La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania a vivement critiqué le président américain Donald Trump, lundi 16 mars 2026, lors de la cérémonie des Oscars. Présente sur le tapis rouge, la cinéaste a dénoncé l’absence de l’acteur principal de son film The Voice of Hind Rajab, nommé dans la catégorie du meilleur film international. Selon elle, ce dernier n’a pas pu se rendre aux États-Unis en raison de sa nationalité palestinienne.
S’exprimant devant la presse internationale, Kaouther Ben Hania a tenu à rappeler le contexte politique entourant cette absence. « Nous avons fait ce film ensemble. Tous mes acteurs sont formidables, et mon acteur principal n’est pas ici. Ce n’est pas parce qu’il ne veut pas être présent, mais parce qu’il est Palestinien. Nous savons qu’il existe une interdiction décidée par Donald Trump qui empêche les Palestiniens d’entrer aux États-Unis. Vous voyez, ce tapis rouge n’est pas déconnecté du reste du monde », a-t-elle déclaré.
La réalisatrice a également profité de cette tribune médiatique pour lancer un appel plus large contre la guerre et les violences qui touchent les populations civiles. « Nous n’avons pas besoin de guerre. Des gens sont bombardés. Nous avons besoin que des comptes soient rendus, nous avons besoin de justice et nous avons besoin de paix », a-t-elle affirmé.
Une prise de position dans la continuité de son engagement
Ces déclarations s’inscrivent dans la continuité des prises de position récentes de la cinéaste sur la situation à Gaza. Le 17 février 2026, lors de la cérémonie des Cinema For Peace Awards à Berlin, Kaouther Ben Hania avait déjà prononcé un discours remarqué, affirmant ressentir « davantage de responsabilité que de gratitude » au moment de prendre la parole.
Présentant son film The Voice of Hind Rajab, la réalisatrice avait expliqué que son œuvre ne se limite pas à raconter l’histoire d’une enfant palestinienne tuée à Gaza en janvier 2024. Selon elle, le film vise surtout à dénoncer « le système qui a rendu son assassinat possible », estimant que ce drame n’est « pas une exception » mais s’inscrit dans ce qu’elle qualifie de « génocide ».
Lors de cette intervention à Berlin, Kaouther Ben Hania avait également accusé certains acteurs politiques et institutionnels d’offrir une « couverture politique » aux violences, notamment en présentant les massacres de civils comme relevant de la « légitime défense » ou de « circonstances complexes ».
« Sans justice, il n’y a pas de paix »
La cinéaste avait alors développé une réflexion plus large sur la notion de paix, affirmant qu’elle ne peut exister sans justice ni responsabilité. « Sans reddition de comptes, il n’y a pas de paix », avait-elle déclaré, évoquant la mort de Hind Rajab, de sa famille ainsi que des deux ambulanciers venus lui porter secours.
Dans un geste symbolique, Kaouther Ben Hania avait également annoncé qu’elle ne repartirait pas avec la distinction qui lui était attribuée lors de cette cérémonie, expliquant vouloir la laisser sur place « comme un rappel ». Elle avait conclu en affirmant qu’elle accepterait ce prix « avec joie » le jour où la paix sera poursuivie comme « une obligation juridique et morale ».
R.B.H











