« Quand la Chine se réveillera, le monde tremblera », un dicton certes vieux, mais qui en dit long sur la réalité économique du monde d’aujourd’hui. Une Chine, voire une Aise, dynamique, créative, et en plein essor économique, qui fait déjà trembler, les plus puissantes des économies mondiales. Et, le Maghreb dans tout cela, se sent-il menacé, notamment sur ses marchés éternels à l’export, l’Europe? Ses entreprises auraient-elles la force de substituer cette concurrence rude de l’Asie, en un partenariat efficace, rentable et bénéfique pour tous ? Les observateurs sont unanimes : seule une intégration économique du Maghreb pourrait changer la donne et faire de la région une zone plus attractive pour les IDE, le partenariat et le business. L’intégration devrait donc, commencer par le bas, soit par l’économique, en l’occurrence les entreprises, le politique suivra.
Il faudrait, peut-être d’abord, remettre les pendules à l’heure. L’Asie n’est plus ce qu’elle était, il y a une vingtaine d’année. Elle évolue à pas de géant. Elle a réussi, en quelques années, à transformer radicalement son positionnement dans le paysage économique international. S’il est vrai que l’Asie doit sa transformation à la puissance des exportations, la promotion des IDE, il n’en demeure pas moins que l’origine de cette force, se trouve dans le développement, notamment par les PME asiatiques d’une assise solide, qui n’est autre que l’échange intra asiatique. Ce n’est que par la suite qu’elles ont entamé la conquête du monde et à concurrencer ainsi les pays Maghrébins sur leur propre terrain de jeu, les marchés européens. S’agit-il là d’une menace potentielle ou plutôt d’une opportunité qu’il faudrait saisir ? Les entreprises du Maghreb devraient-elles tenter de résister à la concurrence ou de se repositionner en identifiant de nouvelles niches d’exportations ?
Il faudrait de prime abord, accepter le fait qu’entreprises maghrébines et asiatiques n’évoluent pas du tout, dans le même environnement, ni dans le même contexte économique interne. Pire encore, les flux commerciaux et les investissements n’ont rien à voir, dans l’une et l’autre région. Force est de reconnaître qu’en dépit de leur économie diversifiée, atout d’exception pour une complémentarité assurée et unique, l’intégration du Maghreb n’arrive toujours pas, à se concrétiser. En tous les cas, pas comme on le souhaiterait. Parallèlement, le monde continue sa marche et son développement. Dans ce développement, l’Asie n’arête pas d’avancer et de bouger activement. Une chose est certaine. Elle a été même évoquée par tous ceux qui s’intéressent à la question : Le Maghreb ne pourrait tirer profit du développement de l’Asie que s’il réussit son processus d’intégration, à travers notamment, le regroupement de ses PME, seule démarche permettant de relever le défi et de tirer profit, par la même occasion, des opportunités offertes par la croissance asiatique. Face à un Maghreb uni, solidaire et surtout intégré économiquement, l’Asie ne représenterait aucune menace.
Il ne faut pas omettre que la région maghrébine évolue dans un cercle mondialisé où les opportunités ne manquent guère. Il suffirait tout simplement de réussir à dépasser les difficultés et de réaliser la complémentarité. Cependant, autant la mondialisation offre des opportunités, autant elle pose des problèmes. Il s’agit notamment, de la globalisation des marchés, des délocalisations qui risquent d’être massives. Certains secteurs économiques, tel que le textile, sont plus confrontés à la concurrence que d’autres. Cette concurrence s’est déjà traduite, par une perte d’activités et d’emplois partout et notamment dans les pays du Maghreb. Le textile et l’habillement constituaient, il y a quelques années, le fer de lance de leurs exportations, surtout vers les marchés européens. Or, le démantèlement des AMF a fait trembler plusieurs pays, dont ceux de notre région qui se sont trouvé menacés sur leur propre terrain. En effet, les importations européennes de certains produits textiles chinois, ont augmenté de 600 %, avec des baisses de prix pouvant atteindre 40 %.
Une intégration maghrébine à la mondialisation, permettrait d’amorcer une croissance plus rapide certes. Mais, elle soulève le défi de la compétitivité des produits maghrébins, tributaire tributaire de l’amélioration de la productivité et de la croissance. Dans ce contexte, d’ailleurs, des pays tels que la Chine ou l’Inde peuvent offrir des opportunités multiples aussi bien pour la Tunisie que pour le Maroc, pour pénétrer des marchés asiatiques et y écouler les produits que ces pays recherchent. Pour cela, il faudrait des PME maghrébines intégrées. Car, vu la taille des marchés asiatiques, il serait du domaine de l’impossible qu’une seule entreprise maghrébine, puisse répondre aux besoins de ces marchés. D’autre part et pour pallier les difficultés pasées par les différences culturelles, il serait judicieux de mieux comprendre les habitudes, les traditions, les us et coutumes et traditions asiatiques.
Il est désormais grand temps de passer à l’action. Les PME maghrébines sont appelées à tirer les enseignements du développement des pays asiatiques, rompus à une quête permanente et inlassable de l’innovation, des TICs, de la compétitivité, de la recherche et du développement. En effet, la compétitivité des pays maghrébins, face aux pays asiatiques, se situera au niveau de la capacité des uns et des autres, ou encore des capacités des PME maghrébines et leur partenaires européens, à favoriser l’essor des PME, de la région. Le développement aujourd’hui, référence des pays asiatiques, est basé sur le développement des flux de commerce et d’investissements inter asiatiques, où c’est la Chine qui joue le rôle moteur. Mieux, la Chine reste l’acteur majeur en Méditerranée, région qui représente un carrefour et un intérêt croisé certain. Elle a déjà entamé une avancée dans la zone, voire dans quelques pays du Maghreb. Pour le reste des pays asiatiques, la Méditerranée n’est pas vraiment un centre d’intérêt. En effet, le Japon s’oriente beaucoup plus vers les USA, et l’Europe Orientale, alors que l’Inde est largement absente de la Méditerranée, et se concentre plutôt sur l’Afrique anglophone.
En définitive, on pourrait affirmer que la menace asiatique ne pèse pas uniquement sur un Maghreb désuni. Bien au contraire, l’Europe aussi est fortement concernée, d’où l’impératif de renforcer la coopération euromaghrébine, d’accroître les investissements, la recherche et le développement. Cependant, il faut s’avouer une vérité, qui désormais fait mal mais qu’on ne peut plus cacher davantage. Il est inconcevable qu’après la signature d’un accord de Libre-échange, avec l’Europe (celui de la Tunisie est entré en vigueur le 1er janvier 2008), les pays maghrébins n’arrivent pas encore à réussir leur intégration. Il est évident que cet échec revient au fait que le Maghreb économique ne s’est pas fixé d’objectifs clairs. On voit mal comment celui qui ne poursuit pas un objectif précis peut s’attendre à récolter un résultat positif ! Dans la réalité économique du monde d’aujourd’hui, l’intégration du Maghreb est incontournable ! Alors à quand la concrétisation de ce grand rêve, très recherché, mais toujours différé ? !
Crédit photo : Affiche du film Old boy
Menaces sur le Maghreb

Mis à jour le: 9 juillet, 07:01
9 juillet 2008, 07h01
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