Il fut un temps où l’Union générale tunisienne du travail faisait trembler les gouvernements. Une déclaration de la centrale suffisait à faire frémir la Kasbah, et l’annonce d’une grève générale pouvait mettre tout un régime en état d’alerte.
Aujourd’hui, le spectacle est tout autre.
Une grève générale annoncée avec fracas… puis annulée.
Un secrétaire général qui annonce sa démission… puis se ravise.
Un congrès censé décider de l’avenir de la centrale… dont personne ne sait vraiment comment sera l’issue.
À force de rebondissements, la première organisation du pays donne parfois l’impression de jouer une pièce d’improvisation permanente, où chaque acte contredit le précédent.
Et pendant que la centrale s’enfonce dans ses propres turbulences, le pouvoir, lui, observe — et agit.
Une crise interne devenue chronique
La guerre qui oppose les différentes factions de la centrale n’a jamais vraiment cessé. Elle a simplement changé de forme.
La question du congrès, prévu pour mars, est aussi devenue le cœur du conflit. Derrière les débats statutaires se joue une bataille de légitimité, d’influence et, pour certains dirigeants, de survie politique.
Car quitter la tête de l’UGTT aujourd’hui n’est pas une simple transition administrative. Dans un climat politique où les poursuites judiciaires contre les opposants sont devenues monnaie courante, l’après-mandat ressemble davantage à un saut dans l’inconnu qu’à une retraite paisible.
Résultat : chaque décision devient un enjeu existentiel, chaque échéance un terrain de confrontation.
Et pendant que les clans s’observent et se neutralisent, la centrale s’enlise dans une paralysie qui finit par se voir jusque dans l’espace public.
Un congrès sous haute tension
C’est dans ce climat déjà chargé que la centrale se dirige vers son prochain congrès. Officiellement, il s’agit d’un rendez-vous statutaire, une étape normale dans la vie d’une organisation vieille de près de huit décennies. Mais personne n’est dupe. Ce congrès n’a rien d’ordinaire.
D’abord parce que son organisation elle-même reste entourée d’une étonnante opacité. Équilibres internes, alliances en gestation, règles du jeu… tout semble mouvant. Dans les couloirs syndicaux comme dans les cercles politiques, chacun tente de deviner la configuration qui émergera de cette séquence.
Ensuite parce que ce congrès se prépare dans une atmosphère rarement aussi tendue au sein de la centrale. Les fractures internes ne sont plus des murmures de couloir ; elles se sont installées dans l’espace public. Les rivalités personnelles se mêlent aux divergences politiques, les batailles statutaires se confondent avec les calculs de succession.
Dans ces conditions, une question domine toutes les autres : ce congrès permettra-t-il de remettre l’organisation d’aplomb, ou ne fera-t-il qu’exposer davantage ses divisions ?
Car l’enjeu dépasse largement le choix d’une nouvelle direction.
Il s’agit d’abord de restaurer une légitimité interne mise à mal par les querelles de mandat et les batailles de procédures. Une organisation de l’ampleur de l’UGTT ne peut durablement fonctionner avec une direction dont l’autorité est contestée par une partie de ses propres structures.
Il s’agit ensuite de réparer une cohésion syndicale fragilisée. Les fédérations, les unions régionales et les bases militantes ne regardent plus toutes dans la même direction. Certaines se montrent frontalement critiques, d’autres plus prudentes, d’autres encore oscillent entre loyauté organisationnelle et affinités politiques extérieures.
Mais au-delà de ces équilibres internes, l’enjeu est aussi stratégique : redéfinir le rôle de la centrale dans un paysage politique profondément transformé depuis 2021.
L’UGTT reste, malgré ses fragilités, l’une des rares institutions capables d’organiser une mobilisation nationale et de structurer un rapport de force social. C’est précisément pour cette raison qu’elle est observée, scrutée et attaquée.
Si le congrès parvient à clarifier la ligne de la centrale, à renouveler sa direction et à restaurer un minimum d’unité, il pourrait marquer un nouveau départ.
Mais s’il se transforme en simple règlement de comptes entre factions rivales, il risque au contraire d’accentuer les fractures et d’installer durablement la centrale dans un cycle de paralysie.
Autrement dit, ce congrès ne décidera pas seulement de l’identité du prochain secrétaire général.
Il dira si l’UGTT est encore capable de se réinventer… ou si elle s’apprête à entrer dans une phase plus longue d’érosion et d’affaiblissement.
Le rêve ancien du pouvoir
Cette fragilité tombe à point nommé pour le pouvoir.
Depuis 2021, la stratégie est relativement constante : geler les négociations sociales, marginaliser le dialogue syndical et réduire progressivement la centrale à un rôle décoratif.
La suspension récente du mécanisme de prélèvement automatique des cotisations syndicales s’inscrit clairement dans cette logique.
Officiellement technique, la mesure est perçue comme une sanction politique. Car priver un syndicat de son principal mécanisme de financement revient à l’affaiblir directement dans sa capacité d’action.
La riposte de l’UGTT a pris la forme d’une campagne d’adhésion militante, appelant les travailleurs à payer directement leurs cotisations. Les slogans fleurissent : « Mon syndicat, ma force », « Ta voix ne peut être réduite au silence ».
Le message est clair : la centrale veut prouver qu’elle ne dépend pas d’un mécanisme administratif mais de la volonté de ses militants.
Mais cette mobilisation arrive dans un moment où l’organisation elle-même peine à afficher l’unité qui fait traditionnellement sa force.
Un paradoxe cruel
C’est peut-être là que réside le paradoxe le plus cruel de la situation.
L’UGTT a survécu à Bourguiba. Elle a résisté à Ben Ali. Elle a joué un rôle décisif dans la transition de 2011.
Mais aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les attaques du pouvoir qui la fragilisent.
Ce sont aussi ses propres fractures.
Une organisation divisée devient un adversaire plus facile à neutraliser. Et un pouvoir qui voit son principal contre-pouvoir s’affaiblir de lui-même n’a même plus besoin de livrer bataille frontalement.
Il lui suffit parfois de regarder les fissures s’élargir.
Et dans ce cas, l’histoire pourrait retenir une ironie amère. La plus puissante organisation du pays n’aura peut-être pas été vaincue par ses adversaires.
Elle aura simplement fini par se perdre dans ses propres batailles.











2 commentaires
jamel.tazarki
Introduction: : La fin du prélèvement automatique des cotisations syndicales est un jour de deuil pour la Tunisie! l’avenir de l’UGTT dépend actuellement du nombre de ses futurs adhérents: plus il est important, plus le syndicat est légitime et efficace pour négocier et obtenir des avancées concrètes.
A) Je cite l’Article ci-dessus:
« – La suspension récente du mécanisme de prélèvement automatique des cotisations syndicales s’inscrit clairement dans cette logique.
– Officiellement technique, la mesure est perçue comme une sanction politique. Car priver un syndicat de son principal mécanisme de financement revient à l’affaiblir directement dans sa capacité d’action.
-La riposte de l’UGTT a pris la forme d’une campagne d’adhésion militante, appelant les travailleurs à payer directement leurs cotisations. Les slogans fleurissent : « Mon syndicat, ma force », « Ta voix ne peut être réduite au silence » Fin de la citation.
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Bourguiba et Ben Ali avaient suffisamment de bon sens pour ne pas commettre l’erreur de priver l’UGTT de ses prélèvements automatiques ! Ils savaient en effet que les syndicats constituent la seule protection dont disposent les travailleurs tunisiens dans leur vie professionnelle.
– Trop de Tunisiens ignorent ce qu’est un ordre permanent bancaire, c’est-à-dire un virement automatique et régulier (mensuel, trimestriel, etc.) d’un montant fixe destiné au paiement de la cotisation syndicale.
– L’Allemagne encourage les cotisations syndicales. Celles-ci sont en effet déductibles des impôts sur le revenu, dans la catégorie des frais professionnels. Et que fait la Tunisie ?
– Fazit: l’avenir de l’UGTT dépend actuellement du nombre de ses futurs adhérents: plus il est important, plus le syndicat est légitime et efficace pour négocier et obtenir des avancées concrètes.
B) En Allemagne, en plus des syndicats, il existe également des tribunaux du travail gratuits qui sont cruciaux pour garantir l’accès à la justice sociale. Ils permettent aux salariés de contester des abus sans barrière financière. Ils veillent à l’application du droit du travail, favorisent une résolution rapide des conflits, rétablissent l’équilibre entre employeurs et employés, et protègent les droits fondamentaux, tels que le droit à un salaire et à une sécurité au travail.
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99 % des Tunisiens ignorent même l’existence de ces tribunaux. Et même s’il y en avait, rares sont ceux qui oseraient contacter un tel tribunal ! Entre-temps, tout ce qui a trait aux tribunaux effraie les Tunisiens. Et tout le monde sait pourquoi !
C) Voici les principaux avantages et rôles des syndicats :
1) Défense des intérêts des travailleurs
– Négociation collective : Les syndicats négocient de meilleures conditions de travail, des augmentations de salaire, et des conventions collectives solides (entreprises, secteurs, national).
– Protection et sécurité : Ils veillent à la santé et à la sécurité au travail et protègent contre l’arbitraire, les licenciements injustifiés et les discriminations.
– Soutien individuel et juridique : En cas de conflit avec la direction, le syndicat apporte un soutien, des conseils juridiques et une représentation.
– Avantages salariaux : Les travailleurs syndiqués ont tendance à bénéficier de meilleurs avantages sociaux.
2) Garantie de l’équité sociale
– Rééquilibrage des pouvoirs : Face au pouvoir inhérent de l’employeur, le syndicat rééquilibre le rapport de force.
– Lutte contre la précarité : Les syndicats agissent pour l’égalité professionnelle (hommes/femmes), contre la précarité et pour de meilleures conditions de travail.
– Justice sociale : Par leur action, ils contribuent à une société plus juste et solidaire, notamment en gérant des organismes paritaires (assurance maladie, chômage, retraites).
D) Fonctionnement de l’engagement syndical:
– Financement : La cotisation syndicale donne les moyens de l’action collective .
– Indépendance : Les syndicats agissent sans se soumettre à l’influence de partis politiques, garantissant la défense exclusive des intérêts des salariés.
Plus le nombre d’adhérents est important, plus le syndicat est légitime et efficace pour négocier et obtenir des avancées concrètes.
E) Méthode de retenue à la source en Allemagne
– Prélèvement direct : En Allemagne, la cotisation syndicale est principalement directement prélevée sur le salaire brut par l’employeur (retenue à la source) et reversée au syndicat.
– Système : Cette méthode est perçue comme un moyen efficace de financer le syndicat, la cotisation représentant généralement 1 % du revenu brut moyen.
– Avantage fiscal : Les cotisations syndicales sont déductibles des impôts sur le revenu en Allemagne (dans la catégorie des frais professionnels).
– Exemple: Un employé qui gagne 3000 euros le mois paye une cotisation syndicale de 1%, ce qui fait 30 euros du salaire brut, dont 66 % sont déductibles fiscalement !
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est-ce qu’en Tunisie, les cotisations syndicales sont déductibles fiscalement ?
Exemple : un employé qui gagne 3000 euros le mois paye une coittsation syndicale de 1% ce qui fait 30 euros du salaire brut dont 66% sont déductibles fiscalement!
–> L’Allemagne est un exemple de pays qui respecte son peuple!
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
Citoyen_H
STOP AUX ABUS, STOP À L’ANARCHIE, STOP À LA DÉBANDADE ET STOP AUX SCABREUX DÉBORDEMENTS RÉSULTANT DE LA RÉVOLUTION DES PI**OUINS
« L’UGTT a survécu à Bourguiba. Elle a résisté à Ben Ali. Elle a joué un rôle décisif dans la transition de 2011. »
Le coup d’État de 2011, fut l’occasion rêvée AUX charognards de tous bords, pour profiter de la crédulité des masses inquantifiables d’ignares, d’incultes, d’analphabètes et de tammé3a, peuplant notre tout petit pays, celle pour se ruer sur un pactole royal, mis à disposition par les gardiens d’étables et d’écuries, fraichement portés au pouvoir.
Quand on voit le profil du démon Khriji, du Marzouguiki, des Abbou, de la Zoghlemi, de la Mehrezia, de la Ben Toumia et tout le reste de la cour des miracles, la frénésie qui allait s’ensuivre, était prévisible.
Les dirigeants de l’UGTT ne firent pas exception.
Bien au contraire, ce fut pour eux, le tout début d’un âge d’or inespéré.
Dès cet instant, des camions bennes et des tractopelles entrèrent en action.
Abbassi n’a pas pris sa retraite par hasard !!
Ceux qui disposent de quelques neurones en activité permanente, en comprendront le sens.
La crise interne de l’UGTT n’est pas dû à ce qu’on veuille bien nous faire croire.
Réveillez-vous les endormis.
Vous avez vraiment cru qu’un simple charcutier allait faire tourner à bon escient cette centrale NUCLÉAIRE ???
Décidément, vous persistez à faire confiance à ceux qui avaient oxydé les entrailles de la NATION, tout en se méfiant de ceux qui s’acharnent pour le bien de celle-ci.
Il va falloir vous remettre en question.
Tout compte fait, la catastrophe de 2011 n’a pas servi à grand-chose.
Apparemment, elle ne fit que développer votre insatiable appétit de l’argent facile, pour être honnête avec vous, l’argent sale, l’argent très sale, bien encore plus sale que celui qui engendra la perte des Trabelssi.
Ce que je perçois de cet « ÉVÉNEMENT » nommé congrès.
Je vois une guérilla, entre des piranhas, des requins blancs, des hyènes, des crocodiles et d’autres prédateurs dont on ignore encore leur existence.
À mes yeux, c’est l’unique enjeu du congrès en question.
Appelons un chat, un chat.