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Tensions à l’UGTT : l’opposition syndicale menace le 26e congrès

Par Myriam Ben Zineb

La coordination de l’opposition syndicale a organisé, lundi 23 mars 2026, un sit-in devant le siège central de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), pour dénoncer la tenue du 26e congrès national prévu les 25, 26 et 27 mars à Monastir. Cette mobilisation survient dans un climat de crispation interne, à quelques jours d’un rendez-vous jugé décisif pour l’avenir de la centrale.

Une contestation qui dépasse le terrain syndical

Prenant la parole, Taïeb Bouaïcha, membre du bureau exécutif de l’UGTT et coordinateur de l’opposition, a mis en garde, sur Express Fm, contre les conséquences du congrès, estimant qu’il « divisera l’Union et portera atteinte au mouvement syndical ». Il a dénoncé l’influence d’un« courant bureaucratique » au sein de l’organisation, qu’il tient pour responsable de la dégradation de l’image de la centrale et de l’affaiblissement de la défense des intérêts des travailleurs.

Taïeb Bouaïcha a également évoqué la possibilité de recours en justice contre la tenue du congrès, qu’il qualifie d’« illégal ». Selon lui, l’opposition conteste depuis plusieurs mois la légalité du processus ayant conduit à la convocation de ce rendez-vous. « Nous avons alerté, à travers des communiqués et des mobilisations, sur les irrégularités qui entachent son organisation », a-t-il affirmé, estimant que plusieurs parties pourraient saisir la justice pour en contester la validité.

Une crise interne amplifiée par des tensions structurelles

Le syndicaliste met en garde contre les conséquences d’un éventuel recours : il pourrait conduire à l’annulation du congrès et accentuer la crise interne. Il évoque une situation « plus grave encore » que celle issue du précédent congrès extraordinaire, notamment en lien avec les tensions autour de la révision de l’article 20.

Bouaïcha dénonce un climat de « conflit interne » au sein de la direction, marqué par des divergences sur le calendrier et les modalités du congrès. Selon lui, ces désaccords traduisent une crise structurelle dépassant la simple question du renouvellement des instances dirigeantes. L’opposition pointe également une perte de légitimité, tant juridique que « de base », en raison notamment d’une baisse significative du nombre d’adhérents depuis la fin du prélèvement automatique des cotisations, ce qui affaiblirait la représentativité des futures instances.

Par ailleurs, il critique la multiplication des candidatures au bureau exécutif, y voyant davantage une lutte pour les positions qu’un débat sur les orientations et les enjeux majeurs du mouvement syndical. « Le conflit n’a pas porté sur les dossiers essentiels, mais sur les postes », a-t-il regretté.

Dans ce contexte, Taïeb Bouaïcha n’exclut pas un risque de division. Plusieurs structures régionales et sectorielles ont déjà exprimé leur rejet du congrès dans sa forme actuelle. « Si le congrès se tient dans ces conditions, un scénario de scission n’est pas à écarter », a-t-il averti.

Alors que le congrès approche, ces prises de position illustrent l’ampleur des tensions internes et les incertitudes qui entourent l’avenir de l’UGTT, dans un contexte déjà marqué par des défis sociaux et économiques majeurs.

Un congrès sous tension, sans véritable dynamique

Cette mobilisation intervient à l’approche d’un congrès qui, sur le papier, devrait constituer un moment de clarification et de relance. Pourtant, à mesure que l’échéance se rapproche, le processus donne l’impression d’un rendez-vous vidé de sa substance.

Malgré un nombre inédit de candidatures, aucun débat structuré, aucune campagne visible ni figure fédératrice ne se sont imposés. Là où les précédents congrès donnaient lieu à des confrontations d’idées et à une mobilisation des bases syndicales, la séquence actuelle se distingue par sa discrétion.

Dans les faits, les discussions semblent s’être déplacées vers les coulisses, sous forme de tractations entre courants, secteurs et régions, davantage centrées sur les équilibres internes et la répartition des responsabilités que sur des orientations claires pour l’organisation.

Une contestation qui touche au cadre même du congrès

Au-delà des divergences sur la ligne syndicale, le congrès est également fragilisé par des contestations portant sur sa régularité. Plusieurs structures, à l’échelle régionale et sectorielle, ont exprimé des réserves quant aux conditions de son organisation, évoquant des entorses aux règles internes et un contexte de division profonde.

Le fait que ces critiques soient formulées en amont du congrès est révélateur : il ne s’agit plus uniquement de désaccords sur les orientations, mais d’une remise en cause du cadre même dans lequel celles-ci sont censées être débattues.

Dans ce contexte, des voix internes ont évoqué l’éventualité d’un report, sans que cette option ne se concrétise, illustrant l’ampleur des tensions qui traversent la centrale à la veille de ce rendez-vous.

Une centrale en perte de visibilité dans le débat public

À ces tensions internes s’ajoute une forme de désengagement plus large. Le congrès, qui aurait traditionnellement suscité débats et attentes, se déroule dans une relative indifférence. Il mobilise peu au-delà des cercles syndicaux et reste discret dans l’espace médiatique.

Ce recul de la visibilité contraste avec le rôle historique de l’UGTT comme acteur central du débat national et espace de confrontation démocratique. Aujourd’hui, les arbitrages semblent se faire à huis clos, loin du regard public.

Dans ce contexte, le sit-in organisé ce lundi apparaît comme l’une des rares manifestations visibles de contestation, révélant des fractures profondes au sein de l’UGTT, à l’approche d’un congrès dont les enjeux dépassent désormais la seule recomposition interne.

M.B.Z

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