L’Association des magistrats tunisiens (AMT) a vivement réagi, mardi 7 avril 2026, au jugement condamnant son président, Anas Hmaidi, à une peine d’un an de prison, dénonçant une décision « injuste » et un « ciblage manifeste » lié à son engagement syndical.
Dans un communiqué publié au lendemain du verdict, l’AMT exprime sa « solidarité totale » avec son président, estimant que cette condamnation s’inscrit dans un contexte de pressions exercées sur le corps judiciaire et de remise en cause de son indépendance.
Une condamnation dénoncée comme « politique »
L’association considère que le jugement rendu par la sixième chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis repose sur « des procédures entachées d’irrégularités » et « des faits fabriqués », mettant en cause le rôle du ministère public et du ministère de la Justice.
Elle affirme que cette affaire constitue, selon elle, une nouvelle illustration d’une « politique d’intimidation et de mise au pas » visant les magistrats, en l’absence d’un Conseil supérieur de la magistrature et dans un contexte de contrôle accru de l’exécutif sur l’institution judiciaire.
L’AMT va plus loin en qualifiant cette condamnation de « précédent dangereux », soulignant qu’il s’agit, selon elle, d’une première dans l’histoire du pays consistant à poursuivre un magistrat en raison de son activité syndicale.
Des irrégularités procédurales pointées du doigt
Dans son communiqué, l’Association met en avant plusieurs « graves violations » des procédures, notamment en ce qui concerne la levée de l’immunité judiciaire de son président, contestée devant les juridictions compétentes.
Elle critique également le transfert du dossier entre plusieurs juridictions — de Monastir au Kef puis à Tunis — qu’elle juge arbitraire, ainsi que l’attribution de l’affaire à une instance qu’elle estime non compétente.
L’AMT souligne par ailleurs que cette affaire, dont les faits remontent à 2022, est étroitement liée aux mobilisations des magistrats intervenues après la révocation de 57 juges et la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature, qu’elle qualifie de tournant ayant profondément fragilisé les garanties d’indépendance du pouvoir judiciaire.
Appel à la mobilisation et recours annoncés
Face à cette situation, l’Association appelle les magistrats à se mobiliser autour de leur structure afin de défendre leur indépendance et leur dignité, tout en poursuivant leur mission de protection des droits et libertés.
Elle annonce également que son président exercera l’ensemble des recours légaux disponibles pour contester cette décision.
L’AMT met en garde contre les « implications graves » de cette affaire, estimant qu’elle s’inscrit dans une dynamique plus large de restriction de l’action civile et associative, en contradiction avec les engagements internationaux de la Tunisie.
Une conférence de presse est prévue le vendredi 10 avril 2026 pour revenir sur les circonstances de cette condamnation et ses enjeux.
Anas Hmaidi devant la justice
La sixième chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis a condamné, hier, le président de l’AMT, Anas Hmaidi, à un an de prison dans une affaire d’« entrave à la liberté du travail », liée à son implication dans la grève des magistrats déclenchée après la révocation de 57 juges en juin 2022.
Lors de l’audience du 2 avril, le magistrat avait demandé le report du procès, dans l’attente d’une décision sur la levée de son immunité et pour intégrer de nouveaux éléments au dossier. Une demande rejetée par le tribunal, qui avait poursuivi l’examen de l’affaire.
La défense avait contesté la validité de la procédure ainsi que le fond des poursuites, évoquant des enjeux dépassant le cadre judiciaire, notamment en matière de liberté d’expression et d’organisation des magistrats.
Dans un précédent communiqué, l’AMT avait également mis en avant le soutien d’instances internationales, dont l’Union internationale des magistrats et une rapporteure spéciale des Nations unies, estimant que cette affaire s’inscrivait dans un contexte plus large lié aux garanties d’indépendance de la justice en Tunisie.
M.B.Z










