Reporters sans frontières (RSF) a relayé, jeudi 9 avril 2026, le témoignage des filles du journaliste tunisien Mourad Zeghidi, incarcéré depuis près de deux ans. À travers cette prise de parole, Yesmine et Inès Zeghidi entendent alerter sur la situation de leur père et, plus largement, sur les atteintes à la liberté de la presse en Tunisie.
Journaliste depuis plus de trente ans, ancien chroniqueur sportif à Canal+ puis analyste politique, Mourad Zeghidi a été condamné à un an de prison une première fois sur la base du décret-loi 54, avant de se voir infliger, en janvier 2026, une peine supplémentaire de trois ans et demi de prison pour blanchiment d’argent.
« La dernière fois qu’on l’a vu libre »
Dans leur témoignage, ses filles reviennent sur les circonstances de son arrestation, le 11 mai 2024. « Sans prévenir, sans convocation préalable, une dizaine de policiers en civil ont débarqué à la maison », racontent-elles. Interrogé pendant plusieurs heures, le journaliste est ensuite condamné à une peine de prison pour ses prises de position et analyses politiques.
« Quand je lui ai dit qu’on se reverrait après l’interrogatoire, je ne savais pas que c’était la dernière fois que je le voyais libre », confie l’une de ses filles.
Elles rappellent également que cette arrestation s’inscrivait dans une vague plus large visant plusieurs chroniqueurs, notamment Sonia Dahmani et Borhen Bssais dans ce qu’elles décrivent comme « une volonté de faire taire une émission qui traitait encore de sujets politiques ».
Une détention prolongée et incomprise
Initialement condamné à un an de prison, une peine réduite à huit mois en appel, Mourad Zeghidi devait être libéré début 2025. Mais un nouveau mandat de dépôt, émis dans une affaire de blanchiment d’argent, a prolongé sa détention.
Après plus d’un an d’attente et de reports d’audience, il est finalement condamné, le 22 janvier 2026, à trois ans et demi de prison ferme. « On pensait que tout allait s’arrêter, mais ça a été un choc », témoignent ses filles.
Celles-ci affirment avoir pleinement coopéré avec la justice et fourni les documents nécessaires pour contester les accusations, qu’elles jugent infondées.
« Une punition pour toute la famille »
Au-delà de la condamnation, les filles du journaliste décrivent un quotidien éprouvant, marqué par l’absence et des conditions de détention difficiles.
« On ne peut le voir que 10 à 15 minutes, après des heures d’attente, derrière une vitre », expliquent-elles. En raison de la qualification pénale retenue, leur père est en effet assimilé administrativement à un détenu relevant de la législation antiterroriste, ce qui restreint davantage les conditions de visite.
« Être emprisonné, c’est une punition pour lui, mais aussi pour ses proches », soulignent-elles, évoquant également le poids logistique, financier et psychologique de cette situation.
Appel à la mobilisation
Face à cette situation, Yesmine et Inès Zeghidi lancent un appel à la mobilisation. « On a besoin que les gens parlent de lui, que son histoire soit connue », insistent-elles.
Pour elles, l’enjeu dépasse le cas individuel : « On ne comprend pas ce qu’il représente comme danger pour être maintenu en prison », affirment-elles, dénonçant une détention qu’elles jugent injustifiée.
En relayant ce témoignage, RSF met en lumière un dossier emblématique des tensions actuelles autour de la liberté de la presse en Tunisie, dans un contexte de plus en plus contraint pour les journalistes et les voix critiques.
S.H










