À l’occasion de la Journée mondiale de la santé, le forum « Vivre mieux : la science au cœur de notre quotidien », organisé le 4 avril à la Cité des Sciences de Tunis, a réuni médecins, chercheurs, professionnels de santé et acteurs de la société civile autour d’un enjeu devenu central qui est la médecine et l’intelligence artificielle, entre promesses technologiques et nouveaux risques informationnels
Parmi les interventions, celle de Rabeb Aloui, directrice de BN Check et vice-présidente de Association tunisienne des médias et de l’intelligence artificielle, a dressé un constat sans concession sur les dérives informationnelles qui fragilisent aujourd’hui la santé publique.

Depuis la crise du Covid-19, la circulation de fausses informations en matière de santé a connu une amplification sans précédent. Selon l’Organisation mondiale de la santé, cette « infodémie » a accompagné la pandémie, compliquant la gestion sanitaire et alimentant la défiance envers les institutions. Des rumeurs sur les vaccins contre le COVID-19 aux discours trompeurs sur le vaccin contre le papillomavirus (VPH), les exemples abondent. Certaines campagnes ont ainsi exagéré ou inventé des effets secondaires, contribuant à une baisse de la couverture vaccinale dans plusieurs régions du monde.
Lors de son intervention, Rabeb Aloui a également évoqué des cas récents de désinformation virale, comme de fausses affirmations circulant sur une prétendue interdiction de la mammographie en Suisse, totalement infondées mais largement partagées sur les réseaux sociaux. Ces contenus, souvent présentés sous une apparence crédible, exploitent les peurs liées à la maladie et détournent les individus de pratiques médicales essentielles.
Les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant dans cette propagation. Leur logique algorithmique favorise les contenus émotionnels et polarisants, au détriment de l’information vérifiée. Résultat; des discours complotistes ou pseudoscientifiques atteignent des millions d’utilisateurs en quelques heures. Cette exposition répétée n’est pas sans conséquence. Elle influence les comportements, retarde le recours aux soins et peut aggraver des pathologies. Elle affecte également la santé mentale, en alimentant anxiété, confusion et sentiment de défiance généralisée.

Au-delà des discours, certaines pratiques dangereuses gagnent du terrain sous l’effet de cette désinformation. C’est le cas, par exemple, du « Lemon Bottle », un produit promu sur les réseaux sociaux pour des usages esthétiques non encadrés, ou encore de certains vernis à ongles contenant des substances chimiques controversées, dont l’utilisation sans régulation peut présenter des risques pour la santé. Ces tendances illustrent la porosité croissante entre influence numérique et comportements sanitaires.
Face à ces défis, le rôle des organisations de la société civile et des médias apparaît crucial. BN Check et l’Association tunisienne des médias et de l’intelligence artificielle s’engage activement dans des programmes de formation en éducation aux médias et à l’information, visant à doter les citoyens des outils nécessaires pour identifier et déconstruire les fausses informations. À travers des ateliers, des campagnes de sensibilisation et des initiatives de fact-checking, l’association œuvre à renforcer l’esprit critique et à promouvoir un usage responsable des technologies, à l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit les contours de l’information.
Dans un contexte où la désinformation peut coûter des vies, la vigilance informationnelle devient un impératif de santé publique. L’intervention de Rabeb Aloui rappelle avec force que la science, pour rester au cœur de notre quotidien, doit être accompagnée d’un effort collectif pour défendre la vérité.
R.A.












