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Tunisie : l’investissement décroche et révèle les fragilités du modèle économique, alerte Ridha Chkoundali

Par Myriam Ben Zineb

L’économiste Ridha Chkoundali tire la sonnette d’alarme. Invité lundi 6 avril 2026 sur Express FM, le professeur universitaire a livré une lecture détaillée, et préoccupante, de l’évolution de l’investissement en Tunisie, mettant en évidence un recul marqué et ses implications directes sur la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat.

Un lien direct entre politique et investissement

D’entrée, Ridha Chkoundali insiste sur un facteur central : la stabilité politique. Selon lui, celle-ci constitue un déterminant clé du climat des affaires et du classement souverain des États.

Il explique que les différentes phases politiques traversées par la Tunisie ont eu un impact direct sur les dynamiques d’investissement, notamment en raison de tensions institutionnelles et d’un manque de cohérence entre les pouvoirs exécutif et législatif durant certaines périodes.

Son analyse, qu’il qualifie de « strictement technique », vise avant tout à identifier les causes profondes du recul de l’investissement, sans lecture politique partisane.

Une chute historique des investissements

Les chiffres avancés sont sans équivoque. Le taux d’investissement rapporté au PIB a connu une baisse continue et brutale.

  • Environ 26% en 2010
  • 17% en 2022
  • Près de 8% depuis 2023

Même en adoptant d’autres méthodes de calcul, la tendance reste identique : une dégradation nette et persistante.

Pour l’économiste, cet indicateur résume à lui seul l’ensemble des difficultés économiques du pays. Sans investissement, il n’y a ni création de richesse, ni emploi, ni amélioration du pouvoir d’achat.

Un climat des affaires fortement dégradé

Ridha Chkoundali établit un lien direct entre ce recul et la détérioration du climat des affaires en Tunisie. Il s’appuie notamment sur les indicateurs internationaux, dont celui de la liberté économique.

La Tunisie est ainsi passée de la 44e place mondiale en 2010 à la 156e place en 2026 sur 184 pays.

Le pays a même basculé récemment dans la catégorie des économies « répressives », caractérisées par une forte intervention de l’État, des faiblesses institutionnelles et des contraintes sur l’investissement.

Parmi les principaux facteurs pointés figurent la faiblesse de l’État de droit, la dégradation de la gouvernance, le manque d’efficacité du système judiciaire, la pression fiscale, la lourdeur administrative et les contraintes financières.

Comparaison défavorable avec les pays voisins

L’économiste souligne également le décrochage de la Tunisie par rapport à des pays comparables.

Alors que la Tunisie devançait largement le Maroc en 2010, la tendance s’est totalement inversée. Le Maroc a amélioré ses indicateurs et attire davantage d’investissements, tandis que la Tunisie recule.

Ce différentiel crée un risque réel de déplacement des investissements, y compris tunisiens, vers des environnements jugés plus favorables.

Des risques externes qui aggravent la situation

À ces fragilités internes s’ajoutent des menaces liées au contexte international, notamment les tensions géopolitiques actuelles.

Ridha Chkoundali identifie plusieurs piliers de l’économie tunisienne particulièrement exposés. L’agriculture, affectée par les perturbations des approvisionnements, notamment en engrais. Les transferts des Tunisiens à l’étranger, susceptibles de diminuer sous l’effet du ralentissement économique mondial. Le tourisme, dépendant du pouvoir d’achat des marchés émetteurs.

Contrairement à certains discours optimistes, il estime que ces crises ne constituent pas une opportunité immédiate pour la Tunisie, faute de préparation structurelle.

Un appel à des réformes structurelles urgentes

Face à ce constat, l’économiste appelle à un changement de méthode. Il insiste sur la nécessité d’agir sur les déterminants profonds de l’investissement plutôt que sur des mesures ponctuelles.

Parmi les priorités figurent l’amélioration de l’environnement juridique et institutionnel, la simplification des procédures administratives, la maîtrise des finances publiques et le renforcement de la visibilité économique.

Il plaide également pour une vision stratégique à moyen et long terme, aujourd’hui absente selon lui.

Vers un budget d’urgence ?

Enfin, Ridha Chkoundali estime que les hypothèses actuelles du budget de l’État sont devenues obsolètes, notamment en raison de l’évolution du contexte international.

Il appelle à la mise en place d’une cellule de veille stratégique et d’un budget complémentaire d’urgence, basé sur des scénarios réalistes afin d’adapter rapidement la politique économique aux nouvelles contraintes.

Au final, l’intervention de Ridha Chkoundali met en lumière une réalité préoccupante : le recul de l’investissement n’est pas un simple indicateur conjoncturel, mais le symptôme d’un déséquilibre structurel profond, qui appelle des réformes rapides et cohérentes.

M.B.Z

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