La crise des médicaments en Tunisie s’invite au cœur des débats parlementaires. Le rapporteur de la Commission de la santé et des affaires sociales, Raouf Fekiri, a alerté, vendredi 10 avril 2026, sur une situation qu’il qualifie de « véritable crise » d’approvisionnement, marquée par la disparition d’environ 200 types de médicaments essentiels, dont certains destinés aux patients atteints de cancer.
S’exprimant à l’issue d’une séance d’audition consacrée à la vision du ministère des Affaires sociales sur la réforme structurelle du système de sécurité sociale, il a déploré l’absence du ministre, tout en pointant les lacunes de la présentation faite devant la commission. Celle-ci, a-t-il indiqué, ne comportait pas les chiffres et indicateurs nécessaires pour établir un diagnostic précis de la situation.
Face à l’ampleur de la crise, Raouf Fekiri a appelé à des réponses politiques claires, au-delà des considérations techniques, notamment concernant la situation de la Pharmacie centrale et des caisses sociales. Il a insisté sur la nécessité d’un traitement en profondeur de cette problématique, exhortant les autorités à trouver une solution radicale pour mettre fin aux souffrances des citoyens.
Une pénurie persistante qui fragilise les patients
Cette alerte intervient alors que la Tunisie fait face, depuis plusieurs mois, à des ruptures répétées de médicaments vitaux. En janvier dernier, la secrétaire générale du Conseil national de l’ordre des pharmaciens, Thouraya Ennaifer, avait confirmé que de nombreux traitements essentiels étaient introuvables dans les pharmacies privées, certaines continuant à écouler des stocks anciens faute de réapprovisionnement.
Parmi les médicaments concernés figurent des traitements pour la thyroïde, des troubles psychiatriques, le TDAH, ainsi que des antalgiques puissants utilisés notamment dans la prise en charge des douleurs liées au cancer. Une situation d’autant plus critique que la majorité de ces produits sont importés et ne disposent pas d’alternatives génériques locales.
Sur le terrain, les patients se retrouvent contraints de multiplier les déplacements à la recherche de leurs traitements, voire de solliciter leurs proches à l’étranger pour s’en procurer. Les médecins, de leur côté, alertent sur une situation devenue intenable, en particulier pour les malades en soins palliatifs, privés de médicaments essentiels pour soulager leurs douleurs.
Une crise structurelle qui appelle des décisions urgentes
Selon les professionnels du secteur, cette crise résulte de plusieurs facteurs, notamment la dépendance aux importations, l’absence de production locale pour certains médicaments et les difficultés financières de la Pharmacie centrale, qui entravent l’approvisionnement régulier du marché.
Dans ce contexte, les appels à une intervention urgente des autorités se multiplient, tandis que la pression s’accentue au sein même du Parlement pour obtenir des réponses concrètes et engager des réformes capables de rétablir durablement la disponibilité des médicaments en Tunisie.
M.B.Z










