Adolescents perturbateurs, pierres, vitres brisées : la flotte de la Société des transports de Tunis (STT, communément appelé la Transtu) subit une vague d’agressions sans précédent. En seulement deux mois, 192 actes de vandalisme ont été recensés, menaçant la sécurité des conducteurs et perturbant le quotidien de millions d’usagers de la capitale. Ces attaques coûtent à la société entre 2,5 et 3 millions de dinars par an, sans compter les répercussions indirectes sur la circulation, les activités économiques et la vie des citoyens.
Dans une interview téléphonique au micro de Nabila Abid dans l’émission Yaoum Saïd sur Radio Nationale, le directeur général adjoint de la société, Monther Ouirtatani, a dressé, jeudi 26 mars 2026, un bilan alarmant de ces actes de vandalisme, qui touchent également les véhicules neufs récemment acquis. À titre de comparaison, l’ensemble de l’année 2025 avait enregistré 264 attaques.
Un impact lourd sur le matériel et le personnel
M. Ouirtatani a précisé que ces agressions concernent surtout les vitres des bus et des métros. Certaines bus, encore sous garantie, ont été endommagés et font l’objet de réparations prises en charge par l’État. Pour les véhicules hors garantie, la Transtu assume les coûts de réparation, ce qui représente un fardeau financier important.
Les pertes directes enregistrées en 2025 s’élevaient à entre 2,5 et trois millions de dinars, sans compter les pertes secondaires et indirectes, telles que les retards des usagers, la perturbation du trafic et l’impact sur l’économie locale. Selon le responsable, ces sommes auraient pu être investies dans l’achat de nouveaux bus et le renforcement de la flotte, offrant ainsi un meilleur service aux citoyens.
Les agressions ne touchent pas uniquement les véhicules : le personnel, notamment les conducteurs de bus et de métros, est également exposé à des violences. Plusieurs véhicules sont désormais équipés de caméras, qui ont permis de documenter des incidents graves impliquant des adolescents âgés de dix à 17 ans. Certains cas ont mis en danger les usagers, notamment des femmes enceintes lors de bousculades à l’intérieur des véhicules.
Conséquences pour les usagers et la collectivité
Ces agressions perturbent le fonctionnement normal des transports publics. Les bus et métros peuvent rester immobilisés pendant un quart d’heure, trente minutes, voire une heure ou deux, le temps que la sécurité et la protection civile interviennent. Les retards affectent les étudiants, les travailleurs, les rendez-vous médicaux et les activités commerciales dans la capitale, où environ trois millions de citoyens se déplacent quotidiennement.
Monther Ouirtatani a souligné que ces incidents ont un impact direct sur le budget de l’État et, indirectement, sur les citoyens eux-mêmes, car la Transtu doit financer les réparations et compenser les interruptions de service à partir de ses propres ressources, ce qui limite sa capacité à investir dans l’amélioration des transports publics.
Mesures préventives et sanctions
Concernant les mesures dissuasives, le DGA a indiqué que la sanction financière pour les agresseurs est fixée à 25 dinars, un montant dérisoire. Cependant, la société rencontre des difficultés à faire appliquer cette amende, et seule une fraction des contrevenants s’acquitte effectivement de la pénalité.
« La solution à long terme ne peut être que sociale et éducative », a expliqué Ouirtatani. « Il est essentiel que les parents, éducateurs et voisins assument leur responsabilité, tout comme la société dans son ensemble. » Il a rappelé que ces comportements compromettent non seulement les biens publics, mais aussi la sécurité et le confort de tous les citoyens.
Pour limiter les dégâts matériels, certaines bus ont vu leurs vitres remplacées par du matériel plus résistant, et les nouvelles lignes de métros, qui desserviront plusieurs quartiers, feront l’objet d’une attention particulière pour prévenir les incidents.
Un problème sociétal majeur
La gravité de la situation dépasse le simple vandalisme : elle révèle une tension sociale et un manque de responsabilisation chez les jeunes. Monther Ouirtatani a cité des cas où un adolescent de quinze à 17 ans a jeté une pierre sur un conducteur de façon délibérée. Selon lui, ces actes nécessitent des études psychologiques et sociales pour mieux comprendre ces comportements et prévenir de nouveaux incidents.
Il a insisté sur le fait que les coûts humains et matériels se répercutent sur tous les citoyens : lorsqu’un véhicule est endommagé, la circulation est interrompue, les activités économiques ralentissent et le personnel ne peut pas travailler normalement.
La Transtu fait face à une situation critique, avec des attaques répétées qui mettent en danger les véhicules, le personnel et les usagers. Entre les 192 agressions sur deux mois et les pertes directes de 2,5 à trois millions de dinars en 2025, la société appelle à une responsabilisation collective, à des sanctions efficaces et à des mesures préventives pour garantir la sécurité et le bon fonctionnement des transports publics à Tunis.
I.N.










