Le secteur de l’eau s’avère un terrain très favorable aux profiteurs en tous genres. Aux différents niveaux de l’adduction, de l’irrigation et de l’exploitation, corruptions, dépassements, distorsions, détournements de fonds, pots de vin… sont légion. Transparency International est une Organisation Non Gouvernementale (ONG) qui traque la corruption partout dans le monde. Elle a tiré la sonnette d’alarme, depuis Tunis, sur des pratiques qui mettent en péril la vie de millions d’êtres humains en Afrique. C’est un rapport accablant qu’elle a rendu public mardi 23 septembre 2008, depuis le siège de la Banque africaine de développement (BAD). Au banc des accusés, Transparency International désigne à la fois les pays développés, les bailleurs de fonds et les pays hôtes. Un classement de l’indice de perception de la corruption ( ICP) dans quelque 180 pays est établi par l’ONG. La Tunisie occupe la 62ème place dans ce classement, en recul d’un rang par rapport à l’année précédente, mais loin devant le Maroc et l’Arabie Saoudite (80), l’Algérie (92) et la Libye (126).
Le lancement, à 10 heures, ce mardi 23 septembre 2008, de l’index établissant une perception de la corruption à travers le monde et touchant 180 pays, a été effectué au cours d’une conférence de presse donnée par le président de Transparency International, Peter Eigen, au siège de la Banque Africaine de Développement, à Tunis. Le thème choisi cette année est la corruption dans le secteur de l’eau en Afrique. Cette corruption constitue une entrave au développement économique des pays du continent.
L’Afrique, menacée par la sécheresse et l’avancée inexorable du désert, se trouve être la proie d’un fléau encore plus ravageur, la corruption au niveau des différentes étapes de la gestion de l’eau. Le secteur étant très fragmenté et par conséquent un champ favorable aux profiteurs de tous bords, il attise les convoitises d’un grand nombre d’intervenants. L’état de pauvreté dans lequel croupissent les Africains est aggravé par une pratique systématique de malversations de la part des décideurs des pays occidentaux et d’une boulimie insatiable à l’intérieur du continent. Pour avoir une idée sur l’étendue de cette corruption, il suffit de mentionner que 11 millions d’enfants meurent chaque année, avant l’âge de 5 ans, en Afrique. Le manque d’eau potable et les maladies hydriques engendrées par une mauvaise qualité de l’eau en sont les principales causes.
Une bonne moitié des investissements alloués au secteur de l’eau en Afrique – entre adduction, approvisionnement, assainissement et irrigation – soit 50 milliards de dollars, se perd dans la nature. Elle est détournée, de diverses façons, par des intervenants soit en amont, soit en aval de la chaîne. Les pays développés ne prennent pas les mesures nécessaires pour endiguer les fuites dont sont responsables des fonctionnaires d’entreprises engagées dans le secteur.
Dans le secteur agricole, l’irrigation absorbe 70 % de l’eau disponible et permet la production de 40% de la production mondiale. Elle donne lieu à des manipulations outrancières de la part de gros exploitants qui réclament la grande part du gâteau, abusent de pompages non contrôlés des nappes phréatiques et s’adonnent à une concurrence acharnée aux dépens des populations autochtones.
D’autres manipulations, fraudes et combines délictueuses sont dénoncées par Donald O’Leary, représentant à Berlin de Transparency International, présent également à la conférence de presse, telle la réinstallation des populations ayant perdu leurs terres. Ce sont naturellement les plus pauvres qui sont victimes de ces dépassements. Ils payent une lourde facture, n’étant pas raccordés à l’eau potable et subissant de plein fouet l’impact de la pollution provenant d’une eau de très mauvaise qualité.
Au-delà de l’aspect descriptif de la corruption et des conséquences néfastes que ce fléau engendre, la conférence presse a permis de mettre l’accent sur la responsabilité des pays occidentaux dans la détérioration de la situation en Afrique qui doivent, a dit Peter Eigen, se départir d’une certaine hypocrisie et faire face à leurs obligations, consignées dans des promesses au cours de forums internationaux. Si en France, en Allemagne et aux Etats-Unis, les autorités se montrent plus sensibles aux affaires de corruption, la Grande Bretagne est restée muette quant aux cas de corruption commis par des entreprises britanniques.
Sans afficher d’optimisme, le président de Transparency International a remarqué que des poursuites sérieuses sont engagées contre des firmes corruptrices. Ainsi, près de 150 cas ont été dénombrés aux USA, une cinquantaine en Allemagne dont l’affaire Siemens et le cas Alsthom en France. L’effort des défenseurs de l’intégrité dans le monde est pour ainsi dire payé de retour.
Pour les responsables de l’ONG, l’acquis le plus important est une prise de conscience générale des dangers que représente la corruption et la nécessité de lutter, chacun à son niveau, pour que cesse cette pratique. Les médias et la société civile ont un rôle important à jouer en la matière. Et c’est un appel pressant à la mobilisation de tous, médias, gouvernements, associations et sociétés civiles, contre les corrupteurs et les corrompus que l’ONG a lancé depuis la Tunisie.
Corrupteurs et corrompus du secteur de l’eau en Afrique

Mis à jour le: 24 septembre, 00:00
24 septembre 2008, 00h00
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