Invité de la matinale de Jawhara FM mercredi 8 avril 2026, l’ancien diplomate Abdallah Laabidi a livré une analyse approfondie des récents développements au Moyen-Orient, mettant en lumière les limites de la stratégie américaine face à l’Iran et les profondes recompositions géopolitiques en cours. Son constat est clair : les objectifs initiaux de Washington ont échoué, contraignant ses dirigeants à revoir leur position.
Dès le déclenchement des tensions, l’ambition des États-Unis sous l’administration de Donald Trump était de provoquer un changement de régime en Iran. Cette stratégie reposait, selon le diplomate, sur l’idée d’un effondrement rapide du pouvoir en place et l’émergence d’une alternative politique favorable à Washington, évoquant même le retour d’une figure liée à l’ancien régime du Shah.
Or, pour le diplomate, cette vision relevait d’une « simplification excessive » des dynamiques internes iraniennes et des équilibres régionaux. Il souligne que la complexité du terrain, conjuguée à la capacité de résistance de Téhéran, a rapidement mis en échec ces projections.
Comparant la situation actuelle aux précédentes interventions américaines, notamment en Irak, Abdallah Laabidi a avancé que les États-Unis ne disposent plus aujourd’hui des mêmes leviers militaires ni des mêmes alliances. Il a évoqué à ce titre la mobilisation massive lors de la guerre du Golfe, avec des centaines de milliers de soldats et un large soutien international, incluant des pays européens et arabes.
À l’inverse, les capacités actuelles apparaissent nettement réduites. Le diplomate a souligné que les effectifs engagés sont sans commune mesure avec ceux du passé, rendant toute opération d’envergure particulièrement difficile. Il a insisté également sur les contraintes logistiques : « plus une armée opère loin de ses bases, plus son efficacité diminue », rappelant les limites structurelles de toute projection militaire prolongée.
Dans ce contexte, la trêve évoquée récemment ne serait, selon Abdallah Laabidi, ni le fruit d’un choix stratégique ni celui d’une volonté de désescalade volontaire, mais bien « une conséquence directe de l’incapacité américaine à atteindre ses objectifs ».
Il a affirmé sans ambages que Washington avait été contraint de revoir sa position face à une réalité militaire et diplomatique défavorable. Cette lecture est renforcée, selon lui, par certaines déclarations attribuées à des responsables militaires américains, qui auraient exprimé leur réticence face à une escalade.
Interrogé sur le rôle de Donald Trump dans cette séquence, Abdallah Laabidi a tranché : « Il est contraint, et non un héros ». Il a expliqué que le système politique américain limite les marges de manœuvre du président, notamment sous l’influence de l’institution militaire et de ce qu’il qualifie de « structures profondes de décision ».
Le diplomate a insisté également sur le poids du calendrier électoral. À l’approche d’échéances importantes, tant aux États-Unis qu’en Israël, les choix stratégiques seraient fortement influencés par des considérations politiques internes. Cette pression électorale contribuerait à expliquer les ajustements rapides de position observés ces dernières semaines.
Au-delà du face-à-face entre Washington et Téhéran, Abdallah Laabidi a mis en avant une transformation plus large de l’équilibre des puissances. Il a insisté sur le rôle croissant du Pakistan en tant qu’intermédiaire ainsi que la Russie et de la Chine, qui ont, selon lui, agi avec rapidité pour soutenir indirectement l’Iran et peser sur l’évolution du conflit.
Il a évoqué également l’implication d’acteurs régionaux, tels que le Hezbollah ou encore les forces au Yémen, soulignant l’existence d’une coordination opérationnelle sur le terrain. Ces dynamiques traduisent, selon lui, l’émergence d’un nouvel équilibre multipolaire, dans lequel les États-Unis ne disposent plus de la même prééminence.
Parmi les enjeux majeurs évoqués, Abdallah Laabidi a insisté sur l’importance des détroits et des axes maritimes stratégiques. Il a souligné que la géographie conférait à l’Iran un avantage déterminant dans la région, lui permettant d’exercer une influence directe sur des points névralgiques du commerce international.
Cette réalité, a-t-il expliqué, renforce la position de Téhéran dans les négociations et limite les options militaires de ses adversaires.
L’ancien diplomate va plus loin en évoquant un « retrait progressif » des États-Unis de la région. Selon lui, Washington chercherait à redéployer ses priorités vers d’autres zones, notamment l’Asie-Pacifique, où la montée en puissance de la Chine constitue un défi majeur.
Il a cité également des indicateurs concrets de cette évolution, comme l’annulation de certains contrats d’armement en raison de contraintes logistiques et opérationnelles. Ces éléments témoigneraient, selon lui, d’une difficulté croissante à soutenir un engagement prolongé au Moyen-Orient.
Abdallah Laabidi a indiqué aussi que cette séquence pourrait avoir des répercussions majeures sur la scène politique américaine. Il a évoqué la possibilité d’un affaiblissement durable de Donald Trump, voire d’une remise en cause de sa capacité à poursuivre son mandat dans un contexte de pression accrue.
Il a fait également référence à des précédents historiques, suggérant que des dynamiques institutionnelles pourraient conduire à l’émergence de nouvelles figures politiques, notamment au sein du système américain.
Abdallah Laabidi a mis en garde contre toute lecture prématurée de la situation. Pour lui, la trêve actuelle ne constitue qu’une phase transitoire dans un conflit appelé à se prolonger sous d’autres formes.
N.J










