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Tunisie : le juge Omar Wesleti dénonce le vide réglementaire derrière l’exposition d’enfants

Par Imen Nouira

« L’innocence des enfants n’est pas un spectacle » : c’est l’alerte lancée lundi 16 mars 2026 par le juge Omar Wesleti, ancien membre de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), après la diffusion par une chaîne de télévision privée d’images d’enfants lors de fêtes de circoncision, sans aucune protection de leur identité. Une diffusion qui révèle, selon lui, un vide réglementaire préoccupant dans le paysage audiovisuel tunisien.

Dans son post Facebook, le juge Wesleti déplore que la diffusion de ces images se fasse dans un contexte où la régulation audiovisuelle est absente : « Le problème n’est plus seulement la publication d’images d’enfants, mais le contexte dans lequel cela se fait. Diffuser en direct des fêtes de circoncision sur une chaîne privée, en montrant les enfants à visage découvert dans des moments sensibles de leur vie, constitue une violation claire de leurs droits et de leur dignité. »

Le juge souligne que cette situation est aggravée par un vide réglementaire. Avec l’inactivité de la Haica et l’expiration de la licence de diffusion de cette chaîne privée, l’espace audiovisuel tunisien est devenu « ouvert à des dépassements graves sans véritable contrôle ». Dans ce contexte, poursuit-il, « les corps et la vie privée des enfants se transforment en matière de spectacle télévisé et de marketing médiatique ».

Cadre légal et protection de l’enfant

Le juge Wesleti rappelle que le droit tunisien interdit strictement ce type de diffusion. Selon le Code de protection de l’enfant, publier des images d’un mineur portant atteinte à sa vie privée, le stigmatisant ou l’exposant à l’exploitation est passible de sanctions, même lorsque l’image est captée dans un lieu public. De plus, l’utilisation d’enfants dans des contenus médiatiques à dimension commerciale ou spectaculaire, sans protection de leur identité ni respect de leur intérêt supérieur, constitue un véritable cas d’exploitation, interdit par la loi.

Responsabilité partagée

Pour Omar Wesleti, l’absence de surveillance ne signifie pas l’absence de responsabilité. Il insiste sur le fait que la protection de l’enfant demeure une obligation légale et morale pour tous les acteurs concernés : les médias, les parents, les représentants de la protection de l’enfance et le ministère public. « Lorsqu’une caméra est pointée sur un enfant sans protection ni anonymisation, nous ne créons pas un programme télévisé… nous commettons une violation », écrit-il. Il conclut : « L’innocence des enfants n’est pas un matériau de spectacle. »

La Haica : un régulateur en sommeil

Créée en 2013, la Haica avait pour mission de réguler le paysage audiovisuel tunisien, veiller au respect de la déontologie journalistique et délivrer les licences de diffusion aux radios et télévisions. Cependant, l’instance a cessé ses activités depuis que ses membres n’ont pas été renouvelés, laissant un vide dans la régulation des contenus diffusés. Ce vide, selon le juge Wesleti, contribue directement à la diffusion incontrôlée d’images sensibles et à l’exposition médiatique des mineurs.

Enjeux éthiques et sociétaux

Au-delà de la législation, la question soulevée par Omar Wesleti est avant tout éthique. La diffusion d’images d’enfants dans des moments privés ou sensibles pose la question du respect de leur intimité et de leur dignité. Elle soulève également le débat sur les limites du journalisme et du divertissement, et sur la responsabilité des médias face aux publics les plus vulnérables.

Le post du juge Wesleti intervient à un moment où la société tunisienne s’interroge sur la protection des enfants dans l’espace numérique et audiovisuel, et où le besoin d’une régulation efficace se fait plus pressant que jamais.

I.N.

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