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Sous l’onde de choc de la guerre au Moyen-Orient, l’Égypte décrète un couvre-feu énergétique

Par Nadya Jennene

La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran ne se contente plus de redessiner les lignes de front au Moyen-Orient. Elle diffuse ses secousses bien au-delà des zones de combat, frappant de plein fouet les équilibres économiques et énergétiques de toute la région — et jusqu’aux pays qui n’y participent pas directement.

Au Caire, les premières répliques sont déjà tangibles.

Le Premier ministre égyptien, Moustafa Madbouli, a annoncé une série de mesures drastiques visant à réduire la consommation d’énergie à l’échelle nationale. À partir du samedi 28 mars, et pour une durée initiale d’un mois, le pays entre dans un régime d’austérité énergétique assumée.

Commerces, centres commerciaux, restaurants et cafés devront désormais baisser rideau à 21h en semaine. Une légère tolérance est accordée les jeudis et vendredis, avec une fermeture repoussée à 22h. Des horaires qui traduisent, au-delà de leur apparente banalité, une volonté claire : freiner une consommation devenue trop coûteuse dans un contexte de tensions extrêmes sur les marchés énergétiques.

Mais l’effort ne s’arrête pas là.

Le gouvernement égyptien envisage également de généraliser le travail à distance, à raison d’un ou deux jours par semaine, aussi bien dans le secteur public que privé. Une mesure qui exclut toutefois les secteurs stratégiques — usines, infrastructures vitales, santé et transports — mais qui témoigne d’une adaptation accélérée à une conjoncture exceptionnelle.

Symbole fort de ce tournant : le quartier administratif de la nouvelle capitale sera entièrement fermé dès 18h après les vacances de l’Aïd el-Fitr. Une décision lourde de sens pour ce projet vitrine du pouvoir égyptien, censé incarner modernité et puissance. Les activités administratives pourront, elles, se poursuivre à distance.

Dans le même esprit, l’État serre la vis sur les dépenses jugées non essentielles : réduction drastique de l’éclairage public, extinction des panneaux publicitaires… autant de signaux visibles d’un pays contraint de revoir ses priorités sous pression.

Car derrière ces mesures se cache une réalité brutale : la facture énergétique explose.

Avant le déclenchement du conflit, l’Égypte importait du gaz naturel pour environ 560 millions de dollars par mois. Dès le lendemain de la guerre, ce chiffre a bondi à 1,65 milliard de dollars. Une multiplication par près de trois, qui met à rude épreuve les finances du pays et accentue sa vulnérabilité énergétique.

Cette flambée s’inscrit dans un contexte global de tensions sur les approvisionnements, alimentées par les incertitudes géopolitiques et les perturbations des circuits énergétiques régionaux. Le canal de Suez, artère stratégique du commerce mondial, se retrouve lui aussi indirectement exposé aux risques d’escalade.

L’Égypte, déjà fragilisée par une crise économique persistante et une inflation élevée, se retrouve ainsi prise en étau entre ses besoins internes et un environnement international devenu imprévisible.

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement ses frontières.

De Tunis à Amman, d’Ankara à Islamabad, la guerre en cours agit comme un accélérateur de vulnérabilités. Elle révèle la dépendance structurelle de nombreux États aux marchés énergétiques mondiaux — et leur exposition immédiate aux conflits qui les traversent.

En resserrant sa consommation d’énergie, l’Égypte ne fait pas qu’ajuster ses dépenses. Elle envoie un signal clair : même loin des bombes, la guerre est déjà là.

N.J

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