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Guerre au Moyen-Orient : l’Iran au cœur d’une reconfiguration stratégique, selon Ahmed Ounaies

Par Nadya Jennene

Invité sur les ondes de Jawhara FM mardi 31 mars 2026, l’ancien ministre tunisien des Affaires étrangères Ahmed Ounaies a livré une lecture géopolitique approfondie des tensions en cours au Moyen-Orient, marquées par une recomposition des priorités stratégiques et médiatiques.

Revenant d’abord sur une information récente évoquant un projet de législation israélienne visant à instaurer la peine de mort pour les Palestiniens, l’ancien diplomate a dénoncé une évolution « en rupture avec les fondements éthiques et juridiques contemporains ». Il a souligné que, dans un contexte mondial où la tendance est à l’abolition de la peine de mort, une telle orientation constituerait un recul significatif, révélateur d’un traitement d’exception réservé à la question palestinienne.

Adopté lundi, le projet de loi instaurant la peine capitale à l’encontre des Palestiniens accusés de meurtres commis dans le cadre d’actions qualifiées de « terroristes » a recueilli 62 voix favorables contre 48. Ce texte constitue un tournant majeur dans l’orientation de la politique pénale et apparaît, selon ses détracteurs, comme un nouvel affaiblissement de l’État de droit en Israël.

Mais au-delà de cette controverse, Ahmed Ounaies a insisté surtout sur le « choix du timing ». Selon lui, ces développements interviennent dans un contexte régional marqué par une reconfiguration stratégique majeure : « La centralité de la question palestinienne est progressivement éclipsée au profit d’un nouveau foyer de tension, incarné par l’Iran », a-t-il expliqué.

L’ancien chef de la diplomatie tunisienne estime que cette dynamique s’inscrit dans une volonté américaine et israélienne de redéfinir l’ennemi principal dans la région. « Il ne s’agit plus de présenter Israël comme la source du déséquilibre, mais de désigner les ambitions iraniennes comme la menace centrale pour la stabilité régionale », a-t-il indiqué. Une orientation qui, selon lui, converge également avec les intérêts de plusieurs pays du Golfe, soucieux de contenir l’influence iranienne. 

Interrogé sur les déclarations jugées contradictoires de Donald Trump concernant la durée du conflit, Ahmed Ounaies a relativisé la dimension temporelle : « L’enjeu n’est pas la durée de la guerre, mais la redéfinition des priorités stratégiques ». Il estime que les annonces successives participent davantage d’une préparation politique et médiatique à une escalade que d’une projection militaire précise.

Dans cette perspective, il a évoqué l’hypothèse d’une intervention terrestre américaine en Iran, qu’il considère comme « un axe potentiel des développements futurs ». Il a noté à ce titre des signes de préparation militaire et de mobilisation progressive, laissant entrevoir un possible basculement vers une confrontation directe.

Ahmed Ounaies a établi également un parallèle avec des précédents historiques, notamment l’Irak, suggérant que « l’histoire pourrait, sous certaines formes, se répéter ». Il a mis en garde contre une stratégie consistant à isoler l’Iran pour permettre, en parallèle, une extension de l’influence israélienne, notamment au Liban, où des tensions persistantes pourraient ouvrir un nouveau front.

Toutefois, l’ancien ministre a souligné une différence majeure : « L’Iran ne réagira pas comme certains États arabes par le passé ». Il a insisté sur les capacités de riposte de Téhéran, qu’il décrit comme élevées et structurées, estimant que toute confrontation directe entraînerait un coût « particulièrement élevé ».

Ahmed Ounaies a conclu en indiquant que la région entre dans une phase de recomposition profonde, où les enjeux énergétiques — notamment autour du détroit d’Ormuz —, la question nucléaire et la liberté de navigation deviennent des leviers centraux des rivalités internationales. Une mutation stratégique qui, selon lui, relègue progressivement la cause palestinienne au second plan, au profit d’un nouvel équilibre conflictuel dominé par la question iranienne.

N.J

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