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Pétrole, inflation et budget : l’IACE redoute une onde de choc et chiffre les risques pour la Tunisie

Par Imen Nouira

La montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient pourrait peser lourdement sur l’économie tunisienne. Flambée des prix du pétrole, pressions inflationnistes et fragilisation des finances publiques dessinent les contours d’un nouveau choc externe pour le pays. Dans une note de conjoncture publiée lundi 23 mars 2026, l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) met en garde contre un enchaînement de risques économiques liés à cette escalade régionale.

L’IACE dresse un diagnostic détaillé des répercussions potentielles des tensions géopolitiques sur l’économie nationale, mettant en évidence la vulnérabilité de la Tunisie face aux chocs énergétiques, financiers et commerciaux dans un contexte international marqué par une forte incertitude.

Un choc géopolitique aux effets mondiaux

Les tensions au Moyen-Orient constituent un choc majeur pour l’économie mondiale, notamment à travers les marchés de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement. L’impact dépendra principalement de la durée et de l’intensité du conflit.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), une hausse de 10% du prix du pétrole sur une année pourrait entraîner une augmentation de l’inflation mondiale d’environ quarante points de base et une baisse de la croissance comprise entre 0,1 et 0,2%. Or, les prix des hydrocarbures ont déjà progressé de 50% depuis décembre dernier.

Les inquiétudes se concentrent particulièrement sur les détroits stratégiques d’Ormuz et de Bab El-Mandeb, par lesquels transite près de 20% du commerce mondial de pétrole et de gaz. Toute perturbation dans ces corridors pourrait provoquer une flambée des prix de l’énergie, une hausse des coûts du transport maritime et des tensions sur l’offre mondiale.

En parallèle, près de 30% des exportations mondiales d’engrais transitent par ces routes, ce qui accentue les risques d’augmentation des coûts agricoles et, par ricochet, des prix alimentaires.

Trois scénarios d’évolution de la crise

L’IACE décline trois scénarios principaux :

  • Escalade régionale majeure : hausse significative des prix du pétrole, volatilité accrue et perturbations logistiques.
  • Fermeture du détroit d’Ormuz : choc pétrolier majeur, flambée des prix et perturbation massive de l’approvisionnement énergétique mondial.
  • Trêve ou cessez-le-feu : stabilisation progressive des marchés, malgré une volatilité persistante à court terme.
Une économie tunisienne particulièrement exposée

Dans ce contexte, la Tunisie apparaît comme particulièrement vulnérable en raison de sa forte dépendance énergétique et de son exposition aux importations.

Pression sur les finances publiques

Le budget de l’État est fortement sensible aux variations des prix de l’énergie. La loi de finances 2026 a été élaborée sur la base d’un prix du baril à 63,3 dollars. Selon les scénarios de l’IACE :

  • À cent dollars, les subventions énergétiques pourraient atteindre 10,85 milliards de dinars
  • Au-delà de 120 dollars, elles dépasseraient douze milliards de dinars
  • Même dans un scénario modéré (80 dollars), elles s’élèveraient à 7,2 milliards de dinars

Chaque hausse d’un dollar du baril entraînerait une dépense supplémentaire de 164 millions de dinars (MD), tandis qu’une dépréciation de 0,01 dinar face au dollar alourdirait la facture de 43 MD.

Cette situation intervient dans un contexte déjà tendu, marqué par un déficit primaire de 3,81 milliards de dinars (2% du PIB), des besoins de financement élevés et un recours prévu à des financements exceptionnels, notamment auprès de la Banque centrale.

Entreprises publiques sous pression

Les entreprises publiques, notamment dans l’énergie et le transport, pourraient voir leurs coûts exploser. La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), et la Société tunisienne des industries de raffinage (Stir), déjà confrontées à des arriérés importants, restent dépendantes des subventions publiques (respectivement 1,85 milliard de dinars et 3,14 milliards de dinars.

L’IACE recommande une meilleure prévisibilité des transferts de l’État pour améliorer leur trésorerie et limiter les tensions financières.

Risques sur le financement de l’État

Face à des besoins accrus, plusieurs options sont envisagées : relance de l’emprunt national, recours accru aux emprunts syndiqués ou diversification des sources de financement. L’institut met toutefois en garde contre un recours excessif au financement monétaire (financement directement du budget de l’État par la Banque centrale de Tunisie, ndlr), susceptible d’alimenter l’inflation.

Une balance des paiements fragilisée

Avec 98% du commerce extérieur transitant par voie maritime, la Tunisie est particulièrement exposée aux perturbations logistiques. La hausse des coûts du fret et de l’énergie pourrait alourdir la facture des importations, aggravant le déficit commercial.

Les transferts des Tunisiens résidents à l’étranger et les recettes touristiques pourraient également être affectés, bien que l’IACE estime que ces impacts resteraient modérés à court terme.

Face à ces défis, l’institut recommande de renforcer la promotion des exportations, notamment de produits agricoles emblématiques comme l’huile d’olive et les dattes, et d’encourager les investissements de la diaspora.

Des tensions inflationnistes accrues

L’inflation pourrait être amplifiée par plusieurs facteurs : hausse des coûts des importations, augmentation des intrants industriels et anticipations inflationnistes.

Le financement monétaire du déficit constitue également un facteur de risque. L’IACE insiste sur la nécessité d’une coordination étroite entre politiques budgétaire et monétaire pour contenir les pressions inflationnistes.

Une croissance menacée

Le ralentissement de la demande extérieure, notamment en Europe, pourrait affecter les secteurs exportateurs clés comme le textile, l’habillement et les industries mécaniques et électriques.

Le tourisme pourrait également subir les effets de l’instabilité internationale, tandis que la consommation intérieure serait pénalisée par la hausse des prix.

Certains secteurs apparaissent particulièrement vulnérables :

  • Agriculture (dépendance aux engrais importés)
  • Industrie (intrants spécifiques)
  • Transport aérien (hausse des coûts et perturbations)
Risques pour le système financier

La dégradation de la conjoncture pourrait entraîner une hausse des créances douteuses, notamment pour les PME et les secteurs les plus exposés. Les banques pourraient également faire face à des tensions de liquidité dans un contexte de resserrement financier international.

Des recommandations pour renforcer la résilience

L’IACE propose une série de mesures structurées autour de deux horizons :

À court terme :
  • Constitution de stocks stratégiques (énergie, produits alimentaires)
  • Soutien aux agriculteurs
  • Programme d’économie d’énergie
  • Suivi renforcé des indicateurs (prix du Brent, coûts logistiques, inflation internationale)
À moyen terme :
  • Renforcement de la sécurité alimentaire
  • Accélération de la transition énergétique
  • Mise en œuvre de réformes structurelles (Code des changes, Loi sur l’investissement)
Une nécessité d’anticipation

L’IACE appelle à une approche proactive et coordonnée pour faire face à ces chocs externes. Dans un environnement international incertain, la capacité d’anticipation et la rapidité de réaction des autorités seront déterminantes pour préserver les équilibres macroéconomiques et limiter les impacts sur l’économie tunisienne.

I.N.

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