Sur fond de discours présidentiels martelant le refus de toute cession d’infrastructures publiques, les grands projets sportifs refont surface dans l’agenda national. Du stade d’El Menzah à celui de Sousse, les chantiers s’enlisent entre retards, surcoûts et polémiques, révélant les failles persistantes de leur gouvernance.
Nouveau départ ou relance de façade ? La reprise annoncée des travaux du stade olympique d’El Menzah à l’horizon 2026 intervient dans un climat de défiance, où l’État tente surtout de reprendre le contrôle d’un dossier devenu emblématique de ses propres dysfonctionnements.
El Menzah : une relance annoncée pour fin 2026
C’est dans ce cadre que le projet d’El Menzah connaît aujourd’hui une nouvelle évolution. La reconstruction du stade olympique d’El Menzah entre dans une nouvelle phase, après plusieurs années de blocages. Le directeur des bâtiments et de l’équipement au ministère de la Jeunesse et des Sports, Naoufel Belhaj Rhouma, a confirmé, mercredi 8 avril 2026, que la reprise des travaux interviendra vers la fin de l’année 2026, avec un démarrage effectif attendu au cours du dernier trimestre.
Dans une déclaration à l’agence Tunis Afrique Presse, il a indiqué qu’un appel d’offres a été officiellement lancé afin de sélectionner l’entreprise chargée de la réalisation. Le projet sera mené dans le cadre d’un partenariat avec une partie chinoise, marquant une tentative de relance structurée d’un chantier longtemps à l’arrêt.
Mise en garde présidentielle contre toute cession des infrastructures publiques
Dans ce contexte de relance, le président de la République, Kaïs Saïed, avait réaffirmé la position de l’État sur le caractère stratégique de ces infrastructures. Lundi 6 avril 2026, lors de la cérémonie commémorant le 26ᵉ anniversaire du décès du leader Habib Bourguiba à Monastir, il a déclaré que des « lobbies » avaient tenté de céder la Pharmacie centrale ainsi que le complexe olympique d’El Menzah, s’appuyant, selon lui, sur des documents officiels.
Le chef de l’État a toutefois assuré que l’État tunisien ne renoncerait pas à ses institutions, réaffirmant ainsi son refus de toute privatisation ou abandon d’actifs publics jugés stratégiques.
Une relance pilotée au sommet de l’État
L’annonce de M. Belhaj Rhouma s’inscrit dans le prolongement des décisions prises mardi 3 février 2026, lors d’une réunion de la Commission des grands projets présidée au Palais de la Kasbah par la cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri.
À cette occasion, les autorités ont réaffirmé que le projet d’El Menzah prévoit une reconstruction intégrale du stade selon les normes sportives internationales, tout en veillant à préserver son architecture historique. La modernisation concernera notamment les gradins, la piste ainsi que les équipements électroniques.
La Commission a également validé l’attribution d’une mission d’assistance technique à un bureau d’études pluridisciplinaire, tout en insistant sur l’impératif d’accélérer la mise en œuvre du projet.
Un partenariat tuniso-chinois déjà engagé
La coopération avec la Chine s’inscrit dans la continuité des discussions engagées en 2025. Le 31 octobre de la même année, le président Kaïs Saïed avait reçu le ministre de la Jeunesse et des Sports, Sadok Mourali, pour évoquer la signature d’un mémorandum d’entente avec l’Agence chinoise de coopération internationale.
Le chef de l’État avait alors insisté sur la nécessité de préserver l’identité architecturale du stade tout en procédant à une rénovation complète du complexe, dénonçant au passage les irrégularités et les défaillances ayant entaché les précédents travaux.
Un chantier marqué par les retards et les irrégularités
Lancé en juin 2022 pour une durée de 900 jours et un coût estimé à cent millions de dinars, le projet de rénovation du stade d’El Menzah n’avait atteint qu’un taux d’avancement de 20%. Face à cette situation, le ministère de la Jeunesse et des Sports avait résilié le contrat avec l’entreprise initialement chargée des travaux.
Depuis, les autorités ont opté pour une nouvelle approche reposant sur un encadrement technique renforcé et un partenariat international, dans l’espoir d’éviter la reproduction des défaillances passées.
Le cas du stade de Sousse, symbole des dérives à corriger
Les difficultés rencontrées à El Menzah ne sont pas isolées. Le chantier du stade olympique de Sousse illustre également les dérives qui ont marqué certains projets d’infrastructures sportives.
Les travaux d’aménagement de cette enceinte avaient débuté en 2019 pour un coût initial de 32 millions de dinars. Après plusieurs années de rénovation, le budget a finalement avoisiné soixante millions de dinars, sans pour autant permettre une mise en conformité du stade.
La Confédération africaine de football (CAF) a refusé son homologation, pointant le non-respect des normes internationales et africaines requises pour accueillir des compétitions continentales.
Face à ces défaillances, le ministère public près le Tribunal de première instance de Sousse a ordonné, en décembre 2023, l’ouverture d’une enquête sur des soupçons de corruption liés aux travaux d’extension et d’aménagement. Le porte-parole du tribunal, Wissem Cherif, avait alors indiqué que cette enquête faisait suite à des informations faisant état de graves dysfonctionnements.
En juin 2024, la commission chargée de la rénovation du stade avait annoncé la poursuite des travaux correctifs, notamment à travers de nouveaux appels d’offres portant sur l’éclairage, le panneau d’affichage et la retransmission télévisuelle. Elle avait également évoqué l’installation de 25.000 sièges conformes aux exigences de visibilité, tout en reconnaissant la persistance de déficiences à corriger.
Une remise à niveau généralisée des infrastructures
Dans ce contexte, Naoufel Belhaj Rhouma a indiqué que l’installation des sièges au stade olympique de Sousse devrait être lancée dans les prochains mois, dans le cadre des efforts visant à rendre l’infrastructure conforme aux standards internationaux.
Parallèlement, des financements ont été mobilisés pour équiper en sièges et en éclairage les stades stade Mustapha Ben Jannet à Monastir et stade Taïeb Mhiri à Sfax.
L’objectif affiché par le ministère est de mettre à niveau l’ensemble des infrastructures sportives nationales afin qu’elles puissent accueillir des compétitions continentales dans des conditions conformes aux exigences des instances internationales.
Un test pour la crédibilité des projets publics
La relance du chantier d’El Menzah, conjuguée aux efforts de réhabilitation d’autres stades, constitue un test majeur pour la capacité des autorités à mener à bien des projets structurants, dans un contexte marqué par les retards, les dépassements de coûts et les soupçons de corruption.
Au-delà de l’enjeu sportif, il s’agit désormais de restaurer la crédibilité de la gestion des grands projets publics et de garantir une utilisation efficiente des ressources de l’État.
I.N.










