Une publication relayée sur la page Facebook « Tunisie Magazine » le jeudi 26 mars 2026 a déclenché une vague de réactions sur les réseaux sociaux. Le message évoque des « décisions urgentes au sein de l’UGTT» et présente la situation comme un tournant définitif, parlant de « la fin de Noureddine Taboubi » et d’un retour aux anciennes règles internes. Très vite, la publication a été partagée et commentée, certains internautes estimant que le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) aurait été politiquement écarté, tandis que d’autres ont dénoncé une exagération et une tentative de manipulation de l’opinion.

Dans les commentaires, plusieurs utilisateurs ont interprété cette annonce comme une destitution ou un affaiblissement immédiat de Taboubi. Certains y ont vu une victoire des opposants internes à la direction actuelle, d’autres ont accusé la page de chercher à provoquer un choc médiatique en utilisant un ton dramatique.
Après vérification, un élément central est confirmé, l’UGTT a bien tenu son 26ᵉ congrès ordinaire à Monastir, au cours duquel plusieurs amendements au règlement intérieur ont été discutés et votés. Le point le plus controversé concernait l’article 20, devenu ces dernières années un sujet majeur de tension interne. Cet article permettait aux membres du bureau exécutif national de briguer trois mandats consécutifs, ce qui ouvrait la voie au maintien prolongé des mêmes dirigeants à la tête de la centrale syndicale.
Les informations disponibles, recoupées durant les travaux du congrès, confirment que les congressistes ont voté en faveur de la suppression de l’article 20. Cette décision implique un retour à l’application des dispositions de l’article 10, qui limite désormais à deux mandats successifs la durée maximale pour les membres du bureau exécutif. Cette réforme représente un changement important dans la gouvernance interne de l’UGTT et répond à une revendication portée par une partie des syndicats opposés à la reconduction prolongée de certains dirigeants.
Noureddine Taboubi a déclaré à Mosaïque FM que le fait qu’il préside le congrès de l’UGTT n’est ni nouveau ni exceptionnel, rappelant que d’anciens secrétaires généraux avaient déjà présidé les congrès de 2011 et 2017. Il a précisé que ce choix a été validé par la commission administrative nationale et a remercié les membres pour leur confiance.
Il a expliqué que ce congrès vise à corriger les orientations de l’organisation sur les plans national, social, économique et des droits, tout en surmontant les difficultés de la période précédente. Concernant l’opposition syndicale, il a affirmé qu’elle a toujours existé au sein de l’UGTT et qu’une opposition constructive peut être utile.
Enfin, il a justifié l’avancement du congrès, initialement prévu en 2027, en affirmant que cela ne constitue pas une violation, mais une réponse aux tensions internes.
Le congrès a également validé une réorganisation de la composition du bureau exécutif national, qui devrait être fixé à treize membres, avec l’introduction de nouvelles règles de représentativité, notamment un minimum de présence féminine. Ces mesures confirment que le congrès ne s’est pas limité à un débat sur les mandats, mais a engagé une refonte plus large des équilibres internes.
En revanche, la publication Facebook affirme ou laisse entendre que ces décisions signifieraient directement « la fin de Noureddine Taboubi ». Or, cette formulation est trompeuse. La suppression de l’article 20 ne constitue pas une exclusion, ni une destitution officielle. Elle modifie les règles qui encadrent les mandats, ce qui peut réduire les possibilités de prolongation à long terme, mais cela ne signifie pas automatiquement que Taboubi est écarté immédiatement ou qu’il ne joue plus aucun rôle dans l’organisation.
Il est toutefois vrai que le congrès s’est déroulé dans un climat tendu. Plusieurs sources médiatiques ont rapporté des contestations internes et des critiques ouvertes visant Taboubi. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent également des affrontements verbaux entre certains responsables syndicaux, preuve d’une fracture réelle au sein de l’organisation. Mais ces tensions, bien qu’importantes, ne constituent pas en elles-mêmes une preuve d’une chute institutionnelle ou d’une décision officielle mettant fin à sa carrière.
Ainsi, les faits vérifiés montrent que le congrès de l’UGTT a bien adopté une réforme majeure, la suppression de l’article 20 et le retour à une limitation des mandats à deux conformément à l’article 10. Cette information est vraie. En revanche, présenter cela comme « la fin de Noureddine Taboubi » relève d’une interprétation politique et d’un titre sensationnaliste destiné à amplifier l’impact de la décision.
R.A.












