Intervenant sur les ondes de la Radio nationale mardi 7 avril 2026, l’expert en droit du travail et en sécurité sociale, Hafedh Laamouri, a apporté un éclairage sur la mise en œuvre des augmentations salariales prévues par la loi de finances 2026, insistant sur la nécessité d’adopter plusieurs décrets d’application préalables à leur entrée en vigueur effective.
L’expert a rappelé que ces revalorisations salariales ne sauraient être remises en cause. Toutefois, leur concrétisation demeure conditionnée par un travail réglementaire approfondi, ainsi que par une évaluation précise de leur impact économique.
Contrairement à certaines idées reçues, la mise en œuvre de ces augmentations ne repose pas sur un texte unique, mais sur une série d’au moins cinq décrets distincts. Le premier concerne l’ajustement du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig), qui a un effet direct sur les pensions et certaines prestations sociales. Un second décret portera sur le salaire minimum agricole garanti (Smag), applicable au secteur agricole.
Un troisième texte, moins connu du grand public, visera les salariés percevant le Smig en dehors des secteurs couverts par des conventions collectives. En parallèle, un quatrième décret concernera les travailleurs dont les rémunérations dépassent le Smig mais évoluent dans des secteurs dépourvus de conventions sectorielles.
Le cinquième décret, considéré comme central, s’appliquera aux salariés relevant des conventions collectives – environ 54 conventions en vigueur en Tunisie, couvrant près de 90% des travailleurs. Il fixera les modalités d’augmentation selon des grilles spécifiques à chaque secteur.
À ces dispositifs s’ajoute un cadre particulier pour la fonction publique et les entreprises publiques, où les augmentations sont généralement réparties selon les grades et les catégories administratives, avec la possibilité de textes complémentaires pour les établissements publics.
Sur le plan économique, Hafedh Laamouri a souligné la complexité de la fixation des taux d’augmentation, en raison de leur impact différencié sur les entreprises. Si certaines grandes structures disposent de marges suffisantes pour absorber ces hausses, les petites et moyennes entreprises pourraient rencontrer des difficultés accrues, étant néanmoins tenues de s’y conformer dès la publication des décrets.
L’expert a également mis en garde contre le risque d’érosion du pouvoir d’achat, dans un contexte marqué par une inflation persistante. Il a évoqué le déséquilibre structurel entre la progression des salaires et celle des prix, rappelant que toute augmentation nominale peut être neutralisée, voire dépassée, par une hausse plus rapide du coût de la vie.
Cette problématique devient particulièrement aiguë selon ses dires surtout que le mécanisme de compensation permet de maintenir certains produits de base à des prix administrés – comme le pain ou d’autres denrées essentielles –, mais une grande partie des biens et services reste soumise aux lois du marché.
L’expert a pointé notamment les dysfonctionnements des circuits de distribution, susceptibles d’entraîner des écarts importants entre les prix à la production et ceux pratiqués au détail. Ces distorsions alimentent le sentiment d’une inflation subie, neutralisant les effets des augmentations salariales.
Face à cette situation, il a évoqué l’importance des efforts de contrôle économique et de lutte contre les pratiques spéculatives, tout en soulignant le rôle potentiel des comportements citoyens, tels que le boycott de produits jugés excessivement chers.
Hafedh Laamouri a par ailleurs mis en exergue le lien étroit entre politique salariale et qualité des services publics. Il a estimé que l’amélioration du pouvoir d’achat ne saurait être dissociée d’une réforme des secteurs essentiels tels que la santé, l’éducation et le transport, dont les défaillances contraignent les ménages à des dépenses supplémentaires, réduisant ainsi l’effet réel des augmentations salariales.
S’agissant du calendrier, aucune échéance officielle n’a été fixée ni dans la loi de finances ni dans les déclarations présidentielles. Néanmoins, Hafedh Laamouri a avancé, à titre indicatif, que la date du 1er mai pourrait constituer un moment opportun pour l’annonce ou l’entrée en vigueur de ces mesures.
En attendant, l’ensemble du processus reste suspendu à l’achèvement des études d’impact et à la publication des décrets d’application, condition sine qua non pour traduire les dispositions légales en réalité économique et sociale tangible pour les citoyens tunisiens.
N.J










