En déplacement à Monastir, lundi 6 avril 2026, à l’occasion du 26e anniversaire du décès de Habib Bourguiba, le président de la République, Kaïs Saïed, a mêlé hommage au leader historique et discours politique offensif, axé sur les réformes, la justice sociale et la lutte contre les réseaux qu’il accuse d’entraver l’action de l’État.
Dans une allocution marquée par de nombreuses références à l’histoire de la République, le chef de l’État a rappelé le rôle fondateur de Habib Bourguiba dans la construction de la Tunisie moderne, depuis la proclamation de la République en 1957.
Le président a également répondu aux questions des journalistes, un exercice inédit depuis son accession à la présidence. Il a, par ailleurs, profité d’une question posée par une journaliste de la Télévision nationale pour appeler cette institution publique à « revoir son discours, à bannir certains termes devenus obsolètes et à être au rendez-vous de l’Histoire ».
« Les droits doivent être ressentis dans la vie quotidienne »
Au-delà de la commémoration, Kaïs Saïed a insisté sur la nécessité de traduire les droits fondamentaux — santé, transport, éducation — en réalités concrètes pour les citoyens. Il a souligné que les indicateurs et les statistiques ne suffisent pas, appelant à ce que le citoyen « ressente » effectivement ces droits dans son quotidien.
Le président a affirmé que l’action de l’État se poursuit pour démanteler les réseaux de monopole et de spéculation, tout en évoquant un processus de « purification » amorcé depuis 2010 mais resté, selon lui, inachevé.
Une administration « sabotée » et des projets entravés
Kaïs Saïed a dressé un constat sévère du fonctionnement de l’administration, estimant que certains acteurs continuent de bloquer des projets et de perturber les services publics. Il a toutefois distingué entre ces pratiques et l’engagement de nombreux fonctionnaires qu’il a qualifiés de « patriotes ».
Selon lui, des projets existent et des financements sont disponibles, mais leur mise en œuvre est freinée par des logiques bureaucratiques ou des intérêts contraires à l’intérêt général.
Appel à la restitution des fonds spoliés
Le chef de l’État a également insisté sur la nécessité de récupérer les fonds publics détournés, affirmant que ces ressources appartiennent au peuple tunisien et doivent être restituées. Il a évoqué la possibilité de mécanismes de réconciliation, à condition qu’ils passent par une restitution effective des avoirs.
Il a, dans ce contexte, dénoncé des alliances et des réseaux qu’il accuse de servir des intérêts étrangers, affirmant que « le peuple tunisien a fait le tri » et déjoué plusieurs tentatives de déstabilisation.
Réformes sociales et promesse d’amélioration du pouvoir d’achat
Interrogé sur la situation économique et les revendications sociales, Kaïs Saïed a indiqué que plusieurs projets sont en cours pour améliorer les conditions de vie, notamment en matière de revenus et de couverture des besoins essentiels.
Il a reconnu les difficultés actuelles, liées notamment au contexte international, mais assuré que des mesures sont en préparation pour atténuer la pression sur les citoyens, en particulier les plus vulnérables.
Pharmacie centrale et entreprises publiques : « pas à vendre »
Le chef de l’État a, par ailleurs, évoqué la situation de certaines entreprises publiques, dénonçant des tentatives passées de cession ou de privatisation.
Il a cité notamment la Pharmacie centrale, affirmant que des projets visaient à la céder, tout comme d’autres infrastructures publiques, assurant que ces institutions « appartiennent au peuple tunisien » et ne seront pas bradées.
« Une nouvelle étape » pour la Tunisie
Dans un discours à forte tonalité souverainiste, le président a affirmé que la Tunisie dispose de toutes les ressources nécessaires pour réussir, appelant à une mobilisation nationale autour d’un projet fondé sur la justice, la liberté et la dignité.
Il a également insisté sur la nécessité de rompre avec certaines pratiques passées et de bâtir une « nouvelle phase » pour le pays, en s’appuyant notamment sur la jeunesse.
En conclusion, Kaïs Saïed a réaffirmé son engagement à servir « tous les Tunisiens sur un pied d’égalité », estimant que chaque minute sans réalisation constitue, selon ses termes, « une perte de temps face aux attentes du peuple ».
M.B.Z










