Il y a un an, jour pour jour, avait lieu la seconde audience du procès appelé complot 1.
Accusé, je pris l’avion de Paris la veille, pour être présent à l’audience. J’avais la chance de pouvoir m’asseoir sur le banc des accusés et regarder la justice dans les yeux, justice droite, mais dont les représentants semblaient vouloir fermer les leurs. J’avais cette chance car la plupart des prévenus, déjà en prison dans un procès qui s’avérera joué d’avance, la plupart des prévenus s’étaient vu refuser une présence physique, et ne pouvaient comparaître que depuis l’ignominie de leur état, en détention.
Ce second jour d’audience s’est déroulé dans une ambiance de très grande tension. Un membre de famille seulement autorisé à pénétrer la salle d’audience. Presse interdite, sauf un seul média, trié sur le volet de l’allégeance, dira la presse libre. Les représentations d’ONG interdites, les représentations des diplomaties étrangères mises en cause interdites. Nos avocats prêchaient dans ce désert. La cour ne faisait même plus semblant d’écouter la caravane passer, trop occupée à préparer les atermoiements de l’injustice. Devant tant d’indignité, la dignité des familles, des prévenus, et de tous les présents était d’autant plus visible. Curieusement, la détermination se lisait dans nos yeux, la peur, la transpiration, la gêne étaient du côté des tailleurs de cette mascarade. Difficile de soutenir que cette justice se fera au nom du peuple, sauf à le confisquer.
Nous, accusés, il nous fut interdit de nous adosser au mur, le banc en bois en fut éloigné. Assis 9 heures, sans avoir le droit de nous retourner, de parler, l’expression nous a été refusée, comme celui de faire reposer un dos plein d’injustices.
Les visages étaient aussi graves que les accusations. On se demandait comment ils feraient pour nous habiller de cette infamie, en face ils ne s’embarrassaient même pas de la cohérence, à défaut de vérité et de droit.
Aujourd’hui, ce second jour d’audience, c’est celui où nous avons définitivement compris que la pièce était déjà écrite. L’avantage du mensonge, c’est qu’il s’affirme de manière péremptoire. Le chemin de la vérité n’est pas absurde, il appelle faits, logique et intelligence. Les dossiers étaient dénués de tout et même de ça.
Aujourd’hui, il y a un an, nous comprenions que très bientôt nous basculerions dans le monde du plus jamais pareil.
En plus des inepties, le décompte des lâches, des veules et des charognards ne se comptait plus sur deux mains.
J’ai perdu beaucoup, mais je me suis enrichi de vrais amis, débarrassé de tous ceux qui faisaient semblant.
Je pense à mes co-assis, je repense à mes co-accusés, tous détenus et désormais, de ceux-là, je suis le seul libre. Physiquement.
La vie a fini par reprendre le dessus, avec une célérité ajustée à la morale de chacun. Mais la vie a fini par reprendre le dessus. Et cette vie reviendra toucher de sa grâce ceux qui aujourd’hui ont la leur suspendue.
Kipling :
« Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot … »










