La Fédération tunisienne des artisans et petites et moyennes entreprises (FTAPME) appelle le président de la République à intervenir pour sauver les sociétés en difficulté et préserver les emplois menacés. Dans un communiqué particulièrement alarmant publié, mardi 2 juin 2026, l’organisation dresse un tableau sombre du climat économique tunisien, marqué selon elle par l’asphyxie fiscale et sociale, l’explosion du marché parallèle, les difficultés d’accès au financement et la multiplication des procédures de saisie contre les entreprises. Au-delà des revendications immédiates, le texte met surtout en lumière le profond malaise traversé par une partie du tissu productif tunisien.
Une crise devenue structurelle
La tonalité du communiqué est sans équivoque. La Fédération tunisienne des artisans et petites et moyennes entreprises ne parle plus simplement de difficultés économiques conjoncturelles ou de ralentissement temporaire de l’activité. Elle évoque désormais une véritable menace « d’extinction » des entreprises et des emplois, signe d’une inquiétude croissante face à l’état de plusieurs secteurs économiques.
L’organisation estime que les entreprises tunisiennes continuent de subir les conséquences accumulées de plusieurs années de crises successives. Elle cite notamment les séquelles laissées par la pandémie du Covid-19, mais également les dommages provoqués auparavant par les attaques terroristes ayant durement frappé le secteur touristique. Selon la Fédération, ces chocs successifs ont profondément fragilisé les trésoreries des entreprises, en particulier les petites et moyennes structures déjà vulnérables face aux fluctuations économiques.
Le communiqué reconnaît que l’État a tenté, ces dernières années, d’atténuer une partie des difficultés des entreprises à travers des mécanismes d’exonération des pénalités de retard fiscales et sociales intégrés dans les Lois de finances ou certains décrets gouvernementaux. Toutefois, la fédération juge ces mesures largement insuffisantes au regard de l’ampleur des dettes accumulées et des difficultés quotidiennes auxquelles les sociétés doivent faire face.
L’un des principaux reproches formulés concerne la durée des échéanciers de règlement accordés aux entreprises endettées. La fédération considère que les calendriers actuels, limités à cinq ans, demeurent inadaptés à la réalité financière des entreprises lourdement fragilisées. Elle réclame ainsi un étalement des dettes sur une période d’au moins dix ans afin de permettre aux sociétés concernées de retrouver progressivement une capacité de fonctionnement et d’investissement.
Derrière cette revendication apparaît surtout un constat plus large sur le niveau de pression fiscale et sociale exercé sur les entreprises tunisiennes. Le communiqué évoque explicitement un poids devenu « excessif » pour de nombreuses structures économiques, estimant que cette situation contribue à aggraver les difficultés de trésorerie, à réduire les capacités d’investissement et à fragiliser davantage l’emploi.
La FTAPME va même plus loin en affirmant que la Tunisie figure parmi les pays africains où la pression fiscale et sociale est la plus importante. Au-delà de la véracité statistique de cette affirmation, le message adressé par l’organisation patronale traduit surtout le sentiment croissant, au sein d’une partie du secteur privé, d’un déséquilibre entre les obligations imposées aux entreprises et leurs capacités réelles à les assumer dans un contexte économique déjà fortement détérioré.
Cette question devient d’autant plus sensible que l’État tunisien se trouve lui-même confronté à de fortes contraintes budgétaires et à un besoin permanent de mobilisation de ressources fiscales. Entre impératifs de financement public et survie du tissu économique, l’équation devient particulièrement délicate. Le communiqué reflète ainsi une tension devenue structurelle entre les besoins de l’administration et les capacités réelles des entreprises à absorber une charge fiscale et sociale jugée de plus en plus lourde.
Le rejet de la criminalisation des difficultés financières
Mais au-delà de la fiscalité, le texte consacre une large place à un autre sujet particulièrement sensible : les poursuites engagées contre les chefs d’entreprise en difficulté financière.
