Le député et président de la Commission des droits et libertés au Parlement, Thabet El Abed, a vivement dénoncé les déclarations faites lors de la séance plénière du lundi 13 avril 2026 concernant les migrants originaires d’Afrique subsaharienne.
Dans une publication rendue publique sur sa page personnelle, il a qualifié ces propos de « précédent grave », estimant qu’ils comportent, de manière implicite, des justifications à des crimes de viol, tout en reposant sur des fondements racistes « flagrants ».
Il a également averti que la Commission des droits et des libertés ne restera pas silencieuse face à cette dérive du discours public et examinera les mécanismes disponibles pour y faire face, dans le respect de la Constitution et de la loi, afin de préserver l’espace public de toute incitation à la haine et à la violence.
Ces déclarations ont été tenues par le député Tarek Mehdi, lors de son intervention à la suite de la réponse du ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, sur la gestion de l’afflux de migrants subsahariens.
Réagissant aux accusations de violences, notamment de viols visant des migrantes subsahariennes évoquées durant la séance, le député a déclaré : « Ces gens-là doivent partir coûte que coûte. Toutes les lignes rouges ont été dépassées », avant d’ajouter : « Qu’une Africaine soit violée, cela ne peut pas arriver. En Tunisie, on a la beauté. Nous ne manquons de rien. Nous avons tout ».
Banalisation des violences sexuelles et logique discriminatoire
Selon Thabet El Abed, les déclarations incriminées ne relèvent ni de la liberté d’expression ni du débat politique, mais constituent un discours portant atteinte à la dignité des victimes.
« Ce type de propos minimise la gravité du viol et lui attribue des justifications basées sur des classifications raciales odieuses », a-t-il souligné.
Au-delà de la polémique immédiate, ces propos traduisent, selon lui, une banalisation préoccupante des violences sexuelles. En présentant le viol comme inconcevable dans un certain contexte, ils en nient la réalité et contribuent à délégitimer la parole des victimes.
L’argument avancé autour de la « beauté » introduit, par ailleurs, une logique particulièrement problématique, laissant entendre que certaines femmes pourraient être exclues du champ des violences sexuelles en raison de leur apparence ou de leur origine.
Un discours contraire aux principes de l’État de droit
Thabet El Abed a insisté sur le fait que toute tentative de banalisation ou de justification des violences sexuelles, quelle que soit l’identité de la victime, contribue directement à renforcer une culture d’impunité.
Il a également dénoncé toute forme de discrimination entre les femmes fondée sur la couleur de peau ou l’origine, la qualifiant de violence en soi.
Le président de la Commission a rappelé que de tels propos sont « inacceptables, tant sur le plan moral que juridique » et portent atteinte aux fondements mêmes de l’État de droit.
Un appel à une position claire du Parlement
Dans ce contexte, il a affirmé qu’il est inadmissible, au sein de l’institution législative, de tolérer un discours qui légitime ou justifie le viol, sous quelque prétexte que ce soit.
Il a également rejeté tout discours raciste visant à nier à certaines catégories de personnes leur statut de victimes ou leur humanité.
« La dignité humaine est indivisible, et la protection des femmes contre la violence ne saurait être conditionnée par leur nationalité, leur couleur ou leur statut social », a-t-il martelé.
Enfin, Thabet El Abed a estimé que ces déclarations portent atteinte à l’image du Parlement et à la crédibilité du travail législatif, appelant à une position claire et responsable.
Le Parlement, a-t-il insisté, doit demeurer un rempart pour la dignité humaine, et non un espace où se banalisent, même involontairement, la violence ou le racisme.
R.B.H










