Dans une salle de classe anonyme, quelque part dans le vaste territoire de l’école tunisienne, un professeur de français a voulu bien faire. Sur la copie d’un élève, sans doute soucieux d’encourager un effort fragile, il a rédigé une remarque bienveillante. Une phrase simple, touchante. Une de ces formules que l’on imagine écrites d’une main distraite mais sincère : « Bons résultats. Je (ton) courage ». Malheureusement, la phrase contenait une faute d’orthographe.
Une seule, diront les indulgents. Une faute de trop, répondront les gardiens du temple linguistique. Et, surtout, une faute écrite par un professeur de français — ce qui, dans l’écosystème impitoyable des réseaux sociaux, équivaut à une catastrophe naturelle de catégorie maximale.

La copie a été photographiée. Puis publiée. Puis partagée. Puis disséquée.
En quelques heures, le commentaire pédagogique s’est transformé en phénomène viral. Les internautes, toujours prompts à jouer les académiciens du dimanche, ont accouru comme des vautours linguistiques. Les commentaires ont fleuri, oscillant entre sarcasme, indignation et désespoir civilisationnel. « Si les professeurs font des fautes, que dire des élèves ? », peut-on lire sur Facebook.

Cette petite faute — insignifiante, diront certains — s’est transformée en symbole. Elle est devenue, malgré elle, une métaphore parfaite de l’état de l’école tunisienne : fragile, exposée, et observée à la loupe par une société qui semble osciller entre nostalgie et désillusion.
Il faut dire que l’éducation nationale traverse une période agitée. Les tensions entre le ministère, les syndicats et les enseignants rythment l’actualité presque autant que les résultats des examens. Les débats sur les programmes, les conditions de travail ou la réforme du système éducatif s’enchaînent, tandis que le niveau des élèves fait régulièrement l’objet de diagnostics alarmants.

L’histoire serait presque comique si elle ne révélait pas une réalité plus sombre. Les enseignants d’aujourd’hui sont eux-mêmes les produits du même système éducatif que l’on accuse désormais d’avoir décliné. Autrement dit, ils enseignent avec les outils qu’ils ont reçus. Et parfois, ces outils comportent quelques fissures.
Ce sont des fissures qui auraient pu passer pour un simple lapsus pédagogique, perdu dans les marges d’une copie d’examen. Sauf que, dans un pays où l’école est devenue un champ de bataille politique, social et culturel, une lettre mal placée peut déclencher un débat national et s’ériger en manifeste involontaire sur l’état de toute une nation.
N.J










