Une crise lointaine, mais aux répercussions bien tangibles. Dans une économie fortement dépendante des importations comme la Tunisie, les tensions géopolitiques liées à la guerre au Moyen-Orient se diffusent progressivement à travers plusieurs canaux, entre hausse des prix, perturbations commerciales et incertitudes sur l’investissement. Pour Aram Belhadj, si les effets restent à ce stade relativement contenus, les pressions pourraient s’intensifier à mesure que la crise se prolonge.
L’économiste, docteur en sciences économiques et enseignant-chercheur à l’Université de Carthage, est intervenu, mercredi 1er avril 2026, lors d’une interview téléphonique accordée à Wassim Ben Larbi dans l’émission Expresso sur les ondes d’Express FM. Il y a analysé les répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie tunisienne, ainsi que les choix récents de la Banque centrale de Tunisie (BCT), notamment en matière de politique monétaire et de restrictions à l’importation.
Une économie vulnérable aux chocs externes
Dès l’entame, Aram Belhadj a rappelé la fragilité structurelle de l’économie tunisienne face aux perturbations internationales, soulignant son statut de pays importateur net. « La Tunisie consomme plus qu’elle ne produit », a-t-il expliqué, mettant en avant un déséquilibre qui expose le pays aux fluctuations des marchés mondiaux.
Dans ce contexte, il a précisé que les effets de la guerre au Moyen-Orient ne sont pas nécessairement immédiats, mais se diffusent à travers plusieurs canaux.
Pression sur les prix et les équilibres budgétaires
Le premier mécanisme concerne les prix internationaux, notamment ceux de l’énergie. L’économiste a indiqué que l’augmentation des prix des hydrocarbures ne se traduit pas toujours immédiatement sur le marché local, mais qu’elle exerce une pression indirecte sur les finances publiques et les prix intérieurs.
« La hausse des prix des carburants n’a pas forcément un impact direct immédiat », a-t-il nuancé, précisant que ces tensions finissent par se répercuter sur le budget de l’État et, à terme, sur le consommateur.
Des perturbations commerciales et une inflation importée
Le deuxième canal évoqué concerne les échanges commerciaux. En période de crise géopolitique, les circuits d’approvisionnement sont perturbés, ce qui entraîne une hausse des coûts et des difficultés d’importation.
« Lorsqu’une crise survient, elle provoque des perturbations dans le commerce », a-t-il souligné, insistant sur le lien direct entre instabilité internationale et inflation importée.
Cette situation est particulièrement sensible pour la Tunisie, dont l’économie dépend fortement des importations de produits énergétiques et de matières premières.
Un climat d’investissement affecté
Aram Belhadj a également mis en avant un troisième levier de transmission : l’investissement. Selon lui, les tensions internationales pèsent sur la confiance des investisseurs et ralentissent les flux d’investissements, notamment étrangers.
« Quand le monde traverse une crise, cela a un impact direct sur les investissements », a-t-il affirmé, évoquant des conséquences potentielles sur la croissance économique à moyen terme.
Des effets encore limités en Tunisie
Malgré ces différents canaux de transmission, l’économiste a estimé que les effets visibles restent, pour l’instant, contenus en Tunisie. Il a notamment relevé la stabilité relative des prix des carburants.
« À ce stade, il n’y a pas de répercussions majeures visibles, notamment parce que les prix des carburants restent stables », a-t-il indiqué.
Une politique monétaire sous contraintes
Interrogé sur les décisions de la Banque centrale de Tunisie, Aram Belhadj a souligné que l’institution dispose de marges de manœuvre, mais qu’elles sont limitées par le contexte actuel.
Entre la nécessité de contenir l’inflation, de préserver les équilibres extérieurs et de soutenir l’activité économique, les choix de politique monétaire s’inscrivent dans un environnement particulièrement contraint.
Au final, l’intervention d’Aram Belhadj met en évidence la complexité de la situation économique tunisienne dans un contexte de fortes tensions géopolitiques. Entre pressions inflationnistes, perturbations commerciales et incertitudes sur l’investissement, la Tunisie doit composer avec des contraintes multiples.
Dans ce contexte, la conduite des politiques économiques apparaît comme un exercice d’équilibre délicat, où chaque décision doit arbitrer entre impératifs internes et chocs externes.
I.N.










