Pain, carburant, facture électrique, divers produits alimentaires, métaux… L’envolée des prix touche quasiment tout que l’on consomme au quotidien avec pour résultat une inflation qui n’arrive pas à tomber sous les 5%. En dépit de cette tendance, le Tunisien est loin de rationaliser sa consommation et refuse de toucher à ses petits conforts.
Si pour certains produits, chacun est libre de gaspiller son argent comme il l’entend, il n’en est pas de même pour les produits compensés par l’Etat tels le pain, le carburant ou l’énergie. Un esprit citoyen est nécessaire pour limiter le gaspillage afin que le pays dépasse cette crise internationale sans dégâts pour les générations actuelle et future.
« Un changement de comportement est nécessaire. Il faut arrêter de dire que tout est disponible. Soyons économes. » Ces propos émanent de Mohamed Ghannouchi, Premier ministre, qui les a prononcés au cours d’une rencontre avec la presse, jeudi 10 juillet. Une première !
La situation est-elle si grave au point que le Premier ministre ressente la nécessité d’en parler ? La réponse est non. Pour le moment du moins. Et c’est peut-être pour que la situation ne soit jamais grave que le Premier ministre a lancé cet appel à la rationalisation de la consommation. « Je ne vous demande pas de serrer la ceinture, mais plutôt d’adopter un certain comportement en arrêtant de gaspiller. »
Perturbation du marché des changes, envolée des prix, baisse des stocks de certains produits. Des faits qui touchent toute la planète, que la Tunisie ne peut éviter.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’augmentation de l’euro et la baisse du dollar n’ont pas que des effets positifs. Nos concurrents asiatiques, qui utilisent le dollar, en profitent énormément et font de telle sorte que nos entreprises soient moins compétitives sur le marché européen. Notre endettement est en euros et le fait même de l’augmentation de la monnaie européenne alourdit encore plus les charges de l’Etat.
La hausse des prix du carburant fait que la facture énergétique pèse de plus en plus lourd sur le citoyen d’abord, mais sur l’Etat aussi. Les exemples ne manquent pas : un litre de gasoil coûte 1,570 dinar, mais il n’est vendu qu’à 960 millimes. Le gaz naturel est vendu 220 dinars la tonne alors qu’il coûte 480 dinars. Idem pour les prix de plusieurs produits alimentaires compensés. Un pain coûte 413 millimes, mais n’est cédé qu’à 240 millimes. Un kilo de pâtes est vendu à 800 millimes pour un coût de 1,6 dinar. Les semoules, c’est 450 millimes au lieu de 1,2 dinar.
Tous ces produits compensés ont fait que la facture de la compensation a coûté à l’Etat, ces trois dernières années, 1,220 milliard de dinars ! Un montant astronomique, parti en l’air, et qui aurait pu servir à dix mille autres projets d’infrastructure et de modernisation du pays.
En parallèle, et en dépit de cette conjoncture, le pouvoir d’achat du citoyen s’est amélioré. En tenant compte de l’inflation d’un côté et de l’augmentation des salaires de l’autre, ce pouvoir d’achat s’est amélioré de quelque 2,2%. Le revenu net par tête d’habitant est de 4400 dinars en 2007, indique le Premier ministre qui se félicite de ces résultats (sans tomber dans l’autosatisfaction). « Le Tunisien est très ambitieux et c’est magnifique. Ce n’est qu’avec l’ambition qu’on pourrait avancer. On ne se compare aujourd’hui qu’avec les pays développés, on rêve de les rejoindre et on pourra y arriver grâce à nos compétences humaines. »
Ce rythme de vie ne doit cependant pas nous faire oublier l’un de nos principes fondamentaux : la solidarité. D’où cette caisse de compensation qui permet aux citoyens de ne pas subir de plein fouet les différents ajustements des produits qu’il consomme. C’est là tout le problème. Parce que le Tunisien ne paie pas cher certains produits, il les gaspille. L’électricité, le pain ou les pâtes par exemple.
Il est bon de rappeler que la facture d’une balade en voiture est également payée par le contribuable. Qu’un pain jeté à la poubelle, par confort pour ne pas manger le pain de la veille, est également payé par le contribuable, en partie. « Rappelons-nous notre passé et reprenons certaines de nos bonnes vieilles habitudes », invite Mohamed Ghannouchi. Il s’agit surtout de petits réflexes qui ne coûtent pas grand-chose au citoyen, mais qui font économiser énormément à la collectivité. Modérer ses déplacements, éviter la vitesse en conduisant (ce qui réduit la consommation de 20%), conserver le pain non consommé dans le réfrigérateur, opter pour les ampoules économes en énergie, etc.
L’administration, pour sa part, ne manque pas de participer à cet effort collectif à travers certaines mesures : réduction des bons de carburant pour les cadres de l’administration, ampoules économiques dans toutes les administrations (y compris la présidence de la République, note le Premier ministre dont la chancellerie est également équipée avec ces ampoules), aménagement des horaires administratifs de telle sorte qu’on étale les heures de pointe et qu’on évite les embouteillages, gros programmes pour un réseau ferré à Tunis…
Autant de comportements citoyens démontrant un certain civisme qui permettra à toute la collectivité de dépasser avec le minimum de dégâts cette période de crise internationale.
Ces milliards qu’on jette par la fenêtre !

Mis à jour le: 16 juillet, 06:00
16 juillet 2008, 06h00
5min Temps de lecture
Subscribe to Our Newsletter
Keep in touch with our news & offers









