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Pénurie de médicaments : Hafedh Laamouri pointe les défaillances structurelles et plaide pour une refonte du système

Par Myriam Ben Zineb

L’ancien ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi, Hafedh Laamouri, est revenu, mardi 31 mars 2026 sur les ondes de la radio nationale, sur la question sensible des pénuries de médicaments, en particulier ceux destinés au traitement du cancer, tout en appelant à une réforme en profondeur du système de protection sociale.

Il a rappelé que les médicaments concernés par les ruptures ne sont pas disponibles en pharmacie classique. Il s’agit de traitements spécifiques, destinés aux établissements hospitaliers et acquis directement par la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT). Leur distribution est strictement encadrée en raison de protocoles de conservation exigeants, ce qui exclut leur commercialisation dans les circuits traditionnels.

Hafedh Laamouri a tenu à souligner les efforts consentis par le ministère des Affaires sociales pour garantir leur disponibilité, tout en reconnaissant que la situation actuelle reste étroitement liée aux difficultés financières structurelles de la PCT.

Un enchaînement de dysfonctionnements financiers

L’ancien ministre a détaillé un mécanisme qu’il qualifie de « chaîne de blocage » au sein du système. À l’origine, selon lui, les caisses sociales ne reversent pas les 6,75% dus à la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). Cette dernière se retrouve ainsi dans l’incapacité de régler les pharmacies, qui à leur tour ne peuvent honorer leurs engagements auprès des fournisseurs. Ces derniers finissent alors par suspendre leurs livraisons à la Pharmacie centrale.

Il a également relevé que la Cnam doit, en principe, verser près de 600 millions de dinars par an aux hôpitaux publics, une obligation qu’elle ne parvient plus à assurer. Une situation qui fragilise l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et accentue les tensions sur les stocks de médicaments.

Pour Hafedh Laamouri, ces déséquilibres imposent une réforme « à la base » du système de protection sociale, en s’attaquant aux causes profondes plutôt qu’aux seuls effets.

Vers une réorganisation des caisses sociales

Dans cette optique, il a proposé une restructuration globale reposant sur plusieurs axes. Il préconise notamment la fusion de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS) en une caisse unique. La Cnam, quant à elle, conserverait son rôle actuel.

Il suggère également de rattacher les six cliniques relevant des caisses sociales à la Cnam, ainsi que la création d’une troisième structure dédiée au recouvrement, en plus d’une instance chargée de la coordination et de la gouvernance de la réforme.

Selon lui, une telle architecture permettrait d’offrir une meilleure visibilité à long terme, sur un horizon de trente ans, et de rétablir progressivement les équilibres financiers, notamment au niveau de la Pharmacie centrale, fortement dépendante des importations payées en devises.

Une intervention dans un contexte de réformes annoncées

Ces déclarations interviennent au lendemain d’un conseil ministériel restreint, tenu le 30 mars 2026 à la Kasbah sous la présidence de la cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, consacré précisément à la réforme du système de santé et de la sécurité sociale.

À cette occasion, l’exécutif a insisté sur l’urgence d’une refonte globale, avec en priorité la sécurisation de l’approvisionnement en médicaments. Des financements immédiats au profit de la Pharmacie centrale ont été décidés, ainsi que la constitution d’un stock stratégique de médicaments vitaux et le renforcement des mécanismes de contrôle.

Le gouvernement ambitionne également d’accélérer la digitalisation du secteur, de réduire les délais d’octroi des autorisations de mise sur le marché et de soutenir la production locale de médicaments génériques, afin de limiter la dépendance aux importations.

Dans ce contexte, les propositions de Hafedh Laamouri viennent alimenter un débat plus large sur la nécessité de repenser en profondeur les équilibres entre financement, gouvernance et accès aux soins, au moment où le système montre ses limites.

M.B.Z

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