La FTAPME dénonce la multiplication des procès-verbaux à caractère pénal dressés par certaines administrations ainsi que par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) contre des dirigeants d’entreprises incapables de faire face à leurs obligations financières. Selon elle, ces procédures interviennent parfois sans que soit démontrée l’existence d’une intention frauduleuse, pourtant nécessaire à la qualification pénale des faits au regard des dispositions du Code pénal tunisien évoquées dans le communiqué.
L’organisation considère que cette approche transforme progressivement les difficultés financières en affaires judiciaires, accentuant la pression psychologique et économique sur des entrepreneurs déjà fragilisés. Elle critique également les procédures de saisie visant les moyens de production ou les comptes bancaires des entreprises, estimant que ces mesures aggravent encore davantage les difficultés de sociétés parfois déjà au bord de la cessation d’activité.
Le communiqué évoque même des situations où des montants « considérables » seraient réclamés aux entreprises dans le cadre de procès-verbaux établis dans des conditions jugées contestables. Sans citer de cas précis, la fédération laisse entendre que certaines procédures manqueraient de contrôle ou de garanties suffisantes, évoquant notamment des procès-verbaux dressés dans des circonstances qualifiées de suspectes par l’organisation patronale.
Pour la fédération, les conséquences économiques de ces pratiques sont particulièrement préoccupantes. Celle-ci estime que la multiplication des poursuites et des saisies risque de détruire progressivement « l’esprit d’initiative » et d’encourager davantage d’opérateurs à fuir le secteur structuré ou à renoncer à investir.
Cette inquiétude rejoint un débat plus large sur le climat des affaires en Tunisie et sur la capacité du pays à préserver un environnement favorable à l’investissement privé. Depuis plusieurs années, les organisations patronales, certains économistes et de nombreux entrepreneurs alertent régulièrement sur la montée des incertitudes administratives et judiciaires pesant sur l’activité économique.
Le poids croissant du marché parallèle
Le communiqué consacre également une place importante à la question de la concurrence parallèle et de la contrebande, présentées comme l’un des principaux facteurs de destruction du tissu économique national.
La FTAPME considère que des milliers d’entreprises opérant dans le secteur formel subissent une concurrence jugée « déloyale » de la part d’activités échappant aux obligations fiscales, sociales et réglementaires. Elle cite notamment le secteur du cuir et de la chaussure, estimant que les importations et la contrebande auraient provoqué la disparition de centaines d’unités industrielles.
Le secteur touristique est lui aussi mentionné comme victime de cette concurrence parallèle. Le communiqué pointe particulièrement le développement des appartements meublés et des maisons d’hôtes opérant, selon la fédération, en dehors des mêmes contraintes réglementaires et fiscales imposées aux établissements touristiques classiques.
L’organisation évoque également les conséquences plus larges de l’économie informelle sur le commerce et les services. Selon elle, la prolifération des produits de contrebande et des circuits non réglementés contribue non seulement à fragiliser les entreprises structurées, mais également à réduire les recettes fiscales de l’État et à désorganiser l’ensemble du marché.
La question du secteur informel constitue depuis longtemps l’un des principaux défis de l’économie tunisienne. Malgré les différentes campagnes de contrôle et les mesures annoncées au fil des années, les activités parallèles continuent d’occuper une place importante dans plusieurs secteurs économiques. Pour de nombreuses entreprises opérant dans le cadre légal, cette situation alimente un sentiment croissant d’injustice concurrentielle, dans la mesure où elles supportent des charges fiscales, sociales et administratives auxquelles échappent une partie des opérateurs informels.
Le communiqué de la fédération traduit ainsi la frustration d’une partie du secteur privé face à ce qu’elle considère comme une absence d’application effective des lois économiques et commerciales. L’organisation estime que les entreprises respectant les règles du jeu économique se retrouvent finalement pénalisées par rapport à celles évoluant en marge du système réglementaire.
Les banques également dans le viseur
Autre acteur directement mis en cause : le secteur bancaire.
