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Fierté nationale ou citoyenneté conditionnelle ? La Tunisie face à son propre paradoxe

Par Hella Ben Youssef

Par Hella Ben Youssef

Depuis hier, une vague de fierté a traversé la Tunisie. Des Tunisiennes élues à la tête de municipalités en France, des parcours inspirants, des réussites saluées, des symboles brandis. Oui, il faut le dire clairement, cette fierté est légitime. Elle dit quelque chose de la qualité humaine, intellectuelle et politique de nos compatriotes, capables de s’imposer, de servir et de diriger au plus haut niveau.

Mais derrière cette célébration, une vérité dérange. Une vérité que nous évitons de regarder en face. La Tunisie aime ses enfants quand ils réussissent ailleurs. Elle doute d’eux lorsqu’ils veulent servir ici. Car au-delà des discours, une réalité s’impose. Les Tunisiens de l’étranger (TRE), et plus encore les binationaux, restent enfermés dans une citoyenneté à géométrie variable. Et pourtant, même dans sa version la plus récente, notre cadre constitutionnel est sans ambiguïté. L’article 23 de la Constitution de 2022 affirme l’égalité entre tous les citoyens et citoyennes, sans discrimination. L’article 37 garantit les droits politiques, dont le droit de vote et le droit de se porter candidat.

Une égalité proclamée, une suspicion persistante

Autrement dit, la loi ne distingue pas entre les Tunisiens selon leur lieu de vie ou la complexité de leur parcours. Sur le papier, il n’y a qu’une seule citoyenneté, pleine, entière et indivisible.

Mais dans les faits, une autre logique s’installe. On applaudit à distance. On soupçonne à proximité. Ce décalage entre les principes et les pratiques est aujourd’hui au cœur du problème.

Le problème n’est plus juridique. Il est politique, culturel et profondément révélateur de nos contradictions. Car une Constitution n’est pas seulement un texte. C’est un engagement collectif. Et cet engagement est aujourd’hui mis à l’épreuve. Comment revendiquer l’égalité tout en entretenant la suspicion ? Comment garantir des droits politiques tout en disqualifiant certains parcours ? Comment continuer à valoriser une diaspora lorsqu’elle brille à l’international, mais freiner son implication dès qu’elle souhaite participer pleinement à la vie nationale ?

Une contradiction politique devenue structurelle

Je parle ici aussi en connaissance de cause. Depuis plus de quinze ans, je m’engage entre les deux rives, dans les institutions, dans la vie économique et dans le débat public. Non pas par opportunité, mais par conviction, par attachement profond à la Tunisie, par sens de la responsabilité. Et comme beaucoup d’autres, j’ai constaté cette contradiction permanente, celle d’un pays qui nous valorise de loin, mais nous questionne de près.

Il est temps de sortir de cette ambiguïté. Une citoyenneté ne se fragmente pas. Une loyauté ne se mesure pas au nombre de passeports. Un engagement ne se juge pas à la géographie. Et pour rappel, la Tunisie a inscrit dans sa Constitution de 2022 une promesse d’égalité et de participation. Mais une promesse n’a de valeur que si elle est tenue. Continuer à célébrer nos talents à l’étranger tout en freinant leur engagement national n’est pas une stratégie. C’est une contradiction. Et aucune démocratie ne peut durablement avancer en contradiction avec ses propres principes.

La Constitution garantit l’égalité. Il est temps, enfin, de la pratiquer, sans oublier que cette question est indissociable de celle de la démocratie de proximité. La prochaine fois, nous parlerons du pouvoir local, aujourd’hui largement affaibli en Tunisie, interrompu dans son fonctionnement depuis 2022–2023…

BIO EXPRESS

Hella Ben Youssef est vice-présidente de l’Internationale socialiste des femmes, membre du bureau politique d’Ettakatol

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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Commentaire

  1. Tunisino

    Répondre
    25 mars 2026 | 8h10

    La fierté nationale n’est pas exporter des tunisiens pour faire briller les chaussures des autres mais croire en soi et transformer la Tunisie d’un pays influencé à un pays influençant, d’un pays esclave à un pays maitre. Ceci aurait être fait à partir de 1956, pour se débarrasser de la colonisation sous toutes ses formes, et devenir un pays supérieur à son colonisateur, au même pieds des pays avancés, sauf que les littéraires et les illettrés politisés tunisiens sont des catastrophes, ils sont nuls en mathématiques, en plus de leur égoïsme irresponsable et mortel.

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