La flambée des prix du baril de pétrole, alimentée par la poursuite des tensions géopolitiques et la menace d’une fermeture du détroit d’Ormuz, commence déjà à produire ses effets sur les équilibres financiers de la Tunisie. L’alerte est venue, mardi 17 mars 2026, de l’économiste et professeur à l’Université de Tunis, Moez Soussi, qui évoque un surcoût de 485 millions de dinars pour la subvention aux carburants sur le seul mois de mars.
Invité de Diwan FM, l’universitaire a détaillé les mécanismes de cette pression croissante. La hausse des cours du brut risque, selon lui, d’accentuer un déficit énergétique déjà élevé, estimé à 6,3 millions de tonnes équivalent pétrole. Dans ces conditions, le taux d’indépendance énergétique de la Tunisie demeure limité à 27 %, sans tenir compte de la redevance sur le gaz algérien.
Le décalage entre les hypothèses budgétaires et la réalité du marché apparaît, par ailleurs, particulièrement préoccupant. La loi de finances 2026 a été élaborée sur la base d’un prix du baril fixé à 63,3 dollars (environ 196 dinars), alors que les cours dépassent actuellement les 100 dollars (près de 310 dinars). Une dérive qui se traduit mécaniquement par une pression accrue sur les finances publiques : chaque dollar supplémentaire sur le prix du baril engendre un coût additionnel annuel de 158,7 millions de dinars, dont 110,7 millions pour les produits pétroliers et 48 millions pour le gaz.
Au-delà de la conjoncture internationale, Moez Soussi met en lumière un déséquilibre plus profond. La consommation énergétique nationale progresse à un rythme trois fois supérieur à celui de la croissance économique, révélant un dysfonctionnement structurel qui fragilise davantage les marges de manœuvre de l’État.
Face à cette équation, les options apparaissent limitées. L’économiste évoque la possibilité d’arbitrages budgétaires sensibles, entre réduction des dépenses d’investissement et ajustement, même partiel, des prix des carburants. Autant de choix délicats dans un contexte où la contrainte énergétique s’impose désormais comme un facteur central de vulnérabilité économique pour la Tunisie.
M.B.Z











