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« La Tunisie aux Tunisiens » : un rassemblement réclame l’expulsion des migrants subsahariens et cible les associations

Par Nadya Jennene

En ce samedi 28 mars 2026, une manifestation s’est tenue devant le siège du gouvernorat de Tunis, réunissant plusieurs dizaines de personnes autour d’un mot d’ordre particulièrement controversé : « La Tunisie aux Tunisiens ». Les manifestants exigent la déportation des migrants subsahariens présents sur le territoire national. 

Derrière ce rassemblement, qui s’inscrit dans un climat déjà tendu, se dessine une campagne plus large mêlant rejet des politiques migratoires européennes et dénonciation du cadre juridique régissant les associations en Tunisie, notamment le décret-loi n°88 de 2011.

Les slogans témoignent d’une rhétorique raciste et alarmiste, voire conspirationniste, où la question migratoire se confond avec celle de l’identité nationale. Les migrants subsahariens y sont décrits non pas comme des individus en situation de vulnérabilité, mais comme les instruments d’un projet supposé de « colonisation » culturelle et démographique.

Ce même discours trouve également un écho dans certains plateaux télévisés et interventions publiques, où plusieurs députés et chroniqueurs reprennent, parfois sans nuances, les mêmes lignes de fracture.

Ces voix dénoncent ce qu’elles qualifient de « politique d’installation », rejetant fermement l’idée que la Tunisie puisse devenir une terre d’accueil durable pour les migrants subsahariens. Elles s’opposent également à toute forme d’externalisation des politiques migratoires européennes, refusant que le pays endosse un rôle de « garde-frontière » pour le compte de l’Europe.

Dans cette vision, le tissu associatif serait devenu, depuis 2016, le vecteur d’une prétendue « infiltration », favorisée selon eux par le décret-loi n°88, accusé de permettre des financements étrangers destinés à transformer les représentations collectives tunisiennes.

Adopté dans le sillage de la révolution de 2011, le décret-loi n°88 est pourtant largement considéré par les acteurs de la société civile comme l’un des acquis majeurs de la transition démocratique, garantissant la liberté d’association et facilitant l’émergence d’un tissu associatif dynamique.

Mais pour les manifestants, ce texte serait devenu une « faille juridique » permettant une influence étrangère jugée excessive. Ils appellent ainsi à son abrogation pure et simple, ainsi qu’à l’instauration d’un nouveau cadre imposant une « tunisification totale » des activités associatives et l’expulsion des organisations étrangères.

Cette mobilisation intervient dans un contexte international marqué par le durcissement des politiques migratoires en Europe. Le récent vote du Parlement européen en faveur de dispositifs renforçant les expulsions et envisageant la création de centres de retour hors de l’Union européenne — notamment dans des pays considérés comme « sûrs » — nourrit les inquiétudes.

Pour certains, ces orientations pourraient accentuer la pression sur des pays de transit comme la Tunisie, transformée de facto en zone tampon. Une perspective qui alimente les discours anxiogènes et les récupérations politiques observées lors de cette manifestation.

Au-delà des revendications, le ton et le contenu des messages diffusés par les organisateurs interrogent. L’assimilation des migrants à des « colons », la dénonciation d’une prétendue manipulation culturelle et l’appel à une refonte radicale du cadre associatif traduisent une crispation identitaire qui dépasse le simple débat politique.

N.J

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