Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Flambée du pétrole : une bombe budgétaire et quatre choix douloureux pour la Tunisie

Par Sarra Hlaoui

L’économiste Ridha Chkoundali a mis en garde, dimanche 15 mars 2026, contre les répercussions économiques que pourrait subir la Tunisie si l’escalade militaire actuelle au Moyen-Orient venait à se prolonger. Dans une publication consacrée aux dernières évolutions dans la région, il estime que la flambée des prix du pétrole pourrait exercer une pression considérable sur les finances publiques, l’inflation et les équilibres extérieurs du pays.

Un Moyen-Orient sous tension, avec le détroit d’Ormuz au cœur des inquiétudes

L’économiste rappelle que la situation actuelle est marquée par une montée des tensions après les frappes américaines visant l’île iranienne de Kharg et l’appel du président américain Donald Trump à former une coalition internationale chargée de sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz.

Ce passage stratégique, par lequel transite plus de 20 % des exportations mondiales de pétrole, reste au centre des préoccupations. Bien que les infrastructures pétrolières n’aient pas été directement touchées lors de la frappe contre l’île iranienne, la région demeure extrêmement volatile et pourrait connaître de nouvelles escalades militaires susceptibles de perturber davantage les flux énergétiques mondiaux.

Le principal risque, selon Ridha Chkoundali, réside dans une extension du conflit impliquant d’autres pays. Une telle évolution compliquerait le contrôle du détroit d’Ormuz et alimenterait une hausse plus marquée encore des prix du pétrole.

Les premières secousses se font déjà sentir dans les pays du Golfe. La production de gaz naturel liquéfié au Qatar a été interrompue ces derniers jours et plusieurs installations pétrolières ont suspendu leurs activités, faute de pouvoir garantir le passage sécurisé des cargaisons. Or ces économies — Arabie saoudite, Koweït, Qatar ou Bahreïn — reposent largement sur les revenus des hydrocarbures.

Même les grandes économies occidentales commencent à ressentir les effets de cette tension énergétique, notamment à travers la hausse des prix des carburants et les pressions inflationnistes.

Un choc pétrolier qui pourrait coûter 6,4 milliards de dinars à la Tunisie

Pour la Tunisie, le danger est immédiat. Ridha Chkoundali rappelle que le prix du pétrole a atteint environ 103 dollars le baril au 15 mars 2026, alors que la loi de finances a été élaborée sur la base d’un baril à 63,3 dollars. L’écart dépasse donc les 40 dollars.

Si ce niveau devait se maintenir jusqu’à la fin de l’année, l’économiste estime que la facture pourrait atteindre 6,4 milliards de dinars pour le budget de l’État — soit un montant équivalent aux dépenses de développement prévues pour 2026.

Face à un tel choc, l’État serait contraint de trancher entre plusieurs options toutes politiquement et socialement sensibles. Ridha Chkoundali propose notamment quatre scénarios possibles :

  • le report des projets inscrits au budget de l’État pour 2026 ;
  • le gel ou le report des recrutements dans la fonction publique, alors que 53.000 embauches sont prévues ;
  • une hausse des prix des carburants par réduction de la compensation ;
  • ou encore le report des augmentations salariales prévues l’année prochaine.

Autant de décisions qui pourraient avoir des répercussions économiques et sociales significatives.

Inflation, déficit extérieur et pression sur le dinar

Au-delà du seul impact budgétaire, l’économiste anticipe également plusieurs effets macroéconomiques.

La poursuite de la hausse des cours pétroliers pourrait alimenter une remontée de l’inflation d’environ un point, ce qui pourrait pousser la Banque centrale de Tunisie à relever de nouveau son taux directeur.

Par ailleurs, la facture énergétique plus élevée risquerait d’élargir davantage le déficit commercial et de fragiliser la balance des paiements. Ridha Chkoundali évoque aussi le risque d’un recul des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger et des recettes touristiques si les économies du Golfe, elles-mêmes touchées par la crise, voyaient leurs revenus diminuer.

Cette combinaison de facteurs pourrait également peser sur les réserves en devises et exercer une pression supplémentaire sur la valeur du dinar.

L’option diplomatique comme scénario le moins coûteux

Dans ce contexte, l’économiste estime que le scénario le plus favorable pour la Tunisie reste une désescalade rapide dans la région par la voie diplomatique, seule capable d’éviter un choc énergétique durable.

À défaut, il appelle les autorités à anticiper les conséquences économiques de la crise en mettant en place une cellule d’urgence économique réunissant les meilleures compétences, afin de préparer éventuellement un projet de loi de finances complémentaire destiné à amortir les effets de cette conjoncture.

S.H

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Contenus Sponsorisés

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *