Le coup d’envoi du 26ᵉ congrès de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) est donné ce mercredi 25 mars 2026, dans un climat particulièrement tendu, marqué par des rivalités internes inédites et des incertitudes électorales majeures. Dès 8 heures du matin, les délégations commencent à affluer, tandis que les travaux doivent officiellement démarrer aux alentours de 10 heures, dans la ville de Monastir.
Invité sur Jawhara FM, le journaliste spécialiste des affaires syndicales, Sofien Lassoued, a livré une lecture approfondie des enjeux de ce congrès, qu’il n’hésite pas à qualifier de « l’un des plus dangereux » de l’histoire de la centrale syndicale.
Selon les informations communiquées, l’Instance administrative, réunie mardi soir dans l’hôtel abritant le Congrès, a tranché à l’unanimité en faveur de la désignation de Noureddine Taboubi, secrétaire général sortant, pour présider les travaux. Il sera assisté par Hafedh Rabii, secrétaire général de l’Union régionale du travail à Béja, ainsi que par un second vice-président issu du secteur du tourisme.
Cette décision intervient après le retrait de la candidature du secrétaire général de l’Union régionale de l’UGTT de La Manouba, Hassane Arfaoui, illustrant déjà les premiers arbitrages dans un contexte de fortes tensions internes. Le président du Congrès assurera également le rôle de porte-parole officiel.
Pour Sofien Lassoued, ce congrès se distingue par son caractère explosif. « Il intervient après la crise interne la plus violente qu’ait connue l’UGTT depuis sa création en 1946 », souligne-t-il. Cette crise profonde se traduit par des clivages aigus, aussi bien au sein du bureau exécutif national que parmi les congressistes eux-mêmes.
Au total, 614 délégués participent à ce rendez-vous, chacun portant une lecture critique de la période écoulée et des orientations syndicales à venir. L’absence de consensus électoral clair ouvre ainsi la voie à tous les scénarios, y compris les plus inattendus, selon Sofien Lassoued.
Contrairement à certaines rumeurs évoquant des listes consensuelles, la réalité apparaît bien plus fragmentée. Le journaliste a affirmé qu’un premier bloc électoral s’était structuré autour de trois figures majeures du bureau exécutif : Salah Eddine Selmi, Othmane Jellouli et Tahar Berbari. Ce front bénéficie du soutien de plusieurs unions régionales influentes, notamment celles de Tunis, Sfax, Gabès, Ben Arous, Manouba, Nabeul et Gafsa, ainsi que de puissantes fédérations sectorielles telles que celles du transport, du pétrole et de la chimie.
Toutefois, ce regroupement n’a pas encore définitivement tranché la question de son leadership. Une dynamique favorable semble néanmoins porter la candidature de Salah Eddine Selmi au poste de secrétaire général, sans qu’aucune certitude ne soit encore établie.
Face à ce bloc, une liste concurrente menée par Farouk Ayari, responsable du règlement intérieur, tente de s’imposer. Elle regroupe plusieurs responsables syndicaux régionaux, notamment du nord du pays, selon les explications de Sofien Lassoued.
Au total, 46 candidats briguent des sièges au sein du bureau exécutif national. Si aucun désistement n’a été enregistré jusqu’à présent, des retraits restent possibles dans les prochaines heures, en particulier lors de la deuxième journée du congrès.
Autre élément marquant de ce 26e Congrès : la disparition relative des clivages politiques classiques. « Contrairement aux congrès précédents, il n’y a plus de confrontation entre sensibilités politiques », observe Sofien Lassoued. La crise interne semble avoir relégué ces appartenances au second plan, au profit de lignes purement syndicales.
Les candidats se présentent désormais comme les représentants de visions organisationnelles et sociales distinctes, plutôt que comme les porte-voix de courants idéologiques. Une évolution qui reflète un recentrage du débat sur les priorités internes de la centrale.
Dans ce contexte de recomposition, le 26ᵉ congrès de l’UGTT s’annonce comme un moment charnière. L’absence de consensus, la multiplicité des candidatures et la fragilité des alliances rendent l’issue du scrutin particulièrement incertaine.
N.J










