L’ingénieur en halieutique et spécialiste des questions climatiques, Hamdi Hached, a mis en garde, mercredi 3 juin 2026, contre l’accélération du réchauffement climatique et la multiplication des épisodes de chaleur extrême en soulignant des impacts de plus en plus marqués sur la santé publique, les écosystèmes et les systèmes socio-économiques.
Cette intervention intervient dans un contexte international d’inquiétude accrue, après la publication d’une mise à jour de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et des Nations unies sur le phénomène El Niño, susceptible d’exacerber les conditions climatiques extrêmes au cours des prochains mois.
Selon l’OMM, il existe environ 80% de chances que des conditions El Niño se développent entre juin et août, et 90% de probabilité qu’elles se poursuivent par la suite. L’organisation onusienne rappelle que ce phénomène constitue un facteur déterminant du climat mondial, avec des répercussions qui dépassent largement la région du Pacifique.
El Niño correspond, selon l’organisation, à une phase de réchauffement anormal des eaux de surface de l’océan dans le centre et l’est du Pacifique équatorial. Ce phénomène climatique naturel survient en moyenne tous les deux à sept ans et s’étend généralement sur une période de neuf à douze mois.
Son développement débute habituellement entre mars et juin, avant d’atteindre son intensité maximale entre novembre et février. Ses effets sur le climat mondial sont le plus souvent les plus prononcés au cours de l’année suivant son apparition, avec des impacts différés sur les températures à l’échelle planétaire.

La Secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, a indiqué que « l’empreinte d’un El Niño s’étend bien au-delà de ses origines dans l’océan Pacifique », affectant des secteurs essentiels tels que l’agriculture, l’énergie, le commerce, les ressources en eau, les chaînes d’approvisionnement et les moyens de subsistance.
L’OMM souligne également que les températures observées dans l’océan Pacifique tropical sont supérieures d’environ 6°C aux moyennes habituelles, alimentant les craintes d’un épisode potentiellement renforcé par cette chaleur océanique anormale. L’institution rappelle que l’épisode El Niño 2023-2024 a été l’un des plus puissants jamais enregistrés et a contribué aux records de température mondiale observés en 2024.
Dans ce cadre, l’organisation précise que si le changement climatique ne modifie pas nécessairement la fréquence des épisodes El Niño, il en amplifie en revanche les effets, un climat plus chaud fournissant davantage d’énergie aux phénomènes extrêmes tels que les vagues de chaleur et les fortes précipitations. L’ONU insiste également sur la nécessité de renforcer les systèmes d’alerte précoce et les capacités de prévision afin de limiter l’impact sur les populations et les économies.

C’est dans ce contexte que Hamdi Hached a alerté sur l’intensification des vagues de chaleur observées ces dernières années, estimant que les trois dernières années figurent parmi les plus chaudes jamais enregistrées avec une tendance persistante au dépassement des seuils critiques de réchauffement fixés à 1,5°C.
L’expert a notamment souligné, dans une intervention sur Mosaïque FM, les risques sanitaires liés au stress thermique, qui survient lorsque les températures dépassent certains seuils physiologiques et empêchent le corps humain de réguler efficacement sa température. Il a averti que ces épisodes deviennent plus fréquents et plus intenses, y compris en Tunisie, où des pics extrêmes ont déjà été observés lors de récentes vagues de chaleur.
Hamdi Hached a également insisté sur un phénomène de plus en plus préoccupant : la hausse des températures nocturnes. Selon lui, la diminution du différentiel thermique entre le jour et la nuit limite la capacité du corps humain à récupérer, accentuant les risques d’épuisement thermique et de complications physiologiques.
Il a rappelé, dans ce sens, que plusieurs pays européens ont récemment enregistré des records de température, avec plus de 1 800 localités ayant battu leurs records historiques, illustrant l’ampleur des vagues de chaleur à l’échelle mondiale.
L’expert a alerté contre les impacts socio-économiques de ce dérèglement, notamment la pression accrue sur les systèmes énergétiques, la hausse de la consommation électrique liée à la climatisation, ainsi que les inégalités d’accès à l’énergie dans plusieurs régions du monde.
Il a appelé, dans ce contexte, les décideurs publics à adopter des politiques climatiques plus rigoureuses et anticipatives, estimant que la gestion des vagues de chaleur et l’adaptation des infrastructures urbaines doivent désormais être considérées comme des priorités absolues.
Hamdi Hached a enfin souligné les risques accrus d’incendies de forêts et de dégradation des écosystèmes, estimant que la région méditerranéenne figure parmi les zones les plus exposées aux effets du changement climatique, avec une intensification progressive des épisodes extrêmes observés ces dernières années.
Dans la foulée de l’alerte de l’OMM, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a appelé à considérer ce phénomène comme une véritable alerte climatique urgente.
Il a averti que ses effets pourraient être plus violents, s’étendre à davantage de régions et franchir les frontières à une vitesse jugée dévastatrice, dans un contexte déjà marqué par la multiplication des événements climatiques extrêmes.
Face à cette menace, il a insisté sur la nécessité d’une réponse globale et à la hauteur de l’urgence climatique. Il a notamment plaidé pour la fin de la dépendance aux combustibles fossiles, l’accélération de la transition vers les énergies renouvelables, la protection accrue des populations les plus vulnérables ainsi que la généralisation des systèmes d’alerte précoce à l’échelle mondiale.
N.J










