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Au Parlement, Hassen Jarboui dénonce le détournement du lait subventionné : 260 millions de dinars perdus par an

Par Imen Nouira

En Tunisie, chaque jour, plus d’un million de litres de lait sont consommés par les citoyens, dont une grande partie sert cafés, hôtels et cliniques. Pourtant, selon le député Hassen Jarboui, les subventions allouées par l’État pour soutenir les producteurs ne parviennent ni aux petits éleveurs, qui représentent 60% du cheptel, ni aux consommateurs qui devraient bénéficier d’un lait à prix abordable. Une situation qui entraîne, selon l’élu, un gaspillage annuel estimé à 260 millions de dinars et une dégradation continue de la qualité du lait.

Dans ses interventions lors de la séance plénière du vendredi 13 mars 2026, le député de la circonscription de Menzel Chaker, Hassen Jarboui, a dénoncé le fait que le lait subventionné soit détourné vers des entreprises à but lucratif, alors que les petits producteurs, souvent avec moins de cinquante vaches, n’ont pas accès aux aides. Il propose notamment d’imposer des emballages distincts pour le lait subventionné, afin que l’État puisse contrôler sa distribution et sanctionner les abus. Selon lui, cette mesure permettrait aussi de garantir que les consommateurs aient accès au lait dont le prix est réellement soutenu par l’État.

Une situation critique du cheptel

Le député a rappelé que le cheptel tunisien a connu un déclin sévère depuis plusieurs années, malgré des plans de reconstitution lancés depuis 2018. Dans les régions clés :

  • La production de lait à Mahdia est passée de 300.000 litres à 230.000 litres par jour.
  • À Sidi Bouzid, elle a chuté de 320.000 litres à 120.000 litres.
  • Sfax a vu sa production s’effondrer au point que les statistiques locales ne la recensent presque plus.

Selon M. Jarboui, ces chiffres montrent que les programmes d’aide et de relance n’ont pas été efficacement appliqués, et que les lois existantes sur le cheptel, le marquage et la qualité du lait restent largement inappliquées sur le terrain.

L’alimentation du bétail et le rôle de l’ONF

Le député a également pointé du doigt le rôle limité de l’Office national des fourrages (ONF) dans la distribution des fourrages subventionnés et la gestion des infrastructures pour l’élevage. Il dénonce des locaux et des silos fermés ou mal utilisés, alors que les éleveurs doivent payer pour accéder à des services qui devraient être proches de leurs exploitations.

Selon Jarboui, la ration des fourrages subventionnés ne couvre pas les besoins du bétail, ce qui impacte directement la production de lait et la qualité du produit fini. Il insiste sur la nécessité de programmer et de contrôler la distribution, notamment dans le Sud du pays, pour que les subventions bénéficient aux exploitants et non aux intermédiaires.

Réponse du ministre Ezzeddine Ben Cheikh

Le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzeddine Ben Cheikha rappelé les efforts du gouvernement :

  • 236 centres de collecte et de refroidissement du lait ont été déployés pour faciliter le travail des petits et moyens éleveurs.
  • Le secteur des fourrages subventionnés a vu l’allocation d’environ un million de tonnes de matières premières pour soutenir les producteurs.
  • La génétique du cheptel et l’amélioration de la production se poursuivent via des programmes de marquage, de suivi des performances, de reproduction et de sélection depuis les années 1970.
  • Des mesures sanitaires ont été financées pour plus de quatorze millions de dinars, et des programmes de formation ont touché plusieurs milliers d’éleveurs et techniciens à travers le pays.
  • Des plans pour développer les ressources locales en fourrage, réduire les coûts et réguler le marché de l’alimentation animale sont en cours, avec un suivi national et international des prix.

Le ministre a insisté sur le fait que toutes ces actions visent à garantir la sécurité alimentaire, la qualité du lait et le soutien aux petits producteurs, mais n’a pas commenté directement les critiques de détournement de subventions évoquées par le député.

Les solutions et recommandations de Hassen Jarboui

Face à cette situation, le député propose :

  1. Différencier les emballages du lait subventionné pour permettre un suivi précis.
  2. Rapprocher les infrastructures de l’ONF des éleveurs, pour faciliter l’accès aux fourrages et réduire les coûts.
  3. Renforcer le contrôle de la qualité du lait, afin d’éviter la dilution par l’eau et d’assurer un produit sain pour le consommateur.
  4. Garantir que les aides publiques bénéficient aux véritables producteurs, et non aux grandes entreprises ou structures intermédiaires.

Selon lui, la mise en œuvre de ces mesures permettrait non seulement de soutenir les petits producteurs, mais aussi de rendre la compensation laitière efficace et juste pour l’ensemble des Tunisiens.

I.N.

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