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Phosphate : la commission des Finances approuve un prêt pour moderniser le transport ferroviaire

Par Myriam Ben Zineb


La commission des Finances et du budget au sein de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a tenu, jeudi 26 mars 2026, une séance d’audition consacrée à l’examen d’un projet de loi portant approbation d’un accord de prêt conclu le 16 octobre 2025 entre la Tunisie et le Fonds arabe pour le développement économique et social. Ce financement vise à contribuer à la rénovation et au développement des lignes ferroviaires dédiées au transport du phosphate.

Lors de cette séance, à laquelle ont pris part plusieurs députés ainsi que des responsables du secteur, le directeur général de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) a dressé un constat préoccupant. Il a indiqué que les emprunts contractés ces dernières années ne se sont pas traduits par des réalisations concrètes, soulignant des difficultés structurelles persistantes, notamment au niveau de la production et du transport. Il a relevé l’absence d’un programme clair pour le renouvellement du parc de wagons, ce qui impacte directement le rythme d’acheminement du phosphate et engendre des problèmes logistiques récurrents.

Selon ces données, la production a atteint environ 3,9 millions de tonnes en 2025, mais l’absence de modernisation des équipements limite toute amélioration significative des performances. Face aux défaillances du transport ferroviaire, le recours ponctuel à des solutions privées reste nécessaire pour acheminer le phosphate vers les unités de traitement, en attendant l’achèvement du projet de la laverie d’Oum El Khechab, toujours confronté à des retards.

Le directeur général du Groupe chimique tunisien (GCT) a insisté, pour sa part, sur l’importance stratégique du projet ferroviaire pour garantir l’approvisionnement en soufre et en phosphate fin, deux intrants essentiels à l’activité industrielle du groupe. Il a évoqué des contraintes techniques liées à la vétusté des wagons et à une infrastructure ferroviaire inadaptée aux besoins actuels, appelant à une modernisation globale du système.

Un investissement ferroviaire stratégique sous contrainte de production

Le responsable a également présenté plusieurs indicateurs d’activité pour 2025, précisant que le taux global d’exploitation du groupe ne dépasse pas 40%. La consommation annuelle de phosphate s’élève à près de deux millions de tonnes, avec un stock estimé à 600.000 tonnes, tandis que celle du soufre avoisine également les 600.000 tonnes. Il a en outre reconnu des difficultés environnementales, notamment à Gabès, tout en affirmant qu’un programme de réduction des émissions polluantes a été adopté, avec pour objectif l’arrêt immédiat des rejets nocifs.

Des débats parlementaires critiques sur la stratégie du secteur

Les débats au sein de la commission ont été marqués par de nombreuses interrogations. Le président de la commission a notamment mis en doute la fiabilité des chiffres avancés sur la production, évoquant des estimations nettement inférieures, autour d’un million de tonnes. Il s’est également interrogé sur la pertinence d’investir dans le renforcement du transport ferroviaire au regard du niveau actuel de production.

Plusieurs députés ont dénoncé l’absence d’une vision stratégique globale pour le secteur du phosphate, estimant que cette situation entrave toute prise de décision politique cohérente. Ils ont critiqué la poursuite du recours à l’endettement sans résultats tangibles, pointant du doigt l’absence d’impact concret sur la production, ainsi que la persistance de problèmes environnementaux, notamment dans la région de Gabès, et les difficultés rencontrées par certaines structures industrielles.

Les parlementaires ont également soulevé des questions sur la modernisation des infrastructures ferroviaires, la politique de gestion des ressources humaines et l’état des équipements d’extraction, jugés obsolètes. Certains ont plaidé pour l’étude de solutions alternatives, comme le transport hydraulique du phosphate, en s’inspirant d’expériences internationales, notamment celle du Maroc, afin de réduire les coûts logistiques.

Vers une stratégie nationale de relance du secteur

En réponse, le directeur général du GCT a indiqué qu’un travail est en cours pour élaborer une stratégie nationale de développement du secteur, dans le cadre de commissions mises en place par décision gouvernementale. Il a précisé que cette stratégie repose sur une approche intégrée couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction à l’exportation, avec un accent sur l’amélioration de la gouvernance et la simplification des procédures administratives.

Il a également souligné que la question du financement demeure centrale pour relancer le secteur, évoquant l’existence de partenariats avec des acteurs étrangers, notamment algériens, dans plusieurs domaines liés à l’industrie des phosphates.

À l’issue des travaux, la commission des Finances et du budget a décidé d’approuver le projet de loi relatif à cet accord de prêt.

M.B.Z

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