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Abdallah Rabhi : nette amélioration des ressources hydriques, mais des défis structurels persistent 

Par Nadya Jennene

Invité de la matinale de Jawhara FM vendredi 3 avril 2026, l’ancien secrétaire d’État chargé des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Abdallah Rabhi, a dressé un état des lieux détaillé de la situation hydrique en Tunisie, mettant en avant une amélioration significative grâce aux récentes précipitations, tout en soulignant la persistance de défis structurels liés à la gestion des ressources.

L’ex-responsable s’est montré résolument optimiste, évoquant une conjoncture nettement plus favorable que celle observée au cours des dernières années. « Depuis 2018, la situation des barrages était particulièrement difficile. Aujourd’hui, nous enregistrons une amélioration notable », a-t-il affirmé. Selon ses estimations, le taux de remplissage des barrages avoisine désormais les 60%, soit un volume global supérieur à 1,4 milliard de mètres cubes. Un niveau qui, sans être exceptionnel, marque une rupture avec les périodes critiques récemment traversées.

Cette embellie intervient après plusieurs années de stress hydrique intense, ayant mis à rude épreuve les capacités de stockage et de distribution de l’eau. Abdallah Rabhi a rappelé que les besoins annuels en eau potable en Tunisie se situaient autour de 800 millions de mètres cubes, auxquels s’ajoutent des besoins considérables pour l’irrigation agricole, estimés entre 3 et 3,4 milliards de mètres cubes par an. À cet égard, il a insisté sur la diversité des ressources en eaux mobilisées, combinant eaux de surface – principalement stockées dans les barrages – et eaux souterraines issues des nappes phréatiques et profondes.

Toutefois, derrière cette amélioration conjoncturelle, des problématiques de fond subsistent, notamment la prolifération des puits anarchiques. Abdallah Rabhi a révélé que le nombre de forages non autorisés serait de 40.000 environ à l’échelle nationale, soit un volume supérieur à celui des puits légalement déclarés. « Ces ressources échappent en grande partie au contrôle de l’État », a-t-il souligné, tout en reconnaissant leur rôle économique crucial.

En effet, ces puits informels contribuent significativement à certaines filières agricoles stratégiques. L’intervenant a cité notamment la production de dattes, dont près de 80% proviendrait de ces systèmes d’irrigation non régularisés. De même, certaines zones agricoles, notamment dans les régions de l’intérieur comme Kasserine, Sidi Bouzid ou Kairouan, dépendent largement de ces ressources pour maintenir leur production, notamment oléicole.

Face à cette réalité, Abdallah Rabhi a plaidé pour une approche pragmatique — conciliant impératifs de régulation et maintien de l’activité agricole — reconnaissant, toutefois, la difficulté d’intégrer ces exploitations dans un cadre légal strict, en raison notamment de l’absence d’alternatives pour de nombreux agriculteurs. « On ne peut pas simplement demander à un agriculteur de fermer son puits sans lui offrir de solution viable », a-t-il expliqué.

Par ailleurs, l’expert a attiré l’attention sur les effets croissants du changement climatique, qui modifient profondément les cycles agricoles et la répartition géographique des cultures. Il a souligné que certaines régions traditionnellement peu productives en olives étaient devenues des zones majeures de production, grâce notamment à l’exploitation des ressources souterraines.

S’agissant des perspectives à court terme, Abdallah Rabhi s’est montré confiant quant à la capacité du pays à éviter des perturbations majeures dans l’approvisionnement en eau potable durant la saison estivale. Cette confiance repose sur plusieurs facteurs : l’amélioration du niveau des barrages, les précipitations récentes, mais aussi l’entrée imminente en exploitation de nouvelles infrastructures.

Il a évoqué en particulier la station de dessalement d’eau de mer de Sousse, qu’il a estimé quasiment prête à être mise en service. Selon ses déclarations, les travaux de raccordement sont achevés, et seuls quelques ajustements techniques mineurs restent à finaliser. Cette infrastructure stratégique devrait alimenter non seulement la région du Sahel, mais également contribuer à soulager la pression sur les réseaux desservant d’autres zones, notamment le Grand Tunis et le Cap Bon.

Abdallah Rabhi a insisté également sur l’importance de la station de dessalement de Sfax, déjà opérationnelle, qui constitue un appui majeur pour sécuriser l’approvisionnement en eau dans le sud-est du pays. La combinaison de ces projets avec les ressources conventionnelles permettrait, selon lui, de mieux répartir les flux et d’optimiser la gestion globale du réseau.

L’ancien secrétaire d’État a par ailleurs appelé à une mobilisation collective pour préserver cette amélioration fragile, insistant sur la nécessité de rationaliser la consommation, de renforcer les mécanismes de contrôle et d’accélérer les réformes structurelles du secteur.

« La situation s’améliore, mais elle reste sous pression. Nous devons agir dès maintenant pour éviter de retomber dans les crises que nous avons connues », a-t-il conclu, appelant à une gestion plus intégrée et durable des ressources hydriques nationales.

N.J

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