L’association Damj a publié, vendredi 20 mars 2026, un communiqué dans lequel elle dénonce le maintien en détention de Khoubaib, créateur de contenu à l’identité de genre non normative, incarcéré depuis plus de 500 jours. L’organisation évoque une détention arbitraire et dénonce un acharnement judiciaire et carcéral à son encontre.
Khoubaib a été condamné en première instance à quatre ans et demi de prison sur la base des articles 226, 226 bis et 234 du Code pénal, ainsi que de l’article 86 du Code des télécommunications, en lien avec des contenus publiés en ligne. En appel, sa peine a été réduite à deux ans d’emprisonnement après requalification et fusion des infractions.
Un traitement différencié et des poursuites supplémentaires
Malgré cette réduction de peine, Damj souligne que Khoubaib demeure incarcéré, contrairement à plusieurs autres créateurs de contenu poursuivis dans des affaires similaires et remis en liberté.
L’association affirme que les poursuites se sont poursuivies à son encontre, évoquant une décision du parquet de contester le jugement en appel avec une demande d’alourdissement de la peine. Elle indique également que Khoubaib a été poursuivi pour « outrage à fonctionnaire public » après un incident survenu en détention, ainsi que sanctionné disciplinairement par un placement en cellule d’isolement.
Pour Damj, ces éléments traduisent une volonté d’« acharnement » et de « représailles » à son encontre.
Un contexte marqué par la campagne contre les créateurs de contenu
Cette prise de position s’inscrit dans le prolongement de la campagne judiciaire engagée à partir de fin 2024 contre plusieurs influenceurs et créateurs de contenu accusés de diffuser des contenus jugés contraires aux bonnes mœurs.
Le 27 octobre 2024, le ministère de la Justice avait annoncé l’engagement de poursuites contre toute personne impliquée dans la production ou la diffusion de contenus considérés comme portant atteinte aux valeurs morales. Cette orientation avait donné lieu à une vague d’arrestations et de condamnations, suscitant un débat public nourri entre partisans d’un encadrement strict des contenus numériques et défenseurs de la liberté d’expression.
Parmi les affaires les plus médiatisées, plusieurs créateurs de contenu avaient été condamnés en première instance, notamment Lady Samara, condamnée à trois ans et deux mois de prison, ou encore l’influenceuse Afifa Ben Abdallah, condamnée à un an et six mois, tandis que son époux Ramzi avait écopé d’une peine de plus de trois ans.
Les audiences d’appel, ouvertes le 22 janvier 2025, avaient d’abord été marquées par le refus de libération de plusieurs accusés. Toutefois, les décisions rendues début février 2025 avaient conduit à la libération de plusieurs figures de ces dossiers, dont Lady Samara ainsi que le couple Afifa Ben Abdallah et son époux. D’autres accusés avaient bénéficié de peines réduites, de sursis ou de non-lieux, traduisant une évolution partielle de l’appréciation judiciaire en appel.
C’est dans ce contexte que Damj met en avant le maintien en détention de Khoubaib, qu’elle considère comme révélateur d’un traitement inégal.
Une répression visant explicitement les personnes LGBTQ+
Au-delà du cas individuel, l’association inscrit cette affaire dans un contexte plus large de répression visant les personnes LGBTQ+.
Elle affirme que depuis le début de l’année 2026, plus de 52 personnes ont été poursuivies sur la base de l’article 230 du Code pénal, qui criminalise les relations entre personnes de même sexe, dans plusieurs régions du pays, notamment à Gabès, Sousse et Tunis.
Damj dénonce également la poursuite de pratiques attentatoires aux droits fondamentaux, notamment les tests anaux, ainsi que des violations du droit à un procès équitable, du droit à la défense et du droit à l’intégrité physique.
L’organisation évoque par ailleurs un climat de violences et de stigmatisation, alimenté selon elle par des campagnes en ligne incitant à la haine et à des agressions contre les personnes queer.
“Une politique de dissuasion et de mise au pas”
Dans son communiqué, Damj considère que le maintien en détention de Khoubaib « reflète une politique de représailles et de menace » visant à exclure les personnes queer de l’espace public et des espaces numériques.
Elle estime également que cette affaire s’inscrit dans un climat politique marqué par une pression accrue sur les défenseurs des droits et libertés, en particulier ceux engagés en faveur des minorités sexuelles.
L’association critique enfin ce qu’elle qualifie de « campagnes de moralisation », qu’elle considère comme un instrument de contrôle des corps et des libertés.
Damj appelle à la libération immédiate et inconditionnelle de Khoubaib ainsi que de toutes les personnes détenues en raison de leur identité ou de leur orientation, et réitère sa demande d’abrogation de l’article 230 du Code pénal, qu’elle qualifie d’héritage colonial contraire aux engagements internationaux de la Tunisie.
M.B.Z










