Le président de l’Association des magistrats tunisiens (AMT), Anas Hmaidi, a comparu jeudi 26 mars 2026 devant la sixième chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis, dans le cadre de la deuxième audience de son procès pour « atteinte à la liberté du travail », une affaire qui suscite de vives réactions tant au niveau national qu’international.
Dans un communiqué publié le même jour, le bureau exécutif de l’AMT a exprimé sa « vive inquiétude » quant au déroulement de la procédure, pointant plusieurs irrégularités et dénonçant une volonté d’accélérer le traitement du dossier en dépit des garanties d’un procès équitable.
L’AMT dénonce des irrégularités et une procédure précipitée
Selon l’association, la défense a demandé le report de l’affaire et le renvoi de l’interrogatoire, en attendant notamment la complétion du dossier, certaines pièces essentielles n’ayant pas été versées. Elle a également insisté sur la nécessité d’attendre l’issue de recours introduits devant le tribunal administratif, portant sur la levée de l’immunité du magistrat ainsi que sur la désignation du juge d’instruction.
L’AMT critique en outre la décision de la juridiction de n’accorder qu’un report d’une semaine, estimant ce délai insuffisant au regard des questions procédurales soulevées. Elle relève également le maintien des poursuites par le ministère public malgré les arguments avancés par la défense.
Pour l’association, ces éléments, combinés à des « manquements aux conditions d’un procès équitable » déjà documentés, laissent planer des « soupçons sérieux d’ingérence » de l’exécutif dans le traitement du dossier, visant à cibler l’AMT et son président en raison de leur engagement en faveur de l’indépendance de la justice.
Amnesty International évoque des « représailles » contre un juge critique
Le même jour, Amnesty International a appelé les autorités tunisiennes à abandonner les poursuites visant Anas Hmaidi, estimant qu’elles reposent sur des accusations « infondées » liées à son activité syndicale et à ses prises de position publiques.
L’ONG considère que le magistrat est visé en raison de ses critiques à l’égard des atteintes à l’indépendance de la justice, et voit dans cette affaire « une illustration des représailles infligées aux juges qui osent exprimer des critiques ».
Elle souligne que l’accusation d’« atteinte à la liberté du travail », prévue par l’article 136 du Code pénal, est fréquemment utilisée pour sanctionner des mouvements de grève ou des actions collectives.
Amnesty relève également des irrégularités dans la procédure, affirmant notamment que le magistrat a été renvoyé devant la justice sans avoir été entendu par le juge d’instruction, ce qui soulève des préoccupations en matière de droits de la défense.
Un dossier ancré dans les tensions autour de la justice
Les poursuites contre Anas Hmaidi remontent à 2022, dans le sillage d’une grève menée par les magistrats pour protester contre la révocation de 57 juges par le président de la République, Kaïs Saïed. Il est accusé d’avoir incité à ce mouvement en sa qualité de président de l’AMT.
Amnesty International indique qu’il encourt jusqu’à trois ans de prison s’il est reconnu coupable, tout en alertant sur une multiplication des procédures disciplinaires et pénales à son encontre depuis cette période.
L’ONG met également en garde contre les pressions visant l’AMT, qui a récemment reçu des avertissements administratifs et pourrait faire face à des mesures de suspension ou de dissolution.
Une prochaine audience sous tension
Dans ce contexte, l’AMT a appelé magistrats, avocats et représentants de la société civile à assister massivement à la prochaine audience prévue le 2 avril 2026 au palais de justice de Tunis, qui coïncidera avec l’examen de recours introduits contre des avertissements adressés à l’association.
M.B.Z











