Un navire fantôme dérive aux portes de la Libye. Et avec lui, le spectre d’une catastrophe écologique majeure qui pourrait frapper l’ensemble du bassin méditerranéen — Tunisie comprise.
Endommagé début mars lors d’une attaque attribuée par Moscou à des drones ukrainiens, le méthanier russe Arctic Metagaz dérive depuis sans équipage, balloté par les vents et les courants. Long de 277 mètres, le navire a perdu tout contrôle après des explosions survenues le 3 mars au large de Malte, contraignant ses 30 membres d’équipage à l’abandonner.
Depuis, il avance lentement, dangereusement, vers les côtes libyennes.
Un cocktail explosif en pleine mer
À son bord : environ 450 tonnes de fioul lourd, 250 tonnes de gazole et une quantité incertaine de gaz naturel liquéfié (GNL), maintenu à très basse température. Un mélange hautement inflammable et potentiellement dévastateur.
Pour plusieurs pays européens — Italie, Espagne, Malte, Grèce et Chypre — le danger est clair : ils évoquent un « risque imminent et grave » de catastrophe écologique et ont appelé l’Union européenne à intervenir d’urgence.
L’ONG WWF alerte, de son côté, sur un double scénario catastrophe : une fuite de fioul, synonyme de pollution durable des eaux méditerranéennes ou pire, une défaillance du système de refroidissement du GNL, pouvant provoquer une explosion et une pollution atmosphérique
Pour l’instant, aucune fuite n’a été détectée. Mais le navire reste hors de contrôle.
Cap sur la Libye, inquiétude pour toute la région
Selon les autorités italiennes, la trajectoire du méthanier dépend étroitement des vents et des courants marins. À ce rythme, il pourrait atteindre les côtes libyennes en quelques jours.
C’est désormais dans la zone de recherche et de sauvetage libyenne que se joue l’opération.
Samedi 21 mars, la National Oil Corporation (NOC) libyenne a annoncé avoir mandaté une société spécialisée pour prendre en charge le navire. Objectif : le remorquer vers un port libyen et éviter le pire. Une cellule de crise a été mise en place, en coordination avec des partenaires internationaux, notamment le groupe italien Eni.
Les autorités libyennes se veulent rassurantes, estimant que la menace environnementale peut être « largement maîtrisée ». Mais l’urgence de la situation, elle, ne fait aucun doute.
Une menace directe pour la Tunisie et le bassin méditerranéen
Si le navire venait à fuir ou exploser au large de la Libye, les conséquences dépasseraient largement les frontières libyennes.
La Méditerranée est une mer semi-fermée, où les courants favorisent la propagation rapide des polluants. Une marée noire ou un rejet massif de gaz pourrait ainsi atteindre les côtes tunisiennes en quelques jours, affectant les écosystèmes marins, la pêche et l’économie touristique
Autrement dit, ce qui se joue aujourd’hui au large de la Libye pourrait rapidement devenir une crise environnementale tunisienne.
Pour l’heure, tout repose sur la capacité des autorités libyennes et de leurs partenaires à sécuriser le navire avant qu’il ne soit trop tard.
M.B.Z










