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BFPME : ce bijou qui démotive …




Par Nizar BAHLOUL

La Banque de Financement des PME (BFPME) a été créée en 2005 sur ordre du Président Zine El Abidine Ben Ali. Elle couvre l’intégralité des activités de conseil, de suivi et de financement dédiées aux petites et moyennes entreprises.
Dotée d’un capital social à la souscription de 50 millions de dinars, elle entend devenir la banque de référence des PME en Tunisie en développant un partenariat privilégié avec l’ensemble des structures d’appui à la création et au développement des PME et des intervenants du secteur financier. Selon son slogan, c’est LA banque de développement des PME. Sauf qu’on a parfois l’impression qu’elle est la banque de … démotivation des PME ! Une impression qui se dégage au vu de certains témoignages des uns et des autres qui n’ont pas réussi à obtenir le financement qu’ils sont venus chercher auprès de cette banque.
Entendons-nous. S’il s’agit de parler de ce qui a été réalisé, c’est facile et tout le monde le fait. Est-ce le rôle de la presse, cependant, de parler des trains qui arrivent à l’heure ?
Depuis sa création, la BFPME a financé 550 projets pour des investissements de 430 millions de dinars. C’est bien, mais combien de dossiers a-t-elle refusé entre-temps ? Combien de jeunes promoteurs a-t-elle démotivé et invité à aller voir ailleurs une autre source de financement. Combien de jeunes promoteurs a-t-elle invité à aller ramener des garanties et des hypothèques pour qu’elle lui donne son soutien. Son PDG, M. Abdessalem Mansour, nous affirme qu’il a accordé des financements à des dizaines de milliers de dinars sans garantie aucune. Nous ne remettrons pas sa parole en doute, mais on sait que nombreux sont les promoteurs sans le sou (mais avec des trésors d’idées) qui ont été rebutés.
Prenons un cas. Un seul cas qui illustre à merveille cette démotivation d’un promoteur suite au refus de son dossier par la banque.
Il s’appelle Moez et a déposé le 30 juin 2006 une demande de financement d’une unité de collecte, transport, transformation et traitement des déchets d’activités de soins à risque. Un projet novateur qui n’existe pas encore en Tunisie. Il épouse à merveille la politique de la Tunisie en matière d’environnement et répond parfaitement aux besoins croissants de nos professionnels de la santé.
Le 29 juin 2007 (364 jours plus tard !), Moez reçoit une lettre l’informant du classement de son dossier. Motif : le décret d’application régissant l’activité citée en objet n’est pas encore publié.
On a donc mis un an moins un jour pour se rendre compte de cela.
Le problème n’est cependant pas là, car il se trouve que même si le décret d’application n’est pas encore publié, cela n’a pas empêché le ministère de la Santé publique de publier un appel d’offres relatif à la collecte, le transport, le traitement et l’élimination finale des déchets d’activités sanitaires. Notre jeune, bien qu’il n’ait pas encore créé sa boîte, a participé à l’appel d’offres et a failli l’obtenir s’il l’avait créée, cette entreprise. L’appel d’offres est déclaré infructueux et il est rapidement suivi par un deuxième. Rebelote et on s’attend bientôt à la publication d’un troisième.
Le ministère de la Santé a des besoins (peut-être urgents) et a estimé en publiant ses appels d’offres ne pas devoir attendre le décret d’application en question dans le cas où ce marché y est soumis.
La BFPME ne l’entend cependant pas de cette oreille et préfère donner encore le temps au temps au XXIème siècle. Résultat des courses, le projet de notre jeune promoteur tarde à se concrétiser. Pis, son coût augmente avec l’augmentation effrénée de l’euro. L’une des machines qu’il doit acquérir coûtait en juillet 2007, 670.000 euros. En dinars, Elle coûtait beaucoup moins un an plus tôt et coûtera beaucoup plus un an plus tard.
La BFPME est un bijou. L’idée première du Chef de l’Etat en ordonnant sa création est de doter le pays d’un outil moins compliqué que le système bancaire classique pour les jeunes promoteurs. Il se trouve qu’aujourd’hui, on insiste à « préserver » ces complications, cette bureaucratie et manque de coordination entre les services de l’Etat. En étant pointilleux sur toute la réglementation, même quand on sait que celle-ci va très bientôt changer. Quelle différence, dans ce cas, entre la BFPME et une banque lambda ? Le taux d’intérêt ? Des pirouettes au vu du coût engendré par le retard enregistré dans le traitement d’un dossier. Le cas de Moez n’est pas du tout unique hélas. Si dans l’application, la BFPME entend fonctionner comme le reste du système bancaire (en contradiction totale avec son esprit premier), nous ne voyons vraiment pas son utilité.
C’est un bijou qui a été offert à la Tunisie. Son idée première est ingénieuse. Que les managers de ce bijou le préservent et font de telle sorte qu’il soit VRAIMENT au service des PME et des promoteurs. Un promoteur démotivé, c’est un manque à gagner en termes d’emploi, d’innovation et de création pour tout le pays.

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