Par Nizar BAHLOUL
L’opérateur GSM privé Tunisiana est donc exclu du processus de l’appel d’offres devant attribuer une nouvelle licence de télécommunications fixe et mobile 2G/3G en Tunisie. Tant mieux ou tant pis, l’avenir nous le dira.
Le gouvernement tunisien n’a pas à se justifier par rapport à cette décision souveraine, et pourtant il a estimé devoir le faire et c’est tant mieux. Officiellement, le motif est on ne peut plus clair : favoriser la concurrence et réunir les conditions favorables au développement du marché des télécommunications fixes et mobiles. Ni Tunisiana, ni Tunisie Telecom, ni leurs actionnaires, ne peuvent se porter candidats.
Cela se comprend pour Tunisie Telecom. Ce serait se moquer de soi-même que d’accorder une licence à un opérateur qui a déjà tout.
Qu’en est-il cependant de Tunisiana, filiale à 50% d’Orascom Telecom Holding, du magnat égyptien des télécommunications, Naguib Sawiris ? L’opérateur a annoncé clairement vouloir obtenir la licence 3G et aurait certainement été prêt à la payer rubis sur ongle et au prix fort. Son exclusion, souhaitée par certains (et nous avons été les seuls à en faire écho), suscite des interrogations.
Créée il y a six ans, suite à un appel international à candidatures pour la cession de la première licence GSM privée en Tunisie, Tunisiana a réussi un démarrage en trombe.
En un temps record, l’opérateur a gagné de confortables parts de marché comme nulle part ailleurs et devancerait même son concurrent. Au bout de quatre ans d’activité (il y a deux ans), l’opérateur a commencé à distribuer des dividendes à ses actionnaires (dont certains ont changé en cours de route), ce qui est un réel exploit dans le secteur.
Personne ne sera d’ailleurs étonné lorsque les actionnaires de l’opérateur annonceront, dans deux ou trois ans, avoir déjà amorti tous leurs investissements initiaux.
Autant de succès qui auraient dû en appeler d’autres et conforter la position de cet opérateur égypto-qatari. Il en sera autrement et pour un bout de temps encore.
Car si Tunisiana a multiplié les succès, il a également multiplié les bévues. Sa réussite repose essentiellement sur sa clientèle qui, grosso modo, est satisfaite des services de l’opérateur, en dépit des prix assez élevés et des secondes facturées par douzaines indivisibles.
Une entreprise cependant, quelle qu’elle soit et quels que soient ses actifs, ne peut se reposer exclusivement sur ses clients. Évoluant dans un environnement bien déterminé, elle se doit de le prendre en considération et de respecter ses us et coutumes.
L’environnement en question se compose d’une administration de tutelle, d’une instance de régulation, de pouvoirs politiques, d’un conseil de la concurrence, de médias, d’un syndicat, de bureaux d’études, de fournisseurs, etc. En un mot, d’un pays avec toutes ses composantes, sa culture et ses traditions.
L’opérateur égypto-qatari a-t-il respecté cet environnement ? Le doute est permis.
Naguib Sawiris était en Tunisie il y a quelques jours. Quels responsables a-t-il rencontré durant son séjour ? Quasiment personne d’après nos informations. Le magnat qui annonçait, il y a quelques semaines, des investissements pharaoniques en Algérie, a-t-il annoncé un quelconque investissement en Tunisie ? Rien d’après nos informations. Au contraire, il s’apprête à recevoir une bonne centaine de millions de dollars de dividendes, grâce à sa filiale tunisienne.
Il a pourtant vu des vertes et des pas mûres en Algérie, notamment pour sa filiale de téléphonie fixe. La Tunisie qui lui a ouvert les bras et a accepté qu’il ouvre son capital à d’autres investisseurs préalablement écartés de l’appel à candidatures, compterait-elle pour des prunes, à ses yeux ?
A Tunis, au niveau du management (l’actuel et l’ancien), on a également multiplié les bévues. Le ministère de tutelle, le Conseil de la concurrence, l’Instance de régulation, le tribunal prud’homal et quelques médias en savent quelque chose.
Pour réussir, et aller de l’avant, une entreprise se doit, parfois, de faire le dos rond à certains, combien même elle serait dans son plein droit. Exemple, l’affaire de la présidente du syndicat maison, licenciée et renvoyée illico presto devant les Prud’hommes. La justice se prononcera, certes, mais le traitement de cette affaire témoigne d’un grand manque d’élégance à l’égard d’un syndicat dont l’historique, la base et l’aura sont mille fois plus grands que Tunisiana. Dehors, on observe et on note. En silence.
A l’intérieur de la boite, les rumeurs fusent et les bruits courent. Certains commentaires, certaines phrases, certains regards, s’ébruitent. Le réseau du téléphone arabe (parfaitement fonctionnel en Tunisie) est plus puissant que le réseau le plus évolué du meilleur opérateur du monde.
Certains dossiers sont souvent traités, avec mépris et arrogance au meilleur des cas. Au pire, ils sont renvoyés devant les tribunaux (ou Conseil de la Concurrence ou Instance de régulation). Le défaut du téléphone arabe est qu’il amplifie tout ce qui passe dans son réseau. Et à la lumière de ce qu’ils en reçoivent comme échos, observateurs et décideurs prennent note. En silence.
Le résultat des notes est bel et bien là. Alors que l’opérateur vient d’annoncer, pour la première fois de son histoire, avoir dépassé son concurrent en termes de parts de marché (ce qui reste à confirmer par la forte silencieuse Instance de régulation), il vient d’apprendre sèchement son exclusion d’un appel d’offres des plus juteux. Il aurait pu en être autrement, surtout qu’il a clairement manifesté son désir d’obtenir une partie des composantes de cette licence.
En agissant ainsi, l’administration a prouvé que la Tunisie a toujours tout à gagner, rien à perdre. Tout le contraire de Tunisiana. C’est fortement dommage pour un opérateur qui a démarré en trombe avec sa voiture rouge.
Tunisiana écarté : un message ?

Mis à jour le: 10 décembre, 00:00
10 décembre 2008, 00h00
5min Temps de lecture
Subscribe to Our Newsletter
Keep in touch with our news & offers









