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« Ma banque va bien… »

Par Nizar BAHLOUL

La semaine dernière, et à la suite d’un appel de l’association des intermédiaires en bourse, plusieurs banques tunisiennes ont organisé des présentations financières. Si certaines d’entre elles ont joué la transparence en invitant également la presse, d’autres ont préféré éviter la présence des médias. Éviter les médias, c’est éviter les questions embarrassantes, c’est connu…

A la lecture des résumés et comptes rendus balancés ici et là, on s’aperçoit que nos banques vont bien. Elles vont tellement bien qu’on est tenté de s’interroger si les chers patrons de ces banques ne seraient pas, par hasard, en train de perdre leur temps ici à Tunis. S’ils remplissent si bien leur mission, ne seront-ils donc pas capables de diriger des HSBC, Bank of America ou la City Bank ? N’auront-ils pas pu sauver la Lehman Brothers ? Ils gagneront nettement mieux là-bas. Ils sauveront l’économie américaine – et par ricochet l’économie de la planète. Ce savoir-faire tunisien pourrait bien s’exporter. Nos banques sont par ailleurs en surliquidité. Ils ont tellement d’argent que la BCT a dû en absorber. Elles ont tellement d’argent qu’elles n’ont plus besoin de faire leur boulot. C’est peut-être pour ça qu’elles vont bien. Quand on ne fait rien, assurément, on ne risque rien.

Trêve d’ironie ! Il y a lieu de s’interroger sur la communication de certaines de nos entreprises et notamment nos banques. En 2008, on en est encore dans l’euphorie et à chanter aux actionnaires : tout va bien, tout va bien, et voici nos chiffres qui le prouvent.
Certes, ces chiffres sont bons, mais comparés à ceux des banques algériennes, marocaines ou égyptiennes, il n’y a vraiment pas de quoi sauter de joie. C’est comme si l’on n’évoluait pas dans la même catégorie ! Pourtant, force est de constater qu’on dépasse nos voisins dans plusieurs autres secteurs. Mais dans le secteur bancaire, on est loin d’occuper le haut du tableau.

Si l’on se réfère au dernier classement établi, la première banque tunisienne en Afrique se classe au … 31ème rang. Le total bilan de cette première banque (la STB) est égal à peine à 2,5% de celui de la première banque africaine. Le chiffre de cette même première banque tunisienne représente à peine 11% de celui de la première banque égyptienne (NBE) et moins de 17% de la première banque maghrébine (l’Algérienne BEA). Sur les 30 banques classées par le produit net, la Tunisie n’y est représentée que par une banque : la BIAT.

En dépit de tous ces résultats, nos banquiers continuent à nous entonner le même refrain : ma banque va bien. Une extraordinaire autosatisfaction qui ferait glousser tout banquier égyptien, algérien ou marocain.
C’est que pendant ce temps, les Marocains ont investi un peu partout en Afrique. En Tunisie, ils sont déjà au stade de vouloir faire de leur Attijari un TGV. Toute une mentalité !
Interrogé à ce sujet, un DG d’une grande banque privée tempère nos propos, nous invite à ne pas comparer l’incomparable et à ne pas oublier que si les banques algériennes ont un meilleur classement, c’est grâce aux pétro-euros. Et le Maroc alors ? « Chacun a sa politique économique. En Tunisie, nos banques ont depuis des décennies choisi de financer l’économie nationale, l’industrie, l’hôtellerie, etc. Et c’est pour cela que notre économie se porte bien et qu’on a une très large classe moyenne ». Dont acte.
Comment expliquer cependant qu’au dernier Salon de la Monétique, seuls quatre ou cinq stands ont réussi à se distinguer (Attijari, BIAT, ATB, BT et BH). Les autres ? « Nous sommes là avec vous, ne nous oubliez pas », comme le dit notre dicton.

A la lecture des différents rapports internationaux (Davos…) et des différentes agences de notation, la Tunisie occupe de bonnes places, bénéficie d’une excellente réputation et s’améliore d’une année à l’autre. Au vu de la dernière crise financière qui a ébranlé la planète, tout le monde a bien constaté que la politique monétaire, économique et financière du pays, nous a permis d’échapper à la tempête. Au milieu de tout cela, et alors que la Tunisie avance et grandit, nos banques sont encore au stade de se mimer les unes les autres, d’occuper des classements des plus médiocres en criant : tout va bien !
Si elles le disent…

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