Lorsque le bâtiment va tout va… Ce dicton a sans doute guidé la politique de la Tunisie dans le secteur du bâtiment au lendemain de l’indépendance. Le parc national est imposant, notamment avec le boom des années 1970. 80% des familles tunisiennes sont propriétaires de leurs logements. Ce qui démontre la place qu’occupe l’habitat dans les préoccupations des autorités publiques.
Peut-on accorder encore du crédit à ce secteur, sachant que la crise financière qui sévit dans le monde actuellement avait pour origine une crise dans l’immobilier américain ? Cette crise a eu pour effet d’entraîner une baisse des prix de l’immobilier de par le monde. On se demande alors quelles seront les répercussions de cette crise sur l’immobilier tunisien ?
Contrairement à la majorité des pays dans le monde, la Tunisie échappe pour le moment (du moins) à la crise qui frappe l’immobilier. Le sera-t-elle pour longtemps ? La question fait débat et a été longuement traitée par les plus grands spécialistes du secteur ; architectes, promoteurs, agents, économistes… lors de la table ronde organisée par Invest Consulting.
Née dans le secteur immobilier, suite à des prêts hypothécaires américains, la crise financière a fini par contaminer non seulement tous les secteurs économiques des Etats Unis mais s’est transformée en crise financière mondiale. Ce cataclysme a touché tous les marchés, causant une récession et un marasme généralisé dans les pays occidentaux.
Suite à tous ces chamboulements, les prix de l’immobilier dans le monde ont baissé vertigineusement. Ainsi, le secteur de l’immobilier a subi de plein fouet la crise et s’y enfonce de plus en plus.
Mme Zeïneb Guellouz, ancienne présidente du CMF et grande spécialiste en finances et en bourse, a expliqué les raisons de la crise immobilière aux Etats Unis. La politique financière américaine y est pour beaucoup. L’octroi de crédits à tord et à travers d’une part et la technique de titrisation d’autre part en ont été les causes directes. La création du fonds commun de créance a envenimé les choses, puisque les parts de ce fonds ont été vendus dans le monde entier. La sphère réelle continue d’en pâtir.
De nouveaux produits sans valeur réelle ont été créés et vendus. Ce qui s’est soldé par une crise financière mondiale. Cette crise a débouché elle-même sur une crise de confiance qui a paralysé tout les acteurs économiques. L’opacité et le flou qui règne sur les marchés sont les raisons de ce manque de clarté : personne ne sait qui a acquis ces produits douteux, ni ce que contient le portefeuille d’une banque donnée.
Fort heureusement, le secteur bancaire en Tunisie n’a pas été touché, grâce à une politique financière rigoureuse et aussi parce que peu d’investissements ont été effectués sur ces produits douteux, dira Mme Guellouz. Et même si la politique de crédit se resserre, la crise financière internationale n’y est pour rien. Les crédits ne sont accordés qu’après une analyse financière qui prouve la rentabilité du projet en question. Mais, c’est le chemin sinueux et fastidieux que doit suivre les banques tunisiennes pour mûrir.
Les promoteurs, architectes, agents immobiliers et autres intervenants dans le secteur s’accordent sur un fait : cette crise peut être une opportunité, car l’immobilier est la meilleure valeur refuge. Grâce à la paix sociale, à la stabilité politique et à l’excellent climat des affaires qui règnent en Tunisie, ce serait l’occasion ou jamais d’attirer de nouveaux capitaux surtout que le rapport qualité/prix de la main d’œuvre tunisienne est très encourageant. De réelles opportunités s’offrent aux hommes d’affaires tunisiens désireux de conclure des projets de partenariat
Ainsi, plusieurs sociétés européennes qui ont subi la crise désirent délocaliser leurs productions. Ils cherchent de nouveaux locaux prospères et d’éventuels associés. La Tunisie s’avère être une destination potentielle très attractive, vu les incitations mises en place par les autorités publiques pour attirer les investissements étrangers.
Cependant, les promoteurs immobiliers présents ont dénoncé ce qu’ils appellent la lourdeur administrative et une réglementation fiscale inappropriée. Les formalités administratives sont longues et fastidieuses. Elles entravent les démarches d’acquisition de biens par des étrangers qui veulent s’installer en Tunisie. La paperasserie administrative a causé, estiment-ils, un ralentissement dans la construction des logements sociaux dont le nombré a chuté de 3000, il ya quelques années, à à peine 300 logements actuellement. Ils pensent que la législation doit changer pour faciliter ces cessions et attirer de nouveaux investisseurs.
Tarak Châabouni, promoteur, estime que les avances payées – 30% – sur les bénéfices à réaliser l’année suivante, accablent les intervenants dans le secteur. Certains projets ne se réalisent pas en une année et l’accumulation des avances portent préjudices à la trésorerie de l’investisseur. Il a attiré l’attention d’autre part sur le fait que plusieurs centres villes se vident, à cause de l’état de vétusté des logements dont la longévité ne saurait dépasser 40 ou 50 ans. Ces logements ont besoin d’être restaurés pour répondre aux nouvelles normes en usage. Les habitants sont obligés d’acheter plus loin, parfois au détriment de terrains agricoles, réduisant de ce fait dangereusement leurs superficies.
Chokri Keskes, agent immobilier, a confirmé que la crise économique est une aubaine pour les agents immobiliers : lorsque les fonds des acquéreurs ne leurs permettent pas d’acheter de nouveaux logements, ils se rabattent sur les anciens. Il pense que c’est une occasion pour que les promoteurs et les agents immobiliers s’entraident. Avant, les promoteurs se débrouillaient seuls pour vendre et ceci doit changer, note-t-il.
Le débat a été animé par Faouzi Ayadi, directeur d’ « Invest Consulting » et de « Bourse Immo ». Les interventions des intervenants ont été ponctuées par des questions pertinentes et des transitions opportunes de M. Ayadi.
Il est évident que toutes les parties concernées doivent conjuguer leurs efforts pour bénéficier des retombées positives que la crise économique mondiale peut engendrer. L’immobilier s’est mobilisé pour faire barrage à la crise. Il constitue de ce fait non seulement une valeur sûre, mais aussi une valeur refuge.
Tunisie : Les professionnels de l’immobilier tiennent à profiter de la crise mondiale

Mis à jour le: 20 janvier, 00:00
20 janvier 2009, 00h00
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