La FTAPME accuse les banques de ne plus remplir pleinement leur mission de financement de l’économie, notamment à l’égard des PME. Elle considère que le durcissement des conditions de crédit et la prudence accrue des établissements financiers aggravent les difficultés de trésorerie des sociétés déjà fragilisées par le ralentissement économique.
Le communiqué critique également ce qu’il présente comme un blocage dans l’application des textes encadrant le fonctionnement du secteur bancaire, notamment la Loi n°35 de 2016 relative au statut de la Banque centrale de Tunisie ainsi que la Loi n°48 de 2016 relative aux banques et aux établissements financiers.
Cette problématique n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, les PME tunisiennes dénoncent régulièrement les difficultés d’accès au financement, les garanties exigées par les banques ainsi que le coût élevé du crédit. Dans un contexte marqué par la hausse des risques et la dégradation de certaines situations financières, les établissements bancaires tendent à renforcer leurs critères de sélection, limitant davantage encore l’accès des petites structures à la liquidité.
Le résultat est souvent un cercle vicieux : des entreprises fragilisées peinent à accéder au financement, ce qui réduit leurs capacités d’investissement, ralentit leur activité et accentue ensuite leur vulnérabilité financière.
Sept revendications adressées au président de la République
Face à cette accumulation de difficultés, la Fédération tunisienne des artisans et petites et moyennes entreprises appelle le président de la République à intervenir directement afin d’engager une série de mesures d’urgence.
Parmi les principales revendications formulées figurent l’arrêt des saisies des moyens de production, l’instauration de calendriers de paiement étendus sur dix ans pour les entreprises lourdement endettées, ainsi qu’une réduction importante des pénalités de retard fiscales et sociales.
L’organisation réclame également une stratégie nationale plus ferme contre la contrebande et l’économie parallèle, estimant que la survie de nombreuses entreprises structurées dépend désormais de la capacité des autorités à rétablir des conditions de concurrence plus équilibrées.
La fédération demande par ailleurs l’annulation des poursuites pénales engagées contre les dirigeants d’entreprises confrontés à des difficultés financières lorsqu’aucune intention frauduleuse n’est établie. Elle propose aussi la création d’un conseil réunissant représentants des administrations et des organisations professionnelles afin de rechercher des solutions destinées à prévenir les faillites et protéger les entreprises menacées.
Le communiqué appelle également à mobiliser les institutions publiques de recherche afin d’étudier les causes de la désindustrialisation et de l’expansion du marché parallèle dans les secteurs du commerce et des services.
Le texte plaide enfin pour des réformes plus profondes visant à renforcer la sécurité juridique et fiscale, assainir le climat d’investissement et limiter l’utilisation des services publics par les opérateurs agissant en dehors du cadre légal.
Un révélateur du malaise du secteur privé
Ce communiqué dépasse largement le cadre de simples revendications sectorielles. Il illustre surtout les tensions croissantes qui traversent aujourd’hui une partie du tissu entrepreneurial tunisien. Entre ralentissement économique, pression budgétaire, expansion du secteur informel et difficultés de financement, de nombreuses entreprises estiment désormais évoluer dans un environnement devenu de plus en plus difficilement soutenable.
Derrière les appels à l’allégement des charges ou à la suspension des poursuites apparaît finalement une interrogation plus profonde sur la capacité de l’économie tunisienne à préserver son appareil productif et à maintenir l’investissement privé dans un contexte marqué par la fragilité économique et les incertitudes persistantes.
Car au-delà des chiffres, des dettes et des procédures administratives, le communiqué de la FTAPME traduit surtout une inquiétude grandissante : celle d’un secteur privé qui ne craint plus seulement la crise, mais redoute désormais l’épuisement progressif de sa capacité même à survivre.
I.N.











Commentaire
La hayetene limane tounadi...
Le régime est triple sourd et triple illégitime.
Ô FTAPME….
« Faites Totalement Appel Plutôt à sa Massive Ekspulsion. »
https://m.youtube.com/shorts/QbQ6WOfcxcU