison en cas de récidive.

Des campagnes exceptionnelles à Tunis

Samir Khalfaoui a indiqué qu’une campagne exceptionnelle menée le 20e jour du mois de ramadan dans le Grand Tunis a mobilisé vingt équipes de contrôle économique, appuyées par les forces de sécurité.

Cette opération a permis d’effectuer plus de 300 visites de contrôle en une seule soirée et de relever 112 infractions économiques, principalement dans les secteurs des vêtements, des pâtisseries, des cafés et des espaces de loisirs.

Appel aux professionnels pour soutenir le pouvoir d’achat

Enfin, Samir Khalfaoui a appelé les professionnels à participer à des réductions volontaires au profit des consommateurs, afin d’alléger les dépenses des ménages durant cette période marquée par le ramadan, les examens scolaires et les préparatifs de l’Aïd.

Selon lui, les soldes saisonnières lancées le 29 janvier 2026 ont été exceptionnellement prolongées de quatre semaines à six semaines, afin de couvrir toute la période du mois de ramadan et d’aller jusqu’à la fête de l’Aïd el-Fitr.

I.N.

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2 commentaires

  1. jamel.tazarki

    Répondre
    12 mars 2026 | 13h34

    Je redonne la citation de mon commentaire ci-dessous:
    « M. Khalfaoui a affirmé que les besoins de consommation en sucre sont estimés à environ mille tonnes par jour, une quantité qui est, selon lui, régulièrement assurée sur le marché. […] Au-delà de ce volume, des quantités supplémentaires ont été programmées et injectées dans les circuits de distribution. Toutefois, il a reconnu que la perception d’une pénurie persiste chez certains consommateurs. Selon lui, cette situation s’explique en grande partie par des pratiques de détournement liées à la différence de prix entre deux types de sucre : celui destiné à la consommation familiale et celui réservé aux usages professionnels. »

  2. jamel.tazarki

    Répondre
    12 mars 2026 | 13h28

    Je cite l’article ci-dessus:
    « M. Khalfaoui a affirmé que les besoins de consommation en sucre sont estimés à environ mille tonnes par jour, une quantité qui est, selon lui, régulièrement assurée sur le marché. […] Au-delà de ce volume, des quantités supplémentaires ont été programmées et injectées dans les circuits de distribution. Toutefois, il a reconnu que la perception d’une pénurie persiste chez certains consommateurs. »
    –>
    Voilà ce que j’appelle un raisonnement illogique, c’est-à-dire une argumentation invalide qui viole les règles de la logique et mène à une conclusion erronée ou absurde, résultant de liens de cause à effet probablement incorrects.
    –>
    Voici un exemple qui permettra de comprendre l’aspect illogique de la citation ci-dessus :
    Il a plu juste après que j’ai lavé ma voiture, donc ma voiture a provoqué la pluie 🙂

    Je rappelle que 1000 tonnes de sucre par jour, cela représente 83 grammes de sucre par citoyen tunisien : 1 000000/12000000=83 gr.

    Au mois de ramadan, notre consommation de sucre est à multiplier au moins par 1,5.
    Ce qui expliquerait probablement la pénurie de sucre.

    Je donne une autre explication probable (il y en a d’autres) à la pénurie de sucre en Tunisie : les rayons des supermarchés sont souvent vides à cause des achats de panique. Il suffirait que chaque famille tunisienne stocke 1 ou 2 kg de sucre supplémentaire chez elle pour créer une pénurie sur le marché.

    Fazit: en Tunisie, la spéculation est devenue une justification de toutes les punéries possibles sur le marché tunisien.

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